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Inapproprié. Inconséquent. Indécent. Les écologistes l’ont saumâtre depuis que la Commission européenne, dont certains lobbies peuvent manifestement toujours dicter la conduite, a décidé qu’une partie des fonds du programme énergétique continental Horizon 2020 prévus pour les technologies vertes, à savoir trente milliards d’euros, sera réorientée au profit de projets gaziers.
L’argument brandi par Bruxelles selon lequel le gaz est une source d’énergie faible en carbone ne les convainc pas. Les plus virulents diront même qu’il se situe à la limite de la faute de goût.
Ancienne porte-parole de campagne d’Eva Joly, eurodéputée EELV (Europe Écologie-Les Verts) et vice-présidente du groupe parlementaires des Verts-ALE, Michèle Rivasi n’a pas fait mystère de son mécontentement. Dans un communiqué, elle a ainsi rappelé que « depuis le début des années 2000 et la stratégie de Lisbonne, la Commission prétend miser sur l’innovation pour maintenir la compétitivité européenne ». « En temps de crise, ce n’est plus une nécessité, mais un devoir, et cette innovation doit aider l’Europe à réduire sa facture énergétique annuelle dans un contexte d’épuisement des énergies fossiles, tout en luttant contre le changement climatique. Pourtant, la Commission tient un double-discours et laisse la part belle au lobby gazier et aux États dont l’ambition climatique est bien secondaire, la Grande-Bretagne en tête. C’est scandaleux », a-t-elle estimé.
Même indignation du côté de son collègue Yves Cochet, par ailleurs à l’origine du rapport Les subventions aux énergies fossiles dans les pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), présenté avant-hier au Parlement européen, qui souligne quant à lui qu’« à l’échelle mondiale, ce sont près de 750 milliards de dollars (environ cinq cent quatre-vingt-quatorze milliards d’euros) de fonds publics qui sont dépensés pour soutenir la production et la consommation d’énergies fossiles. En particulier, « les cinq pays européens (dont la France et la Grande-Bretagne), subventionnant le plus ces énergies dépensent déjà  près de 20 milliards d’euros par an ». « Supprimer les subventions publiques aux énergies fossiles, conduirait à une réduction significative des émissions de gaz à effet de serre », assure l’eurodéputé, dont l’opinion est bien sûr largement partagée.

L’exploitation des gaz de schiste pourrait être encouragée
Révélé par nos confrères du très sérieux Guardian, le changement de cap de la Commission européenne n’en demeure pas moins un coup très dur porté au secteur des énergies renouvelables, qui voit une partie de ses perspectives continentales gommées. Au grand dam des défenseurs de l’environnement, lesquels espéraient au moins un soutien financier moins prononcé, le programme précité (NDLR : qui couvre la période 2014-2020, est consacré à la recherche ainsi qu’à l’innovation et dont le coût total a été estimé à quatre-vingt milliards d’euros), ne laissera donc pas les technologies fossiles sur le bas-côté de la route.
Tout au contraire, la production de gaz de schiste, qui malgré les fortes controverses qu’elle suscite en raison des dommages sanitaires et environnementaux perpétrés par la fracturation hydraulique pourrait tripler à l’horizon 2035, sera probablement stimulée en amont. Les conclusions de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), dont les experts s’attendent à un « âge d’or » pour le gaz au cours des prochaines années, ont semble-t-il été intégrées.
Au total, les énergies renouvelables pourraient être les victimes collatérales de tarifs devenus bon marché. Leur développement, s’il ne devrait pas non plus être remis en cause, sera-t-il freiné à cause de la frilosité des pouvoirs publics ? Ce serait évidemment un triste scénario au regard du changement climatique, qui s’accélère à mesure que les émissions de gaz à effet de serre augmentent. Et pour les plus pessimistes une preuve supplémentaire que, décidément, nos vies valent plus que leurs profits.

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