NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

Le bail du réacteur 1 de la centrale nucléaire de Fessenheim devrait être reconduit

Le bail du réacteur 1 de la centrale nucléaire de Fessenheim devrait être reconduit
L'Autorité de sûreté nucléaire donnera vraisemblablement son aval à la poursuite des activités du réacteur 1 de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin). Les écologistes fulminent...

La direction de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a reçu le rapport de ses experts et doit rendre son verdict début juillet mais c’est selon nos confrères du Figaro un secret de polichinelle : moyennant certains ajustements techniques, le réacteur 1 de la doyenne des centrales nucléaires françaises verra très certainement son activité prolongée d’une décennie.

On imagine quelle sera la réaction des élus alsaciens, franc-comtois, suisses et des Verts allemands, qui réclament de concert, au nom du principe de précaution, la fermeture de la centrale de Fessenheim, mise en service depuis 1977, située à moins de deux kilomètres de la frontière allemande et à quarante kilomètres de la Suisse et en proie à de nombreuses défaillances ces dernières années. Si d’aventure l’ASN confirme la prophétie du quotidien, les anti-nucléaires ne devraient pas manquer de voir dans cette décision la patte du lobby français de l’atome, qui a pu faire étalage de toute sa puissance depuis l’accident de Fukushima(Japon). Un accident qui a replacé les malheurs de Fessenheim sur le devant de la scène, en plus de réveiller les revendications endormies de dizaines de milliers de riverains.

D’un point de vue logistique, le maintien du réacteur 1 paraît toutefois la meilleure solution en l’état actuel des choses, la région n’étant pas suffisamment exposée au vent pour accueillir un parc éolien onshore capable de compenser le déficit de production énergétique, structure dont on peut de surcroît penser qu’elle ne ferait pas l’unanimité. L’arrêt de la turbine impliquerait aussi, outre des coûts élevés de démantèlement, l’installation de panneaux photovoltaïques en cascade et/ou la construction d’une voire plusieurs centrales au charbon ou au gaz émettant d’importantes quantités de CO2, ce qui – en théorie – ne peut que déplaire aux écologistes. Ça n’empêche : étant donné le contexte actuel, et alors que la centrale de Fessenheim a été construite sur une zone sismique, en plus de ne pas être exempte du risque hydraulique, il ne fait aucun doute qu’ils seront nombreux à ne pas comprendre le feu vert de l’ASN et à manifester leur mécontentement.

Rédigé après le traditionnel examen de trente ans, le rapport précité est actuellement examiné par le collège de l’Autorité, constitué du président André-Pierre Lacoste et de quatre commissaires. « Selon la procédure, EDF effectue un bilan complet de l’installation, qui est ensuite passé au crible par les équipes de l’Autorité de sûreté et l’IRSN (Institut de Radioprotection et de sûreté nucléaire) », rappellent nos confrères selon lesquels, au sein de l’électricien, « on estime que Fessenheim présente les mêmes garanties  [...] que Tricastin 1, qui a reçu, le premier, l’autorisation d’opérer jusqu’à ses quarante ans ». Et d’ajouter : « EDF considère également que cette centrale est celle qui a le mieux intégré le retour d’expérience des autres réacteurs, à travers des améliorations qui ont été régulièrement apportées ».

L’image d’Epinal d’une centrale « cocotte-minute » n’aurait pas non plus lieu d’être aux dires du sénateur UMP Bruno Sido, qui en tant que rapporteur d’une mission parlementaire sur la sûreté nucléaire diligentée après la catastrophe de Fukushima s’est rendu sur place le 10 juin dernier. « Quand la visite du deuxième coeur sera terminée, ce sera la centrale la plus sûre de France », a estimé l’élu.

nucléaire : la centrale de fessenheim pas prête d être fermée

« L’arrogance française se poursuit »

Si les conclusions définitives sont attendues pour novembre, quelques-uns des responsables d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) ont déjà fait part de leur indignation. Eva Joly s’est ainsi insurgée dans un communiqué contre « l’entêtement archaïque de la France » et a réaffirmé son souhait que la centrale de Fessenheim soit fermée « en priorité ». Nicolas Hulot, qui sauf énorme surprise sera son principal adversaire lors des élections primaires, a lui aussi appelé à un arrêt immédiat, « pas dans dix ans », des activités de l’unité alsacienne. « La France ne peut pas rester le seul pays à ne pas tirer les conséquences de la catastrophe de Fukushima 1 », a ajouté le père du Pacte écologique.

Bien que M. Lacoste ait dit et répété que l’agrément de l’ASN (NDLR : qui à tout moment peut demander un arrêt des opérations pour raisons de sécurité) n’était pas synonyme de blanc-seing à une décennie d’exploitation ininterrompue et que Fessenheim sera elle aussi soumise aux stress tests européens – lesquels, rappelons-le, ne prennent en compte ni les défaillances humaines ni les risques terroristes - , on peut comprendre leur indignation. La cuve du réacteur 1 a en effet été construite sur une dalle de béton qui, de l’aveu-même d’EDF, est la plus mince du parc nucléaire hexagonal. D’à peine un mètre d’épaisseur (c’est-à-dire de deux à trois mètres de moins qu’à Fukushima 1), elle est située juste au-dessus de la nappe phréatique du Rhin. En cas d’accident grave, avec fusion même partielle du coeur d’un ou plusieurs réacteurs, ladite dalle pourrait être percée et le Rhin serait contaminé jusqu’à Rotterdam (Pays-Bas), avertit une source gouvernementale citée par Le Figaro. L’électricien, lui, pourrait choisir de ne pas tenir compte des recommandations techniques de l’Autorité, qui suggère des travaux d’un montant de l’ordre de cent millions d’euros.

Fervent partisan de la fermeture de Fessenheim et plus largement d’une sortie progressive de l’énergie nucléaire, l’eurodéputé EELV Yannick Jadot a déploré que l’ASN « utilise ses propres critères et préfère choisir le moins-disant nucléaire ». « L’arrogance nucléaire française se poursuit », a-t-il asséné, regrettant que Paris « s’entête et laisse continuer l’exercice de communication des instances nucléaires de manière indécente ». Sa collègue Sandrine Bélier a quant à elle jugé « incompréhensible et consternant que la France s’obstine [...] à garder sous perfusion une installation dont la poursuite de l’exploitation présente un risque inutile, direct et durable pour un bassin de population cinq fois supérieur à celui de Fukushima ». « Sa vétusté et ses caractéristiques techniques obsolètes, sa situation en dessous du niveau du canal d’Alsace, avec des possibilités d’inondations en cas de rupture de digues ou par une crue non prévue et sur une faille sismique sont autant d’arguments et de risques sous-évalués qui doivent conduire à sa fermeture maintenant », a-t-elle poursuivi.

Une nouvelle manifestation aura lieu après-demain. Elle devrait rassembler plusieurs milliers de personnes, y compris des élus locaux et nationaux, et interviendra alors que nos confrères de Mediapart ont évoqué des « incidents en série depuis un mois » sur la centrale de Paluel (Seine-Maritime). La fuite d’iode radioactif dans l’une des tranches de la centrale mentionnée via un communiqué par l’union locale de la CGT de la région dieppoise a été démentie par EDF.

« Il n’y a pas de fuite radioactive », jure l’électricien, qui concède tout juste « une simple anomalie sur un assemblage de combustibles dans le réacteur 3 » qui « serait suivie en continu ». Quelle que soit sa gravité, elle démontre que la sécurité du parc nucléaire français souffre tout de même discussion.

Crédits photos : Wikimedia Commons - Florival fr / flickr - sortirdunucleaire
Suivez toute l'actualité sur ce sujet et sur le développement durable avec le flux RSS

GD Star Rating
loading...

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

  • hyper ecolo

    Ce serait une énorme erreur de continuer à Fessenheim…

  • polo

    Ca va faire encore une grosse polémique ca !

  • visiteur

    Pour moins que ca on les a guillotines les rois. Je ne suis pas indignee mais revoltee. Alors attention a vous le pouvoir car en cas de crash vous serez les 1er a y passer. Vous savez il est ecrit enfants obeissez a vos parents mais n exasperez pas vos enfants
    Criminalita.

  • visiteur

    Qu’est-ce que ça peut être énervant de voir des non-experts techniques, qui ne sont certainement jamais rentrés sur une centrale nucléaire, et qui n’ont aucune idée de leur conception, cracher comme ça en public alors qu’ils n’ont aucune légitimité et aucune compétence en la matière! On donne la parole à des politiciens (de tous bords) qui n’y connaissent rien, et qui font croire au grand public (qui crois tout ce qu’on lui raconte du moment qu’il entend nucléaire et radioactivité) que l’on va tous mourir dans d’atroces souffrances parce que le grand méchant EDF, et ben il est pas gentil, et il en a rien à foutre de tout polluer. Il y a quand même un moment où il va falloir se rendre compte que le lobby anti-nucléaire ne s’appuie sur aucun élément technique, et n’a rien d’autre à proposer qu’une pseudo-rhétorique basée sur la peur d’incidents qui n’ont rien à voir, sur des matériels qui n’ont rien de semblables, et dans des conditions totalement différentes. Alors merci de ne pas tomber dans la facilité, et de ne pas croire bêtement tout ce que peuvent raconter des personnes qui encore une fois n’y connaissent rien, et ne s’appuient sur rien. Certes tout n’est pas rose et transparent dans le nucléaire, mais donnons aussi la parole à des techniciens, à des ingénieurs, et pas seulement à des politiciens ou à des activistes au champ de vision limité et primaire.

  • visiteur

    Faut-il vraiment qu’EDF fasse sauter la France pour que le gouvernement arrête de collaborer? Proglio, Sarkozy, Oursel, tous amis, tous vendu. Ils ne s’amusent meme plus à nous plumer, ils le font également sur d’autres entreprises qui pourraient nous apporter une solution alternative, Powéo, GDF-Suez, veulent exister, mais EDF ne lache pas son monopole et relance des centrale pour 10 ans de plus!!!!

  • daniel d

    @visiteur de 13 :59, je ne suis ni politicien ni expert, mais je crois savoir que
    -Fessenheim est âgée de 34 ans et qu’elle est construite sur la zone la plus sismique de France métropolitaine
    -Qu’on a frôlé la catastrophe majeure à la centrale nucléaire du Blayais en 1999
    -Que Fukushima était réputée sûre
    -Que la conception des stress tests est pour le moins sujette à caution
    -Qu’il s’est passé quelque chose à Tchernobyl en 1986.

    Alors bon, même si EDF est bien gentille et nous assure que tout va bien et qu’il n’y a aucun risque, le profane que je suis ne peut s’empêcher, en pensant aux 1500 noyés du Titanic, de se poser des questions et d’attendre autre chose que des réponses lénifiantes.
    J’ajouterais que c’est même mon droit !