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La honte de la pêche aux requins

La honte de la pêche aux requins
Des ailerons de requins séchant sur le quai du "Chien Chun No. 8", navire pirate croisant dans les eaux internationales du Pacifique Sud...

Ils sont les seigneurs de la mer. Adultes, ils sont d’authentiques mastodontes aquatiques. « Ils », ce sont les requins, ces grands nettoyeurs des océans à la silhouette aérodynamique et à la mâchoire démesurée que l’imaginaire populaire préjuge croqueurs d’hommes.

Ils nous fascinent autant qu’ils nous effraient. Seule une minorité d’entre nous fait la distinction entre requin-baleine, grand requin blanc et requin-tigre – certainement le plus dangereux de tous – , et quand les dauphins symbolisent la ruse et la douceur animales eux incarnent, tous autant qu’ils sont, quel que puisse être leur régime alimentaire, la voracité irréfléchie. L’homme n’a pas eu tort de faire des dauphins ses complices, mais il s’est lourdement trompé en faisant de tous les requins les plus redoutables de ses adversaires.

Pas si meurtriers

En 2006, l’ONG australienne Sea Sheperd a réalisé Sharkwater, un documentaire bouleversant sur la pêche barbare (« shark finning ») de l’intronisé monstre des mers. Elle a tenu à rappeler que les requins étaient responsables de la mort de cinq êtres humains par an en moyenne, soit vingt-fois moins que les éléphants et les tigres. Et de préciser qu’il y a dans le même temps deux mille quatre cents exécutions et plus d’un million deux cent mille décès sur les routes (NDLR : protégés, les crocodiles tuent pour leur part autant d’hommes en un an que les requins en un siècle). La plupart des attaques ne sont par ailleurs pas intentionnelles, les prédateurs confondant les otaries, dont ils sont friands, et les surfeurs à plat ventre sur leur planche. Auquel cas, ils relâchent le plus souvent leur proie après s’être aperçus de leur méprise et une morsure dite « de curiosité » qui peut toutefois, compte tenu de la taille de leurs dents aussi aiguisées que des lames de rasoir, s’avérer mortelle.

Il n’en demeure pas moins que les cas d’être humains « engloutis » sont rarissimes. Au total, comme n’importe quelle autre espèce, les requins ont besoin de se nourrir pour survivre, encore qu’ils sont capables de passer plusieurs semaines sans s’alimenter.

La méconnaissance du milieu océanique, source de nombreux fantasmes, l’impact considérable de la série des Dents de la Mer – il en a découlé une perception erronée de leur comportement – et sans doute le délit de sale gueule expliquent en grande partie une injuste et dramatique diabolisation. Injuste parce qu’il est des chiffres qui, à défaut de parler, ne trompent pas, dramatique parce qu’ils sont les garants de l’équilibre de la biodiversité marine.

Ainsi le massacre des squales (NDLR : le site Dinosoria.com évoque la mort de trois requins par seconde du fait de l’homme) est-il entre autres conséquences fâcheuses assorti d’une prolifération des algues au détriment des coraux.

La chasse aux ailerons

Outre la peur ancestrale qu’ils suscitent, il y aussi, et surtout, des milliers de pêcheurs surmotivés par le gain et qui ne s’intéressent qu’aux ailerons, piliers de la gastronomie du sud-est asiatique auxquels des croyances culturelles attribuent des propriétés aphrodisiaques et de fait marché très juteux. C’est à coups de couteaux qu’ils assouvissent leur cupidité. Leur vomitive cruauté les conduit le plus souvent, après avoir poussé l’infamie jusqu’à choisir des chiens comme appâts, à rejeter le requin à l’eau. Ils ne peuvent pourtant ignorer qu’ainsi mutilé, il ne peut qu’expirer dans une lente agonie.

Ces images insupportables de squales découpés qui se vident de leur sang, des millions de téléspectateurs les ont vues au moins une fois dans leur vie. Mais en ce début de millénaire, ce génocide pluridécennal inexcusable suscite une indignation encore modérée, même si les associations écologistes le dénoncent régulièrement et qu’il a fait l’objet d’importantes manifestations.

Un kilogramme d’ailerons de requins représente au moins deux requins de récif dépecés et le numéro d’octobre 2006 de Lettres d’écologie a évalué entre vingt-six et soixante-treize millions le nombre de squales tués chaque année essentiellement pour contenter les consommateurs.

Une estimation peut-être en deçà de la réalité – d’autres a priori tout aussi crédibles évoquent ainsi cent millions de morts – et qui laisse un goût d’autant plus âcre dans la bouche qu’en général seuls 3 à 5 % de leur masse sont exploités.

De nombreuses espèces menacées

La surpêche, les prises accidentelles dues pour la plupart aux palangres pélagiques  ainsi que, à degrés moindres, la dégradation de l’habitat et la pollution posent la question de la survie d’au moins un tiers des espèces (dont le grand requin blanc – qui a sans doute complètement disparu de certaines zones de pêche – et le requin marteau). Le Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) a indiqué l’an passé que les squales aujourd’hui en danger avaient perdu 80 % de leurs effectifs au cours des dix dernières années.

52 % des requins des hautes mers ne bénéficient en outre d’aucune protection et sont aujourd’hui menacés d’extinction. De même l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a précisé en juin dernier qu’une vingtaine d’espèces de requins et de raies sur les soixante-quatre qu’elle étudie faisaient partie de sa liste rouge.

Aux immenses pertes dues à l’homme s’ajoutent une maturité sexuelle tardive, parfois atteinte à vingt ans, une gestation particulièrement longue et un faible taux de reproduction. Autant de considérations biologiques qui accréditent la thèse communément admise de l’impossibilité du renouvellement des populations.

À compter du début des années 2000, l’aggravation de la situation a incité de nombreux pays – dont l’Afrique du Sud, l’Australie, les États-Unis, la France et le Japon – à interdire, le plus souvent par résolution, la répugnante pratique du shark finning. Des enseignes d’hypermarchés pourraient aussi vouloir suivre l’exemple du groupe Auchan, qui a cessé en octobre de commercialiser les espèces de requins menacées.

Mais pour l’heure, le « plan de protection international et coordonné » souhaité par Sonia Forham, co-auteur de l’étude de l’UICN précédemment évoquée, se fait toujours attendre. L’opiniâtre passivité de la communauté internationale et l’irresponsabilité zélée de certains « États pêcheurs » ont jusque là eu valeur de caution morale à des décimations qui, si le problème n’est pas pris à bras-le-corps, pourraient aboutir à la disparition de joyaux des océans et par ricochet à des dérèglements environnementaux majeurs.

L’heure est donc désormais à s’entendre sur une législation stricte. Elle se devra d’être universelle, sous peine de voir la majorité des requins trépasser à cause du funeste (mais très lucratif) commerce des ailerons.

Crédit photo 1 : © Greenpeace - Jeremy Sutton-Hibbert Crédit photo 2 : © Greenpeace/Alex Hofford
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  • emilieg

    C’est monstrueux de faire ça à ces pauvres bêtes !! QUAND CES BARBARES VONT ILS LES LAISSER TRANQUILLE ???????????????