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Le label MSC de nouveau sur le banc des accusés

Le label MSC de nouveau sur le banc des accusés
Objet d'une tribune à charge la semaine dernière, le label MSC a riposté via un argumentaire point par point. Les dommages de la contre-publicité sur l'opinion, eux, restent encore à déterminer

Le fonctionnement du label MSC continue de susciter des doutes. La guerre des mots a repris la semaine dernière avec la publication d’une tribune à charge sur le site Rue89. Les intéressés se sont défendus. Reste à savoir s’ils ont convaincu.

Le titre est choc. « MSC, l’éco-label qui encourage le massacre ». Difficile de faire mieux pour attirer le lecteur avide de polémique. Son responsable Europe Nicolas Guichoux nous a accordé un entretien il y a une quinzaine de jours et n’a éludé aucune question, pas même celles qui pouvaient fâcher.

Il est bien placé pour le savoir, le label MSC (Marine Stewardship Council), lancé par le WWF et Unilever en 1997, fait depuis quelques mois l’objet de critiques récurrentes. À l’origine favorable à sa création, bon moyen à ses yeux de freiner la dégradation des ressources halieutiques, l’expert Daniel Pauly est devenu « labelo-sceptique » depuis que le MSC, officiellement indépendant depuis 1999, a accordé des certifications à de grandes entreprises jugées suspectes.

Respectivement chercheur en écologie et responsable chargé de la campagne Forêts pour l’association Les Amis de la Terre, Amélie Lescroel et Sylvain Angerand sont eux aussi circonspects et lui ont emboîté le pas. Rappelant tout d’abord les premiers accidents de parcours – « la certification en 2004 d’une pêcherie de merlu en Afrique du Sud alors que le stock est considéré comme effondré, rebelote en 2009 avec une autre pêcherie de merlu du Pacifique – , ils ont ensuite évoqué le cas de la légine antarctique, poisson victime d’une explosion mondiale de la demande et aujourd’hui largement surexploité, et le fait que « les industriels (aient) fait appel au MSC pour rendre « respectables » (sic) ces prèlevements ». Un voeu auquel la direction de l’éco-label a choisi d’accéder, provoquant l’ire d’une partie de la communauté scientifique, laquelle a fait savoir son mécontentement dans la très sérieuse revue Science.

« Cette certification est celle de trop », ont asséné Mme Lescroel et M. Angerand, qui ont rappelé qu’il s’agit d’une espèce « dont on ignore où et avec quelle fréquence elle se reproduit puisque personne n’a jamais trouvé ni oeufs ni larves » (!) « Surtout, cette pêche a ouvert aux chalutiers les eaux du sanctuaire maritime de la mer de Ross, en Antarctique, qui est considéré comme l’écosystème marin le plus préservé au monde », ont-ils ajouté.

Noyautage

« À la fin de l’apartheid, les grandes entreprises se sont ruées sur le MSC pour éviter que le gouvernement sud-africain ne redistribue plus équitablement les quotas de pêche avec les nouveaux arrivants », a poursuivi le duo d’experts, citant un rapport rédigé en 2006 par Stefano Ponte, membre de l’Institut danois d’études internationales. Et de dénoncer le fait que, contrairement au GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) par exemple, « aucun des treize membres du conseil du MSC ne provient d’un pays du sud ». Une réelle carence qui compromettrait l’impartialité des décisions d’attribution et est à leurs yeux synonyme de noyautage par les industries des États septentrionaux, qui sont en outre les seuls à accueillir des réunions.

Quant à la proscription des techniques de pêche destructrices type poison et dynamite, elle permettrait de « détourner l’attention de techniques beaucoup plus répandues et tout aussi destructrices » comme « l’utilisation de chaluts de fonds qui détériorent les fonds marins et capturent l’ensemble des espèces sans aucune distinction », sur laquelle la direction du label fermerait délibérément les yeux.

La diatribe s’achève sur une dernière attaque, plus sévère encore que les précédentes : « MSC accrédite un certain nombre d’entreprises privées qui se chargeront des audits de certification [...] Une pêcherie qui souhaite être certifiée fait appel à une des sociétés accréditées et la paye pour réaliser l’audit ».

Ainsi la relative opacité du fonctionnement dissimulerait-elle un système passablement sclérosé, avec notamment des certifications qui ne seraient pas toujours conformes aux réalités des stocks. Le MSC ferait-il office de caution au greenwashing de certains groupes requérants ? Est-il devenu l’un des fossoyeurs des écosystèmes marins ? On s’en doute, ses responsables ont catégoriquement réfuté, point par point, les allégations de ses deux détracteurs, rappelant entre autres des avancées majeures éludées par ces derniers. Ont ainsi été citées dans son communiqué « l’amélioration de la santé des stocks de poissons, la réduction des captures accessoires, la mise en place de zones de non-pêche, la réduction des impacts sur les habitats marins ou encore l’amélioration des connaissances scientifiques ».

Le MSC dément en bloc

Au sujet de la légine antarctique, le label a insisté sur l’attribution de sa certification « sous l’égide de la CCAMLR (Convention sur la conservation de la faune et de la flore marine de l’Antarctique) » et plus largement sur le fait que « toute pêcherie certifiée via le référentiel MSC a démontré sa durabilité ». « Pour être précis, la légine n’est en aucun cas pêchée au chalutier mais à la palangre », ont précisé non sans malice les auteurs du communiqué. Une manière subtile de discréditer ses adversaires, à qui ils ont également rappelé – les détails ont leur importance – qu’« il n’appartient pas au MSC de décider si une zone internationale doit être fermée à la pêche mais aux gouvernements » et que, « depuis trente ans, vingt-six pays se partagent la mer de Ross, sur la décision des États ».

« Plus de quarante pêcheries du Sud sont actuellement engagées vers la certification » et le MSC « a organisé ces derniers mois de nombreux ateliers en Afrique de l’Ouest, de l’Est, du Nord ainsi qu’en Asie du Sud-est », a précisé sa direction quant aux assertions des deux environnementalistes sur l’exclusion des pays pauvres. De même il « développe actuellement un programme spécifique pour les pêcheries des pays du Sud ». Et de souligner « la transparence du processus de certification MSC, dont chaque étape est publiée et ouverte à consultation », et qui « va bien au-delà des systèmes de certification traditionnels ».

Reste l’allusion aux quotas de pêche, dont la définition et la répartition ne sont en aucun cas déterminées ou même influencées par le label.

L’intégralité de la réponse des accusés, peu relayée par nos confrères, est consultable sur le site internet du label.

Le débat est ouvert. Il est de toute façon préférable à la stigmatisation. À plus forte raison lorsqu’elle repose en partie sur des amalgames, des confusions et des idées reçues.

Crédits photo : msc / Wikimedia Commons – Tamorlan / Sitron
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  • pierre d

    Démentir ne les rend pas pour autant moins coupable…

  • daniel d

    Même si son mode de fonctionnement est encore perfectible, MSC a le mérite d’exister, et de nombreuses avancées sont à mettre à son crédit.

    @Pierre D, certes, mais accuser MSC ne signifie pas pour autant qu’il soit coupable !

  • jf

    Cette histoire demande une belle mise au point pour réellement savoir ce qu’il en est!

  • fredred

    Polémique nécessaire pour y voir plus clair. Difficile de se faire vraiment une opinion.

  • greenit

    Quelques exemple de greenwashing et de faux éco-labels dans le domaine de l’électronique et de l’informatique : http://www.greenit.fr/tag/greenwashing

  • C Legal

    Le groupe Les Mousquetaires/Intermarché affronte ces dernières semaines une tempête médiatique qui fait vaciller son image d’entreprise engagée en matière de développement durable. L’objet de la polémique : Une campagne publicitaire vantant les pratiques de pêche responsable de de la Scapêche[1] (Lorient. 56), dénoncée par l’association Bloom qui milite pour la protection des océans. Décryptage pour éviter les raccourcis un peu rapides.
    Lire la suite de l’article sur http://www.rse-bretagne.fr