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Le Congo se doit de préserver ses forêts

Le Congo se doit de préserver ses forêts
La situation est critique au Congo Brazzaville, qui a perdu cent trente millions d'hectares de forêts en l'espace de dix ans

Tel est désormais l’avis de son controversé président Denis Sassou-Nguesso, à qui il n’est toutefois pas scandaleux de reprocher, dans la mesure où il est revenu à la tête de l’État en 1997 après avoir occupé une première fois la fonction suprême de 1979 à 1992, d’avoir été long à la détente.

Des années de passivité voire d’aveuglement et d’irresponsabilité environnementale de tous les acteurs ont débouché sur une situation qui n’est aujourd’hui plus tenable. La promulgation très probable d’une nouvelle loi contre le très lucratif commerce illégal du bois, laquelle doit préalablement (et incessamment) être soumise aux gouvernements des États membres de l’Union Européenne (UE), pourrait cependant marquer la fin d’une ère dévastatrice pour le deuxième poumon « vert » de la planète. Trois mois après la signature d’un accord tripartite entre le Conseil européen, la Commission européenne et le Parlement européen, il y a quoi qu’il en soit quelque matière à espérer que l’avenir à moyen terme ne consiste pas – ou plus – en un sacrifice systématique des intérêts écologiques au profit de leurs pendants financiers.

En déplacement au Congo Brazzaville début juin, l’actrice et militante de Greenpeace Marion Cotillard a pu voir de ses propres yeux l’état déplorable d’un écosystème qu’elle a à juste titre qualifié d’« extraordinaire ». La Bérézina écologique n’est bien sûr pas davantage ignorée sur place mais, quand bien même elles ne disposent pas des moyens budgétaires et logistiques suffisants pour reverdir seules ce qui doit l’être, les autorités du pays ont jusque là surtout brillé par leur impuissance.

« Un crime contre le patrimoine génétique de notre planète »

À bientôt soixante-sept ans, M. Sassou-Nguesso semble néanmoins avoir pris conscience de l’importance des enjeux et à présent disposé à s’associer pleinement à la mobilisation conjointe des institutions européennes et des défenseurs de l’environnement. Dans une tribune parue dans Le Figaro le 13 septembre dernier, le chef de l’exécutif congolais a ainsi lancé « un appel solennel pour que les trois grands bassins -Amazonie, Bornéo, Congo – initient le mouvement en réunissant un sommet de la forêt tropicale». Et d’appuyer l’idée d’une alliance internationale contre la déforestation, déjà discutée à plusieurs reprises cette année dans le cadre des sommets de Paris et d’Oslo mais dont il reste à définir les fondements.

Le despotique pilier de la Françafrique et fervent défenseur de l’industrie pétrolière « Sassou » s’est-il découvert une conscience écologique, comme l’avait déjà laissé penser la publication peu avant le Sommet international sur le Climat de Copenhague de son livre L’Afrique : enjeu de la planète ? Il a en tout cas assimilé le déboisement des forêts tropicales à « un crime contre le patrimoine génétique de notre planète » - des mots empreints d’une véhémence aussi légitime qu’inhabituelle chez lui – et livré sa version des faits. « Si les hommes réduisent l’espace de la forêt, c’est parce qu’ils ont faim, qu’ils manquent cruellement de terres, qu’ils sont privés de techniques agricoles », analyse le président congolais.

70 % des forêts du continent noir pourraient disparaître d’ici à la fin du siècle

« Il faut faire de la forêt une activité économique durable pour qu’elle puisse constituer une ressource pérenne pour ces hommes, ces femmes et ces enfants qui vivent dans la forêt et donc de la forêt », a-t-il également plaidé. Ses détracteurs estimeront qu’il s’agit là d’un voeu pieux, voire d’une forme de greenwashing politique.

De l’avis de l’entreprise publique britannique Alternative Carbon, la proposition innovante de M. Sassou-Nguesso va cependant au-delà des ambitions actuelles de la communauté internationale, et le fait est qu’elle mériterait d’être examinée, ne serait-ce que parce que la déforestation concerne le Congo Brazzaville au premier chef.  

Des scientifiques de l’Université de Stanford (Californie) ont quant à eux rédigé une étude consacrée aux effets du réchauffement climatique sur la biodiversité. Selon ces experts, il ne restera plus à l’horizon 2100 que 30 % des forêts tropicales en Afrique si rien n’est entrepris pour enfin les protéger. De 55 à 82 % des espèces animales et végétales établies dans ces zones pourraient par ailleurs disparaître d’ici à la fin du siècle.

Le temps est venu de « changer d’horizon et de rythme dans la défense et la mise en valeur de la forêt tropicale », considère lucidement le président congolais. L’heure est trop grave pour regarder dans le rétroviseur, fustiger les errements passés et ne pas tenir compte de toutes les réflexions.

Servie par une volonté politique indéfectible et mondiale, la lutte contre la déforestation peut devenir efficace sur la durée. Personne ne peut reprocher aux dirigeants qui la réclament de croire qu’il n’est peut-être pas trop tard pour mieux faire.

Crédit photo : Flickr – Julien Harneis
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  • hyper ecolo

    Enfin une prise de conscience de l’importance du capital forestier du Congo!

  • daniel d

    Les Chinois sont en train de faire main basse AUSSI sur les forêts africaines…
    Ils rachètent des entreprises occidentales possédant des droits ou étant propriétaires de forêts, licencient à la chinoise le personnel et raflent le bois dont ils ont besoin pour leur croissance…Quand on sait qu’un hectare de forêt produit 7m3 de bois à 440 Euros le M3…