Elle remettra son rapport définitif le 31 janvier prochain. D’après une version provisoire que se sont procurés nos confrères de La Tribune, celui-ci aurait de quoi semer le trouble durant la campagne présidentielle. Les défenseurs du nucléaire pourrait en effet voir leurs arguments une nouvelle fois sévèrement chahutés.
Comme si elles pressentaient un pavé dans la mare, les associations de protection de l’environnement avaient fait d’un audit réalisé par un organisme indépendant (et donc au-dessus de tout soupçon) l’un de leurs principaux objectifs. Les responsables d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) y étaient également favorables, et leur voeu a finalement été exaucé il y a quelques mois par Nicolas Sarkozy, lequel, hostile depuis toujours à une remise en cause de l’hégémonie de l’atome dans le panache énergétique français, ne voulait sans doute pas pour autant se voir reprocher d’être un suppôt de la nucléocratie. C’est également pour cette raison qu’il a autorisé le déploiement des stress tests européens sur le territoire national, quand bien même ceux-ci, rappelons-le, n’intègrent ni les défaillances humaines ni les risques liés au terrorisme.
L’Élysée s’est-elle tirée une balle dans le pied, même si la présidente de Cap21 et candidate aux élections présidentielles Corinne Lepage nous a rappelé en novembre dernier qu’« un rapport sur le démantèlement des centrales nucléaires a déjà été remis aux décideurs en 2003 et n’a eu aucun effet » ? « Ce dont on a besoin, c’est d’un audit de comparaison entre les filières et ce n’est pas ce qui est demandé à la Cour des comptes », a-t-elle poursuivi. Ça n’empêche : la version non-définitive de son rapport fait d’ores et déjà état d’« incertitudes importantes » sur les coûts à venir et demande des « devis réalistes » sur la gestion des déchets ainsi qu’une expertise indépendante des charges de démantèlement, ce qui accrédite notamment les accusations d’opacité et de partialité de la filière régulièrement proférées par les « anti-atome » et pourrait peut-être faire les affaires électorales du parti écologiste.

Précautions multiples
Mystérieusement, et bien qu’ils soient absolument essentiels, les coûts liés à la sûreté nucléaire, promis à beaucoup augmenter eu égard aux résultats des travaux de l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), qui préconise des changements en profondeur, sont en revanche à peine évoqués. Son président André-Claude Lacoste a tout de même été auditionné mardi. « En l’absence de chiffrage détaillé d’EDF, il s’est contenté de donner son avis sur le devis avancé par l’électricien la semaine dernière, autour de dix milliards d’euros », rapporte le quotidien économique, qui cite une source proche du dossier selon laquelle « ces chiffres lui semblent optimistes ».
La Cour des comptes a par ailleurs estimé à quatre-vingt-seize milliards d’euros la seule construction du parc atomique actuel, soit un milliard cinq cents millions d’euros le mégawatt (MW) [trois milliards sept cents millions pour le réacteur EPR (European Pressurized Reactor), qui collectionne décidément les travers], et à vingt-deux milliards deux cents millions d’euros les charges liées au démantèlement. Elle invite néanmoins à regarder ces chiffres « avec précaution, l’expérience en la matière, tant d’EDF que du CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique et aux énergies renouvelables) ou d’Areva, ayant montré que les devis ont très généralement tendance à augmenter quand les opérations se précisent, d’autant plus que les comparaisons internationales donnent des résultats très généralement supérieurs aux estimations d’EDF ».
L’électricien a en outre été enjoint à modifier sa méthodologie en matière de calcul de ses provisions de démantèlement, celle ayant aujourd’hui cours ne permettant pas « un suivi suffisamment précis de leurs évolutions ». Et de joindre sa voix à la DGEC des ministères de l’Écologie et de l’Énergie en réclamant la réalisation (urgente) d’« audits techniques par des cabinets et des experts extérieurs, afin de valider les paramètres techniques de la nouvelle méthode de calcul préconisée ».
Les provisions sur les coûts de gestion des déchets de longue durée, elles, « ne sont pas stabilisées », déplore la Cour, qui souligne qu’elles reposent sur un devis de l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) réalisé en 2003. Cette dernière a enfin été invitée à chiffrer l’hypothèse d’un stockage de l’uranium et du désormais célèbre combustible MOX issus des centrales dans son futur centre souterrain. « Le mythe du recyclage continue de s’effondrer », estime non sans raison La Tribune. Celui d’un chiffrage précis du coût de la filière aussi…