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Manque de pluie et barrage des Trois Gorges obligent, le lac Poyang en Chine est presque complètement asséché depuis maintenant près d’un an, menaçant ainsi les écosystèmes et populations qui en dépendent.
Le lac Poyang s’étend habituellement sur quelque 3 500 kilomètres carrés (km2). Or à l’heure actuelle, ce qui constitue normalement le plus grand lac d’eau douce du pays ne compte plus que 200 km2 d’eau… Une sécheresse – la plus importante en 60 ans – en partie due au manque de pluie sur la région. Mais en réalité surtout causée par le fameux barrage des Trois Gorges, situé à quelque 500 kilomètres de là , sur le Yangtzé, le plus grand fleuve d’Asie.
Le gouvernement chinois commence tout juste à l’admettre, évoquant en mai dernier « des problèmes qui doivent être résolus au plus vite » causés par ce barrage hydraulique, le plus grand au monde. Bien avant les autorités, nombreux scientifiques et activistes environnementaux avaient déjà tiré la sonnette d’alarme. « Chaque année, lorsque le réservoir stocke de l’eau afin de pouvoir faire tourner les turbines du barrage pendant l’hiver, le débit du Yangtzé chute. Ce qui accélère la baisse du niveau du lac Poyang, et la période de basses eaux vient alors plus tôt » analyse ainsi Ye Xuchun, chercheur à la Southwest University.

Selon Dai Nianhua, directeur adjoint du Centre de recherche sur le lac Poyang à Nanchang (capitale de la province du Jiangxi), les écosystèmes de la région sont par conséquent « sérieusement affectés ». Le niveau de l’eau étant trop bas – et même inexistant sur des milliers de kilomètres carrés – il n’y a plus de poissons et donc plus de nourriture pour les oiseaux migrateurs. Tentant de résoudre ce problème, les autorités chinoises ont décidé de larguer des tonnes de poissons, mais aussi de crevettes, de millet et de maïs sur l’emplacement du lac par hélicoptères.
Mais si cette mesure apporte un soulagement pour les volatiles, elle ne résout pas la crise économique vécue notamment par les pêcheurs qui dépendent du lac Poyang. En témoigne Guo Jiantao, qui habite le village de Yumincun avec quelque cent autres pêcheurs et qui n’a pu larguer les amarres depuis maintenant un an. « L’année prochaine peut-être, s’il y a assez d’eau, nous irons pêcher à nouveau. Autrement, nous resterons dans notre nouveau travail » déclare-t-il à nos confrères du Guardian, lui et sa femme ayant du se convertir – à 50 ans et quelques – aux métiers du bâtiment.
Car comme le constate Xu Bin, auteur d’une thèse sur les conséquences socio-économiques du déséquilibre environnemental du lac Poyang, « les salaires dans les villages de pêcheurs chutent aussi rapidement que le niveau de l’eau ». Guo Jiantao et sa famille gagnaient jusqu’à l’année dernière entre 1 200 et 3 250 euros, par an. Or leurs revenus ont chuté à tout juste plus de 600 euros l’an passé. Si les autorités locales leurs ont versé près de 450 euros de compensations, d’autres n’ont pas eu cette chance. Aussi un autre pêcheur affirme-t-il au Guardian avoir reçu seulement 60 euros du conseil municipal…
Aussi, face à telle situation, certains suggèrent même de bâtir un autre barrage à l’endroit où le lac Poyang rejoint le fleuve Yangtzé. Une éventuelle solution qui en inquiète toutefois d’autres, conscients que le problème provient justement d’une gestion artificielle des cours d’eau…

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