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L’accident de la centrale nucléaire de Fukushima aurait pu entraîner l’évacuation de Tokyo

L’accident de la centrale nucléaire de Fukushima aurait pu entraîner l’évacuation de Tokyo
Un projet secret d’évacuation de la mégapole tokyote a été soumis à l’ancien Premier ministre japonais Naoto Kan deux semaines après le tsunami

Ce « scénario du pire » a été envisagé par le gouvernement de Naoto Kan, qui a un temps perdu tout contrôle de la situation.

On en sait davantage sur le capharnaüm qui a fait suite à l’accident nucléaire de Fukushima, consécutif à un tremblement de terre et à un tsunami d’une violence inouïe. L’ex-Premier ministre, qui a démissionné en août dernier alors qu’il battait des records d’impopularité, avait jeté un premier pavé dans la mare en révélant que la direction de l’exploitant TEPCO (Tokyo Electric Power COmpany), qui connaissait les risques (elle avait alerté les pouvoirs publics, sans toutefois faire le nécessaire de son côté, à savoir réviser les normes de sécurité et procéder aux aménagements infrastructurels qui s’imposaient) mais n’était absolument pas préparée à un « Tchernobyl bis », a dans les heures qui ont suivi la catastrophe projeté d’abandonner la centrale à son triste sort.

Selon un rapport rétrospectivement effrayant rédigé par la commission d’enquête indépendante Rebuild Japan Initiative Foundation (RJIF) – avec laquelle l’opérateur, fidèle à sa réputation de chantre de l’opacité, a refusé de coopérer -, c’est M. Kan lui-même qui aurait tapé du poing sur la table pour que TEPCO ne prenne pas la poudre d’escampette en procédant à l’évacuation de ses employés, seuls à même de faire face. Malgré une gestion globale de la crise très discutable, l’ancien chef du gouvernement a ainsi… « sauvé le Japon », dixit Yoichi Funabashi, ex-journaliste du Asahi Shimbun et fondateur de ladite commission (NDLR : constituée de professeurs d’université, d’avocats et de journaliste), cité par nos confrères du Figaro.

Objet de virulentes critiques au même titre que l’électricien, déjà accusée entre autres de désinformation et de musèlement des médias, l’ancienne administration n’a toutefois pas toujours été elle non plus à la hauteur de ses responsabilités, loin s’en faut. Les griefs de millions de Japonais dans le sillage de cette crise sans précédent depuis 1945 apparaissent a posteriori parfaitement recevables. Dans son rapport, qui a fuité dans la presse hier, quelques jours avant sa publication officielle, RJIF reproche ainsi à M. Kan et à ses troupes, alors qu’elles manquaient d’informations sur la gravité de l’accident et n’excluaient pas l’évacuation de la mégapole tokyote, de s’être efforcées de distiller des messages rassurants à leurs concitoyens afin d’éviter une panique générale.

« Un scénario diabolique »

L’hypothèse d’une évacuation pure et simple de la capitale japonaise a donc été étudiée au plus haut niveau de l’Etat, au cas où les réacteurs de la centrale accidentée auraient explosé les uns après les autres. Cette mesure stricto sensu extraordinaire aurait conduit à déplacer quelque trente-cinq millions de personnes, en comptant la préfecture de Tokyo et les trois préfectures voisines constitutives du « Grand Tokyo », et eut de fait été très difficile à mettre en œuvre. Ça n’empêche : deux semaines après le tsunami, M. Kan s’est vu remettre par Shunsuke Kondo, président de la Japan Atomic Energy Commission, un projet confidentiel dont l’agence Reuters est toutefois parvenue à se procurer une copie. Et l’ancien porte-parole du gouvernement Yukio Edano de confirmer avoir songé à « un scénario diabolique ».

D’environ quatre cents pages, le rapport pointe également la suspicion des experts nucléaires américains quant à la fiabilité des informations transmises par la précédente administration. Si cette dernière aurait, les premiers jours et les premières semaines, sous-évalué le danger, les Etats-Unis auraient néanmoins, de leur côté, gonflé les risques, par exemple en avertissant à tort que les barres de combustible irradié dans la piscine située près de la turbine numéro 4 ont été exposées à l’air libre et menaçaient de libérer d’énormes quantités de radiations. Les relations entre les deux pays ont alors été très tendues. Ce n’est cependant pas le plus grave. Car ce qui restera de ce rapport, c’est le sentiment général d’un manque de concertation, d’un gouvernement et d’un exploitant aux abois, totalement dépassés par les événements, et d’un déficit criant de transparence.

Dans la plupart des cas, le peuple japonais accepte les versions officielles. Qu’en sera-t-il désormais ? A quelques jours du premier anniversaire, et sachant qu’il faudra des décennies pour que le triste souvenir de Fukushima puisse se dissiper, au propre comme au figuré, qui peut certifier que la confiance envers les élites, indépendamment des convictions politiques des uns et des autres, n’a été que provisoirement ébranlée ? Si un autre cataclysme venait à se produire, quel accueil serait réservé à la communication officielle ? En la matière, y’aura-t-il aussi un avant et un après-Fukushima ? Le quotidien a beau avoir repris son cours, la souscription benoîte n’est sans doute plus à l’ordre du jour au pays du soleil levant.

Crédits photos : flickr – oisa / Kim Kyung-Hoon - Reuters
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