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Jeux Olympiques de Vancouver : mention passable

Jeux Olympiques de Vancouver : mention passable
Malgré des mesures environnementales inédites, les organisateurs des Jeux de Vancouver n'ont pas été en mesure de tenir leur engagement de 0 % de déchet enfoui pendant la quinzaine olympique

Alors que Bode Miller, Didier Defago, Lindsay Vonn et côté français Vincent Jay brillent sur la poudreuse, certains milieux écologistes ont émis des critiques envers les organisateurs des XXIe Jeux Olympiques d’hiver.

Ces derniers avaient mis la barre (très) haut en s’engageant dans leur dossier de candidature à faire de ces Jeux une manifestation sportive à zéro déchet enfoui. Une annonce qui a très certainement joué quand, en 2003, la majorité des séides de Jacques Rogge s’étaient prononcés pour que la métropole canadienne succède à Turin.

Par trop ambitieux, cet objectif ne pourra hélas être atteint. À mi-course, il apparaissait en effet, d’après nos confrères des Echos, que 15 % des déchets générés par la grand messe des sports d’hiver seraient in fine enfouis. 85 % de détritus valorisés, la proportion est néanmoins appréciable, d’autant que la gestion des prochains Jeux Olympiques d’hiver – qui se dérouleront à Sotchi (Russie) en 2014 – a dans le même temps été sévèrement critiquée par WWF.

L’impair est toutefois suffisant pour nuancer les allégations des responsables canadiens, qui n’ont eu de cesse de clamer que la quinzaine de Vancouver serait la toute première de l’histoire de l’olympisme moderne à se conformer à l’ensemble des nouvelles exigences environnementales.

Pollution

Et ce n’est pas tout : d’après la Fondation David Suzuki, d’après laquelle les sommes allouées à la « durabilité » des Jeux avoisineraient les dix-huit millions de dollars canadiens, soit environ 1 % des dépenses totales, l’événement devrait engendrer au total trois cent vingt mille tonnes d’émissions de CO2 supplémentaires (NDLR : soit, d’après L’Express, « l’équivalent du rejet sur place de soixante cinq mille nouveaux véhicules »). La moitié d’entre elles sont imputables aux spectateurs, aux médias et aux sponsors et ne seront pas compensées. Des conditions météorologiques défavorables ont rendu l’importation de neige artificielle obligatoire et ont de facto elles aussi contribué à cet afflux dérangeant, mais il y a malgré tout de quoi l’avoir saumâtre quand on sait que le COJO (Comité organisateur des Jeux Olympiques) avait garanti des Jeux irréprochables, c’est-à-dire neutres, en émissions de carbone.

Promesse démagogique cachant une impéritie en matière écologique d’autant plus regrettable que l’environnement a rejoint en 1994 le sport et la culture au rang des piliers officiels des Jeux Olympiques ? La charge apparaît trop brutale, mais le fait est qu’il faudra débourser l’équivalent de trois millions d’euros en opérations de compensation (installation de turbines pour éoliennes, reforestation) pour tempérer les critiques et écarter le soupçon selon lequel ce noble dessein n’était en réalité qu’un subterfuge destiné à s’attirer les faveurs du Comité international olympique (CIO). Or, pour l’heure, nul ne peut certifier que les bénéfices dégagés seront réinvestis à cette hauteur dans pareilles initiatives.

Dans ces conditions, attribuer à Vancouver la fameuse médaille verte régulièrement évoquée par les médias et revendiquée par le comité organisateur relève de l’incongruité, même si le tableau est loin d’être apocalyptique et que des efforts significatifs ont été entrepris en amont.

Bâtiments « écolos »

Outre la décision purement symbolique d’avoir choisi pour mascotte une marmotte locale en voie de disparition (« Mukmuk »), le COJO de Vancouver a d’abord eu l’intelligence de penser à « l’après-Jeux ». Théâtre des épreuves de patinage de vitesse, l’anneau olympique de Richmond ne sera par exemple pas laissé à l’abandon une fois achevée la cérémonie de clôture, puisqu’un plancher dont la petite histoire n’a pas encore dit s’il serait ou non en bois recyclé se substituera à la glace actuelle dès avril prochain. Aux courses sur glace vont donc succéder, entre autres, des matches de volley-ball et de basket-ball.

La station de Whistler – où logent les athlètes et où se déroulent les compétitions de ski alpin et de saut à skis – a quant à elle, à bien des égards, suivi les préceptes du développement durable. Des poubelles séparées pour les déchets recyclables et des toilettes basse consommation ont en effet été installées dans le village olympique (NDLR : qui sera progressivement reconverti en quartier résidentiel), où l’eau de pluie est récupérée et réutilisée et où de la chaleur est produite… par le biais des égouts.

Des eaux usées servent à chauffer les douches des installations sportives, des jardins communautaires confèrent une certaine authenticité au cadre et, cerise sur le gâteau, les structures destinées à héberger les trois mille athlètes ont été construites à partir de matériaux « écolos ». Alors que les toits ont été recouverts d’herbe et sont efficients en énergie, le bambou pour les sols et le placage de cèdre pour les façades ont ainsi récolté les faveurs de la municipalité. Au total, force est de constater qu’elle n’a pas lésiné pour satisfaire les critères Gold du HQE nord-américain, le LEED (Leadership in Energy and Environmental Design).

« Pour éviter que (la) ville soit défigurée », parce qu’il n’est « pas question qu’un événement, même planétaire, vienne bouleverser (le mode de vie des habitants) », dixit le maire Ken Melamed – qui entend limiter à quatorze mille habitants la population de sa ville en 2020 – , la capacité d’accueil de chaque épreuve a par ailleurs été ramenée à huit mille spectateurs, soit près de huit fois moins qu’à Lillehammer (Norvège), organisatrice des Jeux Olympiques d’hiver de 1994. De même les parkings ont-ils été interdits aux voitures particulières.

Vouloir se prémunir contre les embouteillages est une chose, s’en donner les moyens en est cependant une autre puisqu’à peine une vingtaine de bus roulant à l’hydrogène effectuent la liaison entre le centre-ville de Whistler et les infrastructures sportives. Un chiffre presque risible comparé aux cinquante mille visiteurs qui arpentent chaque jour les allées de Whistler depuis l’ouverture des compétitions.

« Utilisation irresponsable et anti-écologique du bois »

Si Greenpeace ne pouvait décemment reprocher aux organisateurs d’avoir opté pour des médailles en (très petite) partie fondues dans des métaux recyclés d’appareils électroniques * – une initiative qui, aux dires de l’entreprise locale Teck Ressources Limited, laquelle a fourni lesdits métaux à la Monnaie royale canadienne, a contribué à faire baisser la quantité de matériaux non-biodégradables enfouis en décharge – , elle a revanche contesté leur parti d’utiliser du bois pour constituer la charpente du toit de l’Olympic Oval de Richmond. Deux mille mètres carrés provenant exclusivement d’arbres malades, l’initiative aurait pourtant, a priori, eu de quoi séduire les défenseurs de la cause environnementale.

Sauf que, d’après l’ONG, « l’anneau (serait) l’exemple même d’une utilisation irresponsable et anti-écologique du bois » dans la mesure où aucune étude scientifique n’est venue corroborer les assertions du COJO, qui soutient mordicus que les pins malades ayant servi à la construction du toit seraient restés inutilisés. Et Greenpeace de demander au gouvernement provincial « un moratoire sur l’abattage des arbres malades ».

Le Conseil des Canadiens, par la voix de Pina Belperio, membre du conseil d’administration, a de son côté estimé qu’il avait fallu « abattre entre quatre vingt-neuf mille et cent ville mille arbres très anciens pour construire les pistes de ski de fond et de saut à ski » à Whistler, un chiffre qui n’a pas été démenti par les instigateurs du déboisement et qui tend à discréditer la rhétorique ultraécologique de M. Melamed. Le groupe a également dénoncé le fait que les pistes de ski aient été conçues « à la va-vite, sans créer de zones tampons autour des zones humides sensibles » et l’absence de programme écologique recevable pour défendre l’habitat des grizzlys.

Reste qu’eu égard au nombre de paramètres dont il faut tenir compte – le coût en est un fondamental – , au nivellement par le haut des standards écologiques et aux exigences temporelles auxquelles sont confrontés les responsables d’une manifestation du calibre des Jeux Olympiques, chacun conviendra qu’il est aujourd’hui impossible de faire du grand rendez-vous du sport, qu’il soit d’hiver ou d’été, une fête 100 % « verte ». Les têtes pensantes de la candidature canadienne nourrissaient de grandes ambitions, d’aucuns diraient qu’ils se sont nourris d’illusions, et ont parfois opté pour des méthodes que l’imaginaire collectif pouvait croire écologiques mais qui ont été tancées par certains experts, selon toute vraisemblance à juste titre. Attendus au tournant sur le bilan carbone, ils n’ont pas non plus pu honorer certains de leurs engagements, ce qui aurait, il est vrai, été un véritable exploit.

Il n’en demeure pas moins que de nombreuses dispositions allant dans le sens du développement durable ont été prises aussi bien au cœur qu’en marge de la quinzaine olympique. Si bien des points doivent encore être améliorés, les Jeux Olympiques de Vancouver laissent cependant augurer un tournant dans l’organisation des événements sportifs. Il faut maintenant espérer que le staff des Jeux de Londres mette tout en œuvre pour relayer la flamme allumée en Colombie-Britannique.

* : Dans un long reportage consacré aux Jeux Olympiques de Vancouver, la revue Terra Eco a indiqué que « seuls 1,52 % de l’or, 0,122 % de l’argent et 1,11 % du cuivre des médailles sont issus de ce procédé de recyclage ».

Crédit photo : Flickr - Chase N.
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