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Le Louvre exporte l’art à Fukushima

Le Louvre exporte l'art à Fukushima
Le transfert d'une vingtaine d'oeuvres exposées au Musée du Louvre à Fukushima (Japon) a déclenché une polémique dans le milieu artistique

Solidaire du Japon, toujours en crise dix mois après un séisme et un tsunami aux répercussions multiples, le Musée du Louvre a décidé d’envoyer vingt-trois oeuvres dans les préfectures de Fukushima, Iwate et Miyagi à l’occasion d’une exposition itinérante qui débutera le 20 avril prochain pour s’achever le 17 septembre. Il va sans dire que la démarche ne fait pas l’unanimité.

La direction l’assure : sachant que « les mesures effectuées dans ces trois villes ne présentent aucun taux de radioactivité anormal » (!), ce qui est inexact, tout du moins en ce qui concerne Fukushima, lesdites oeuvres ne seraient « pas en danger ». Mensonge, estiment certains dans le milieu artistique, sans surprise très partagé quant à cette initiative financée par des mécènes japonais. La Tribune de l’Art, qui a longuement disserté sur ce qu’elle considère être un crime de lèse-majesté, se demande notamment « s’il est bien dans le rôle du Louvre de venir en aide, par des expositions, à des populations victimes d’un cataclysme ».

Et de s’interroger, non sans ironie : « Pourquoi ne pas, alors, le faire dans tous les pays victimes de tremblements de terre, de feux de forêts, d’éruptions volcaniques, ou même de guerres car pourquoi se contenter mesquinement de catastrophes naturelles ? Les populations irakiennes n’ont pas moins souffert que celles du Japon. Pourquoi le Louvre n’enverrait-il pas ensuite ces oeuvres à Bagdad ? »

Un musée n’a pas vocation à se montrer solidaire d’un pays en détresse, poursuit plus sérieusement La Tribune de l’Art, qui cite le décret n°92-1338 du 22 décembre 1992 portant création de l’Établissement public du Louvre, décret qui détermine ses missions, et dénonce l’« absence de sujet » de cette exposition (gratuite ou accessible à des tarifs très bas selon les lieux) ainsi que « la vacuité (de son) propos », à savoir « Rencontre, Amour, Amitié, Solidarité dans les collections du Louvre ». Décidément très critique, elle ajoute qu’en plus d’être « vide de sens », ce transfert constitue une menace pour les oeuvres, qui investiront le musée préfectoral des Arts de Fukushima à compter du 28 juillet, « ne serait-ce que par le nombre de transports qu’(il) implique ».

« La pauvreté de l’exposition s’apparente davantage à une insulte pour des personnes dont on semble penser qu’elles ne méritent pas mieux »

« Et tout cela pour rien, aucune avancée en histoire de l’art, et même aucun intérêt pour les populations qui les verront. Car celles-ci ont certainement d’autres préoccupations que de venir voir une vingtaine d’oeuvres dont le regroupement n’a ni queue ni tête. À la limite, la pauvreté de l’exposition s’apparente davantage à une insulte pour des personnes dont on semble penser qu’elles ne méritent pas mieux », poursuit-elle, s’insurgeant enfin contre l’absence de prise en compte des informations de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN), selon lequel le Louvre n’a formulé aucune demande de mesure de radioactivité.

Comme si les objets d’art, tableaux et autres tapisseries étaient imperméables à l’atome, ce que réfute catégoriquement Roland Desbordes, président de la Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité (CRIIRAD) : « la radioactivité sur un objet peut être labile ou s’incruster. Sur une surface bien lisse, telle que du verre, on peut l’enlever plus facilement, mais pour décontaminer un objet dans une matière poreuse, même si c’est de la pierre, on est obligé de le gratter. Pour une tapisserie ou une peinture, c’est beaucoup plus compliqué et délicat ». « La radioactivité est présente partout autour de la ville de Fukushima. Dans la ville elle-même, il n’y en a pas en principe dans les rues dès lors que celles-ci sont recouvertes d’un revêtement, mais on la retrouve dans la végétation en pleine terre. Et la radioactivité qui se trouve dans la campagne peut revenir en ville en fonction des conditions météorologiques. Il peut y avoir de la radioactivité dans les habitations […] Et quoi qu’il en soit, celle-ci peut entrer à nouveau car c’est un lieu par nature ouvert et qui accueille du public qui vient de l’extérieur », renchérit-il.

Bien que TEPCO (Tokyo Electric Power COmpany) ait réussi à procéder à l’« arrêt à froid » des réacteurs de la centrale de Fukushima 1, l’hypothèse de nouveaux rejets radioactifs ne peut de surcroît être écartée. Contrairement à ce qu’affirment M. Desbordes et l’IRSN, le Louvre, qui a également rappelé entretenir « des liens particuliers » avec le Japon, a cependant demandé aux conservateurs des musées concernés de lui communiquer les seuils de radioactivité à l’intérieur et à l’extérieur des bâtiments.

En ce qui concerne le musée de Fukushima, « à l’intérieur des salles, le taux est de 0,06 microsievert par heure, soit un taux normal, que l’on peut retrouver dans un musée parisien. À l’extérieur, le taux le plus élevé a été détecté sur une pelouse, avec 1,72 microsievert par heure. Cela veut dire que si un visiteur passait mille heures sur l’herbe, il serait exposé à une dose équivalente à celle que l’on reçoit lorsque l’on passe une radio », a confié à nos confrères de l’AFP Jean-Luc Martinez, directeur du Département des antiquités grecques, étrusques et romaines du Louvre et commissaire général de cette opération pour le moins controversée. Même si les oeuvres seront déchargées exclusivement à l’intérieur des établissements, que les objets seront placés sous vitrine étanche et qu’à aucun moment les peintures, qui voyageront dans des caissons vitrés, ne seront exposées à l’air ambiant.

De multiples précautions qui rendent cette exposition d’autant plus superfétatoire aux yeux de ses détracteurs.

Crédits photos : flickr / Leandro's World Tour - zoetnet
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  • http://www.facebook.com/people/Sebastien-Lecocq/1759517994 Sebastien Lecocq

    rien à craindre c’est des peintures au plomb!!!!

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  • Cramwell

    Consternante idée d’exposition… Qui sont les plus mauvais: les japonais ou bien les français? Je pense que dans quelques temps on entendra parler d’un dessous de table reçu au Louvre par l’Ambassade du Japon ou quelque chose du genre. Lamentable.
    Toute source d’information japonaise sur le sujet Fukushima est à prendre avec beaucoup de discernement! Presque tout ce qui est dit ou écrit n’est que mensonge et le sera encore un bon bout de temps.
    Pourvu que nous ne fassions pas la même chose ici! Pitié ne nous prenez pas (complètement) pour des imbéciles. Arrêtez cette exposition grotesque.