Une équipe de scientifiques supervisés par le gouvernement chinois vient de publier son « Deuxième rapport national d’évaluation sur les changements climatiques ». Il fait suite à une première évaluation réalisée en 2007.
Une phrase issue de ce pavé de 710 pages résume tout : « La Chine est confrontée à une situation écologique et environnementale extrêmement sombre du fait de l’impact du réchauffement climatique mondial et des modifications de l’environnement sur son territoire ». Aussi, si l’Empire du Milieu ne fait pas des efforts rapidement, il pourrait se retrouver face à des problèmes économiques graves. Le premier émetteur de gaz à effet de serre (GES) de la planète a rejeté quelque 8,3 milliards de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère en 2010. Et quand bien même il est aujourd’hui leader mondial en matière de production d’électricité d’origine éolienne et commence à s’enticher de la technologie photovoltaïque, le rapport prévoit des rejets compris entre 9 et 9,5 milliards de tonnes à l’horizon 2020.
Il prédit aussi une chute entre 5% et 20% des rendements agricoles d’ici 2050. Par ailleurs, si celle-ci pourrait être compensée par l’irrigation et le surplus d’engrais, ce n’est bien sûr pas forcément une bonne solution à long terme. Les températures, elles, pourraient augmenter de 2,5 à 4,6 degrés celsius à la fin du siècle (par rapport à la période 1961-1990). Une telle hausse serait catastrophique dans un pays déjà gravement touché par les sécheresses, notamment dans le nord.

On peut du reste lire dans le rapport que « les changements climatiques vont entraîner de graves déséquilibres pour ce qui est des ressources en eau de la Chine au fil des années. Dans la majeure partie des régions, les précipitations se concentreront de plus en plus sur les saisons des pluies – l’été et l’automne – et inondations et sécheresses seront de plus en plus fréquentes ». Et les experts d’avertir que, « sans mesures efficaces pour contrer le phénomène, les changements climatiques pourraient, dans la seconde moitié du XXIe siècle, constituer une menace pour la sécurité alimentaire du pays ».
Ils estiment de surcroît que 8 des 31 provinces souffriront de pénuries d’eau, les autres y étant confrontées périodiquement. Au Tibet, la fonte des glaciers s’intensifie : « depuis les années 1950, plus de 82% d’entre eux reculent, ce à un rythme qui s’est accéléré depuis les années 1990 ». Or, ces mêmes glaciers alimentent la plupart des fleuves du pays dont le Yangzi Jiang et le Fleuve Jaune. A contrario, les côtes ont été mises sous pression avec une élévation du niveau de la mer de 11,5 centimètres entre 1979 et 2009. Celui-ci pourrait encore monter de 15 centimètres dans les prochaines années, sachant que les typhons et les tempêtes risquent fort de ne faire qu’une bouchée des digues de la côte est, l’un des poumons économiques de la Chine.
La publication de ce rapport intervient un mois et demi après la clôture du Sommet sur le climat de Durban (Afrique du Sud), au cours duquel la délégation de l’Empire du Milieu a pesé de tout son poids pour ralentir les discussions. On ne peut qu’encourager les décideurs à changer de disque au plus vite.