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Jean-Michel Jarre, optimiste et négateur

Jean-Michel Jarre, optimiste et négateur
Jean-Michel Jarre s'est intéressé à l'écologie, dont il a une perception très personnelle, dès le milieu des années 1970

« Mégalo », « has been »… Jean-Michel Jarre laisse dire, trace sa route et, l’air de rien, a encore rempli les salles lors de sa dernière tournée. Moins pharaonique que d’ordinaire, En attendant Jarre a permis aux douces et moins douces mélodies d’Oxygène de retrouver le haut du pavé.

Premier d’une longue série, cet album a été encensé par la critique. Il a surtout, n’en déplaise aux détracteurs de son auteur, révolutionné la musique. Sorti en 1976, à une époque où seuls Klaus Schutze, le groupe Kraftwerk et quelques artistes désormais oubliés s’étaient jusque là risqués à composer sur des sonorités électroniques, Oxygène s’est vendu à plus de douze millions d’exemplaires. Réenregistré début 2008, il reste une référence aux oreilles de milliers de mélomanes mais est aussi une oeuvre à la dimension environnementale incontestable.

« Lorsqu’on parle du futur, on se demande comment on va trier nos poubelles pour survivre sur la planète »

Car Jean-Michel Jarre, le créateur du concept des Villes en Concert, l’inventeur de la harpe laser et de pléthore d’instruments improbables a comme beaucoup une fibre « verte », quand bien même la sienne se démarque assez nettement des standards actuels. En témoigne d’abord ce premier opus, ode musicale avant-gardiste à l’air, à la mer et à la planète toute entière, « idée de l’écologie vue de l’espace », dixit le soldat de l’O2.

Une idée qui ne faisait pas encore vendre au milieu des années 1970 mais qui, à l’heure où les nuages obscurcissent l’horizon planétaire, est plus que jamais d’actualité. « Le thème d’Oxygène c’est quoi ? L’environnement et l’écologie, des préoccupations très lyriques il y a trente ans qui sont devenues de plus en plus sérieuses aujourd’hui », analysait lucidement il y a deux ans le grand manitou des synthétiseurs.

Comme son nom le suggère, l’album Calypso est quant à lui un hommage à Jacques-Yves Cousteau, autre découvreur de légende, dans un genre somme toute pas si éloigné du sien et auquel il a toujours voué une admiration sans borne. Le Commandant percevait lui aussi le futur comme un formidable motif d’espoir. Une vision qui selon Jean-Michel Jarre « a été laissée derrière nous [...] car aujourd’hui, lorsqu’on parle du futur, on se demande comment on va trier nos poubelles pour survivre sur la planète ».

Loin de critiquer la prise de conscience environnementale de ses contemporains, à laquelle il a lui même cédé sans pour autant se départir de son esprit critique, le pionnier de l’électronique regrette toutefois la tendance actuelle de certains au catastrophisme. De même il rejette en bloc l’éco-business et les discours moralisateurs des khmers verts, quitte à prendre le parti du pestiféré du moment.

Climatosceptique

« L’anxiété est devenue un business, comme l’écologie », a déploré l’ambassadeur de l’UNESCO dans une interview accordée au JDD le mois dernier en marge de sa tournée et au cours de laquelle la langue de bois n’avait pas sa place. « Sur la question du réchauffement climatique, je suis assez proche de Claude Allègre », a même osé Jean-Michel Jarre. Et de justifier son point de vue politiquement incorrect en citant l’exemple du Groenland, dont il a rappelé qu’il était recouvert d’oliviers au Moyen Âge. « Dans l’histoire de l’humanité, les réchauffements sont cycliques [...] On est incapables de prévoir un tremblement de terre à deux mois d’intervalles, comment peut-on se permettre d’avoir l’arrogance de penser avoir un contrôle sur le réchauffement de la planète ? », s’interroge l’artiste qui, s’il ne conteste pas la hausse des températures, doute fort de son origine anthropique.

Plutôt que d’appeler les spectateurs à réduire leur empreinte carbone, il a choisi de se concentrer sur d’autres thèmes, certes moins médiatisés mais ô combien essentiels, à savoir l’inflation démographique et l’accès à l’eau potable.

Lors de ses derniers concerts, pendant qu’il interprétait Statistico Adagio, un morceau inédit empreint de gravité et de pudeur, des chiffres en temps réels apparaissaient sur le grand écran d’ordinaire dédié aux animations 3D. Ont défilé pèle-mêle ceux de l’augmentation de la population, de la réserve de pétrole consommée ou encore du nombre de personnes privées d’eau potable. De l’art de dénoncer sur scène en silence, « sans dogmatisme, à la différence d’un Bono », a-t-il ajouté à l’attention de tous ceux qui n’auraient pas encore compris ses réserves face aux discours de people qu’il semble juger trop convenus pour être honnêtes.

Allergique aux donneurs de leçons

« J’en ai ras le bol, en tant que membre de la société civile, qu’on me donne des leçons. Je suis assez grand pour comprendre et m’informer, j’ai envie de prendre en main ma propre responsabilité », a-t-il enfin asséné à l’encontre des redresseurs de tort.

Et si « JMJ » disait ici tout haut ce que beaucoup pensent tout bas ? Il n’est en tout cas pas de ceux qui se déplacent en jet privé tout en appelant ses fans à se déplacer en vélo. Il n’est pas non plus de ceux qui détaillent leurs engagements sous les feux des projecteurs, dans les journaux ou micro à la main. Il préfère la musique aux belles paroles, l’implacable vérité des statistiques aux images « Mad Max » triées sur le volet et la croyance en l’existence d’une éco-responsabilité collective plutôt que la condamnation définitive de l’incapacité de l’humanité à protéger son environnement. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’apporte pas sa petite contribution. En toute discrétion, il a ainsi fait fabriquer des lampes qui ne consomment que quatre-vingt un watts, c’est-à-dire soixante fois moins qu’il y a cinq ans. C’est à ses yeux « plus important et pertinent que d’inviter les spectateurs à venir avec des t-shirts recyclés et en espadrilles ».

Homme du passé pour certains, Jean-Michel Jarre n’en a pas moins toujours vibré pour le futur. L’expérience et certaines évolutions négatives n’y ont rien changé : du haut de ses soixante et un ans, il le regarde encore d’un oeil fasciné et croit en un avenir d’abord synonyme de découvertes et d’avancées techniques cruciales.

Quant à ses convergences de vues avec l’ennemi public numéro un des climatologues, elles montrent que, contrairement à ce que beaucoup lui ont reproché, l’image n’est pas si importante pour lui. Négateur positiviste, « JMJ » va a contre-courant et prend le risque d’être un « vert » esseulé. Il a surtout le mérite d’appuyer ailleurs, sur des sujets moins d’actualité. Le plus grand rassembleur de foules de tous les temps, l’homme dont les lasers ont transpercé des rétines partout dans le monde mérite aussi des applaudissements à cet égard.

Crédit photo : Flickr – Little O2
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