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Malgré des « incertitudes » demeurant quant aux coûts futurs de l’atome, la Cour des comptes a chiffré à 228 milliards d’euros les investissements réalisés dans l’électricité nucléaire en France.
Alors qu’une Commission d’experts mise en place par le ministre de l’Energie, Eric Besson, a annoncé hier que le scénario énergétique le moins coûteux d’ici 2050 serait, selon ses prévisions, la poursuite du programme nucléaire français, la Cour des comptes a rendu aujourd’hui son rapport sur le coût de l’atome dans l’Hexagone. Commandé par le gouvernement tout juste deux mois après la catastrophe de Fukushima, en mai dernier, il devait présenter la totalité des frais liés au nucléaire civil en France. Soit un compte-rendu plus exhaustif que ceux publiés chaque année par EDF puisqu’il comprendrait les dépenses passées et futures du secteur.
« Nous espérons que cela va rendre les débats plus solides, même s’il y aura toujours des polémiques. Nous allons présenter une base de données avec des briques de calcul très fines et des explications, et tous ceux qui participent aux débats pourront trouver des informations sur les coûts passés, présents et futurs » avait ainsi estimé, lundi dernier, un magistrat de la Cour cité par l’AFP mais qui a souhaité conserver l’anonymat. Or le rapport souligne lui-même des « incertitudes » demeurant quant aux coûts futurs du nucléaire français, liés notamment au démantèlement des centrales et à la gestion des déchets radioactifs sur le long terme.
Des dépenses « incertaines par nature », justifie dans un entretien publié sur  lemonde.fr Didier Migaud, Premier président de la Cour des comptes, au vu notamment de « l’absence d’études approfondies (…) n’y ayant pas d’expériences de démantèlement d’un parc [nucléaire] cohérent comme le parc français », de même que dans le domaine de gestion des déchets radioactifs « il n’y a aucune référence internationale possible ». M. Migaud avance tout de même des « estimations fragiles » de tels coûts futurs : « 18,4 milliards d’euros (valeur 2010) en charges brutes, pour le démantèlement des 58 réacteurs [et] 28,4 milliards d’euros [...] pour la gestion des déchets radioactifs ».

Un parc nucléaire d’une « valeur » de 96 milliards d’euros à lui seul
Dans tous les cas, le rapport de la Cour des comptes estime que ces coûts futurs seront bien moins importants que l’évolution des dépenses liées à la maintenance des centrales. Celles-ci devraient en effet plus que doubler, pour représenter à l’horizon 2025 quelque 3,7 milliards d’euros par an. Une hausse qui se traduira par « une augmentation de l’ordre de 10% du coût moyen de production » d’électricité nucléaire selon M. Migaud.  Lequel précise par ailleurs qu’ont été prises en compte les « prescriptions post-Fukushima de l’Autorité de sûreté nucléaire telles qu’on les connaît » pour établir cette prévision.
Les chiffres avancés dans le rapport quant aux investissements privés et publics, réalisés depuis la naissance de la filière nucléaire française, ont quant à eux été « bien identifiés » selon la Cour des comptes, qui présente un total de 228 milliards d’euros. Le parc nucléaire de l’Hexagone, composé de 58 réacteurs, aurait coûté jusqu’à ce jour 96 milliards d’euros à lui seul, le montant total de la construction des installations nécessaires à la production d’électricité nucléaire est quant à lui chiffré à 121 milliards d’euros, et 55 milliards d’euros auraient été consacrés à la recherche – publique et privée – depuis 1950.
Aussi, Nathalie Kosciusko-Morizet a-t-elle estimé hier sur France2 que « le nucléaire reste, même avec ces incertitudes, une énergie relativement peu chère ». Un avis loin d’être partagé de tous, Eva Joly ayant par exemple déclaré de son côté que le rapport de la Cour des comptes allait « bouleverser l’idée que l’énergie nucléaire est une énergie pas chère ». Question de point de vue…

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