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La sortie du nucléaire allemande est-elle un feu de paille ?

La sortie du nucléaire allemande est-elle un feu de paille ?
Le plan de sortie du nucléaire allemand voté hier par le Parlement est contesté jusque dans les rangs des « anti-atoms »

En annonçant début avril, soit une vingtaine de jours après l’arrêt immédiat pour trois mois des sept réacteurs du pays mis en service avant 1980, le renoncement de l’Allemagne à l’énergie nucléaire, Angela Merkel ne s’est pas fait que des amis. Elle a pourtant enfoncé le clou en officialisant fin mai le démantèlement de toutes les centrales nucléaires allemandes en 2022. Son plan suscite toutefois des interrogations jusque dans les rangs des Grünen et des associations de défense de l’environnement.

Traumatisée par l’accident de Fukushima 1 (Japon) et historiquement très critique envers le nucléaire, la majorité de l’opinion se félicite de ce virage énergétique historique. Les champions du secteur de l’énergie tels que RWE, E.ON, EnBW et Vattenfall, eux, accusent le coup. Une action judiciaire commune n’est pas à exclure, d’autant qu’il existerait aux dires d’Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, numéro un mondial du nucléaire, une incertitude juridique dont elles auraient tort de ne pas profiter.

En attendant, les experts discutent sur les conséquences d’une décision qu’ils sont nombreux à juger purement politique voire démagogique. L’augmentation de l’importation d’électricité ne fait guère de doute, les unités nucléaires françaises – dont bien sûr celle de Fessenheim (Haut-Rhin), installée à moins de deux kilomètres de la frontière – seront très certainement sollicitées et les exploitants des centrales au charbon peuvent envisager l’avenir avec sérénité. Même si l’accent sera porté sur les économies d’énergie et qu’une nouvelle impulsion sera donnée aux énergies renouvelables – on en a d’ailleurs eu un avant-goût avec l’inauguration le 2 mai dernier du premier parc éolien offshore à usage commercial d’Allemagne – , déjà solidement implantées en Allemagne, les énergies fossiles seront en effet immanquablement mises à contribution. De nouvelles centrales au charbon et au gaz seront même construites, d’où une augmentation des émissions de CO2 malvenue en ces temps de montée planétaire des températures, soulignent la plupart des spécialistes.

l allemagne peut elle vraiment sortir du nucléaire?

« Un projet bidon »

Et si le Parlement a tout de même adopté hier le nouveau « paquet énergétique » défendu par la chancelière, les Verts allemands demeurent très sceptiques, Berlin prévoyant une répartition sur les réacteurs les plus récents de la production électrique potentielle perdue par les centrales qui cesseront leurs activités dès cette année. Au même titre que Greenpeace et le WWF, ils espéraient une sortie progressive  « claire » qui apparaît cependant bien difficile à mettre en oeuvre dans la mesure où l’atome représente aujourd’hui 22 % de la production électrique nationale. Ça n’empêche, « ce que Mme Merkel a présenté comme un projet historique se révèle être un projet bidon », a asséné Tobias Münchmeyer, l’un des responsables de Greenpeace Allemagne.

Le gouvernement allemand redoute-t-il d’être désavoué par la justice en cas de recours des opérateurs nationaux ? Sa feuille de route ressemble en tout cas à un compromis qui, comme souvent, devrait déclencher une levée de boucliers dans les deux camps, d’autant qu’elle ne chiffre pas le coût de l’abandon du nucléaire (NDLR : que les experts évaluent néanmoins entre quatre-vingt-dix et deux cents milliards d’euros, à répartir entre les producteurs d’énergie, les consommateurs d’électricité et le contribuable). D’après une étude de l’institut indépendant Öko-Institut rendue publique mercredi, la stratégie étatique pourrait de surcroît conduire RWE et consorts à maintenir les neuf derniers réacteurs en service jusqu’en 2021. Six d’entre eux seraient alors fermés, les trois derniers cessant leurs activités l’année suivante, et il faudra alors trouver le moyen de compenser une perte énergétique annuelle nette évaluée à dix mille huit cents mégawatts (MW). Une interruption aussi brutale « poserait des problèmes économiques et techniques considérables qui pourraient remettre en cause la date de sortie du nucléaire », analyse l’Institut. Un report pourrait donc intervenir d’ici la prochaine décennie pour éviter le black-out et il n’est pas difficile d’imaginer quelle serait la réaction de nos voisins si d’aventure le calendrier originel devait être remis en cause en toute fin de processus.

Fragilisées sur le plan politique avec l’irrésistible ascension des Grünen, qui ont ravi à la CDU (Union démocrate-chrétienne) – laquelle le dirigeait depuis un demi-siècle – le land stratégique du Bade-Wurtemberg, tiraillées entre la nécessité de contenter la majorité de leurs concitoyens et celle de ménager autant que possible le lobby de l’atome pour réduire le risque de batailles judiciaires, les troupes de Mme Merkel ont voulu donner l’exemple mais semblent désormais prises à leur propre piège. Il leur faudra jouer très serré pour s’extraire d’une situation qui pourrait bientôt devenir intenable.

Crédits photos : Wikimedia Commons – א (Aleph) / Heinz-Josef Lücking
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  • hyper ecolo

    C’est vrai que c’est étrange… J’attends plus d’explications. Mais s’ils n’ont pas assez d’énergies renouvelables, il parait évident qu’ils auront besoin de trouver de l’énergie ailleurs…

  • daniel d

    Avis à ceux qui balancent des intentions non chiffrées et ne reposant que sur des discours démagogiques !