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La France, plaque tournante du trafic de viande de brousse

La France, plaque tournante du trafic de viande de brousse
270 tonnes de viandes de brousse transitent chaque année par l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle

Les coulisses de Roissy-Charles-de-Gaulle prennent désormais l’allure d’un immense cimetière animal.

D’après les estimations d’une étude réalisée par l’Institut de zoologie de Londres, environ cinq tonnes de « viande de brousse » seraient introduites illégalement chaque semaine sur le territoire français via le plus grand aéroport français. 270 tonnes de carcasses de singes, de crocodiles, de pangolins ou encore de porcs-épics seraient ainsi dissimulées chaque année dans les bagages des touristes. Durant la collaboration du personnel de Roissy et des chercheurs, 9 voyageurs sur les 134 qui ont été fouillés transportaient des restes d’animaux. Alors que les cargaisons pesaient en moyenne 20 kg, une saisie record de 51 kg a été effectuée sur un passager.

Transportée séchée ou fumée, la viande de brousse provient généralement du Congo, de la République centrafricaine et du Cameroun. Et si cette consommation fait partie de la culture de certaines populations, elle constitue aussi une menace pour la biodiversité de ces pays. « 40% des espèces confisquées à l’occasion de cette étude figurent en effet sur la liste des animaux menacés d’extinction et protégés par la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) », précise le rapport.  Leur commerce est donc illégal. Il est aussi lucratif, c’est pourquoi les braconniers n’hésitent pas à prendre tous les risques pour chasser macaques, crocodiles et autres animaux qui sont parfois revendus jusqu’à 40 euros le kilo sous le manteau dans certains quartiers parisiens.

Salmonelles et variole en accompagnement

En plus de porter un coup sévère à la biodiversité, le trafic de « viande de brousse » peut également avoir des conséquences sur la santé des consommateurs. « Il pose un risque potentiellement énorme pour la santé publique », confirme Anne-Lise Charber, doctoresse à l‘Institut de zoologie de Londres. Ne subissant aucun contrôle d’hygiène lors de leur transport contrairement à ce que prévoit  la réglementation européenne, la viande est souvent avariée lorsqu’elle arrive dans les assiettes et peut contenir des substances cancérigènes ou de nombreux agents pathogènes comme la variole. « Le risque de présence de salmonelles est plus élevé pour ces viandes. En outre des virus émergents comme le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), qui a tué 800 personnes en 2002 en Chine, proviennent de viande de brousse », précise Malcolm Bennett, membre de l’Université de Liverpool. « Faut-il rappeler que le VIH a été transmis par le singe ? », s’interroge Yves Lignereux, co-auteur de l’étude, qui ajoute que « le virus Ebola a fait des ravages parmi les mangeurs de primates ».

Si ce trafic illégal crée une certaine émulation chez les consommateurs de produits exotiques et chez les braconniers, il n’intéresse en revanche que très modérément les douaniers. « L’importation de viande de brousse […] ne leur ouvre pas droit à des primes, à la différence des saisies de drogues ou d’objets contrefaits », éclaire le rapport.

Quant aux contrebandiers, ils ne risquent qu’une amende comprise entre 150 et 450 euros selon la quantité de carcasses transportées. Les policiers feraient le plus souvent preuve de complaisance à leur égard, les privant uniquement de leurs prises. Il en faudrait assurément davantage pour que ce triste trafic amorce son déclin.

Crédit photo : Anne-Lise Chaber
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