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Le futur énergétique du Rwanda se trouve au fond de son lac

Le futur énergétique du Rwanda se trouve au fond de son lac
Le lac Kivu renferme dans ses profondeurs pas moins de 60 milliards de mètres cubes de méthane. Un potentiel électrique que voudrait exploiter le Rwanda et la république Démocratique du Congo, mais les conséquences environnementales de cette extraction pourraient se révéler cataclysmiques

Cette petite république d’Afrique centrale, à l’histoire plus que tourmentée, a probablement trouvé un moyen d’assurer son autosuffisance électrique. La raison de ce miracle soudain réside au fond du lac Kivu, un des trois « lacs explosifs » de la planète.

Derrière cette dénomination surprenante se cachent trois plans d’eau dont les profondeurs sont remplies de poches de méthane et de dioxyde de carbone issues de l’activité volcanique. Le lac Kivu, à la frontière du Rwanda et de la République Démocratique du Congo, en fait partie. « Dans le bassin principal du lac, les concentrations de dioxyde de carbone et de méthane sont extrêmement élevées » confirme Cindy Ebinger, professeur de géophysique appliquée à l’Université de Rochester, aux Etats-Unis. Et dans ses profondeurs sont peut-être dissimulées les plus importantes réserves d’énergie qu’ait jamais découvert le pays.

260 mètres sous la mer

C’est dans le méthane jusqu’alors enfoui à 260 mètres sous la surface du lac que réside la clé du succès de ce projet-pilote – dans lequel ont d’ores et déjà été investis 20 millions de dollars (15,4 millions d’euros) – mené par la compagnie nationale Kibuye Power. Les gaz sont dans un premier temps extraits des profondeurs, comme les bulles dans une bouteille de champagne, puis séparés entre le dioxyde de carbone, rejeté dans le lac avec l’eau alors capturée, et le méthane qui sera utilisé pour alimenter trois importants générateurs. Par ce procédé, Kibuye Power produit déjà 4% de l’électricité totale du pays – soit 3,6 MW – et son activité est appelée à se développer grandement dans les prochaines années car, devant le succès de ce projet-pilote, des centaines de millions de dollars devraient être investis par des entrepreneurs locaux et internationaux.

Le gouvernement rwandais espère d’ici deux ans produire plus du tiers de l’électricité nationale grâce à son lac explosif et si, comme les observateurs sur le terrain le pensent, les réserves exploitables sont aussi gigantesques qu’il n’y paraît, le Rwanda pourrait bientôt devenir un exportateur net de gaz naturel au même titre que des pays comme la Norvège ou l’Arabie Saoudite… « Nos ancêtres savaient qu’il y avait du gaz dans ce lac » déclare l’ingénieur rwandais Alexis Kabuto, à l’origine de ce projet chez Kibuye Power. « Maintenant nous avons prouvé qu’il pouvait être exploité. (…) C’est une ressource économique et propre qui pourrait bien durer cent ans ». Et pour cause : les quantités estimées de méthane au fond du lac Kivu sont estimées à soixante milliards de mètres cubes.

Cette nouvelle devrait redonner du baume au cœur de ce pays qui se relève à peine d’une interminable guerre civile qui a conduit au génocide que l’on connaît. Elle devrait aussi permettre à son économie de se développer de manière spectaculaire, alors que pour l’instant seul un ménage rwandais sur quatorze est relié au réseau national d’électricité. Et même s’il existe probablement des voies plus vertes pour produire en grandes quantités de l’énergie pour le Rwanda, notamment par la voie solaire, l’usage de ce gaz naturel pourrait bien contribuer à la renaissance d’un pays martyrisé des décennies. Des discussions sont d’ailleurs en cours avec la République Démocratique du Congo pour qu’elle bénéficie également de cette mine d’électricité souterraine.

Possiblement désastreux ?

Une question – mais de taille – reste toutefois en suspens. La sécurité d’une telle extraction n’est en rien assurée et rappelle un précédent en Afrique. En 1986, un autre de ces « lacs explosifs », le lac Nyos, a réellement explosé au Cameroun entraînant la mort de 1 700 personnes (NDLR : le troisième « lac explosif » se situe également au Cameroun, le lac Monoun). La raison de ce drame fait encore l’objet d’un débat entre partisans d’un dégazage brutal et défendeurs de la théorie d’une éruption mais toujours est-il que l’extraction du méthane du lac Kivu se devra d’être exemplaire en termes de sécurité pour se prémunir de telles catastrophes. Mme Ebinger a décrit elle-même le lac Kivu comme « l’un des lacs les plus dangereux au monde ».

Des inquiétudes d’autant plus fondées qu’il semblerait bien qu’aucune étude environnementale sérieuse ne se soit penchée sur ces enjeux, et notamment sur l’impact du rejet d’eau filtrée et de dioxyde de carbone dans les eaux du Kivu, une fois le méthane extrait. « Avec autant de projets d’un coup, si vous n’en comprenez pas l’intégralité, vous pouvez résoudre un problème et en créer trois de plus » prévient Mme Ebinger. Le temps dira probablement rapidement  si ce projet se révèle au final plus positif que négatif pour l’économie et l’environnement…

Crédit photo : Flickr - babasteve
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