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Japon : moins de nucléaire, plus d’énergies renouvelables

Japon : moins de nucléaire, plus d'énergies renouvelables
Une partie de la centrale japonaise d'Hamaoka cessera ses activités durant deux ou trois ans, le temps d'une remise aux normes de sécurité et de la construction d'un mur anti-tsunami ô combien nécessaires...

« Plus jamais ça », semble se dire le gouvernement japonais, alors que les perspectives d’avenir demeurent très préoccupantes sur et autour du site de Fukushima 1 et que TEPCO (Tokyo Electric Power COmpany) n’envisage aucune amélioration sensible avant de longs mois. La mobilisation de la population contre le nucléaire va crescendo, ce qui explique sans doute en partie pourquoi il a demandé de fermer provisoirement une autre centrale, celle d’Hamaoka. En attendant peut-être un virage énergétique similaire à celui que prendra l’Allemagne à partir de 2020…

11 mars 2011 – 10 mai 2011. Presque deux mois jour pour jour après le tremblement de terre et le tsunami qui ont endeuillé le Japon et provoqué un accident atomique sans précédent depuis celui de Tchernobyl (Ukraine), toutes les plaies sont bien sûr loin d’avoir cicatrisé et il serait exagérément optimiste de prétendre, même si le flegme nippon en a décontenancé plus d’un dans le monde occidental, que la vie normale a repris son cours.

Comme l’a montré la pluie de critiques qui s’est abattue sur leur stratégie de communication, les autorités elles-mêmes ne sont pas sorties politiquement indemnes de ce qu’elles ont à raison défini comme la plus grave crise du pays depuis celle traversée à la suite du largage des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki en 1945. Rappelons aussi que l’exploitant TEPCO, dont les infortunes ne sont pas sans rappeler celles qu’a connu BP l’an passé à la suite de la marée noire dans le Golfe du Mexique – à ceci près qu’il a les coudées autrement moins franches sur le plan financier et pourrait de ce fait, eu égard à la montagne de dédommagements à laquelle il va devoir faire face, être mis en faillite puis nationalisé – , n’a pas davantage été épargné concernant sa gestion des opérations et a dû se résoudre à solliciter des appuis extérieurs, ceux d’Areva et d’EDF en particulier.

Si la machine médiatique s’est petit à petit concentrée sur d’autres feux, « l’incendie » fait encore plus que jamais partie intégrante du quotidien du Premier ministre Naoto Kan et de ses troupes. Tokyo n’a en effet pas fini de payer le prix de ses errements passés et de l’incompréhensible opiniâtreté des gouvernements successifs, l’actuel y compris, à ne pas remettre aux normes le parc nucléaire nippon. Troisième puissance atomique mondiale, le Japon restera longtemps un pays traumatisé et la seule chose à faire désormais est de tirer les enseignements du drame de Fukushima 1, qui aurait sans doute pu être évité avec un peu plus de discernement et moins de désinvolture.

Les menaces naturelles enfin prises au sérieux

Peut-on d’ores et déjà affirmer que les décideurs ont retenu la leçon ? Ils ont quoi qu’il en soit fait montre d’une sagesse certaine en exigeant de l’opérateur Chubu, qui s’est exécuté après avoir obtenu un soutien budgétaire de l’État, l’interruption temporaire des activités de la centrale d’Hamaoka. Certes bien tardive, cette application stricte du principe de précaution qui trouve sa source dans le risque de tsunami se devait d’être saluée.

Elle est d’autant plus bienvenue que ladite centrale, située dans la préfecture de Shizuoka, à environ deux cents kilomètres au sud-ouest de Tokyo, a été construite au bord du Pacifique comme celle de Fukushima 1, de surcroît dans une zone qui pourrait aux dires des experts être touchée par un ou des séismes de magnitude 8 voire davantage sur l’échelle de Richter dans les trois prochaines décennies.

Les réacteurs 4 et 5 de cette unité seront de fait stoppés dès que possible, le numéro 3 étant déjà à l’arrêt. Ils reprendront du service une fois un mur anti-tsunami érigé et d’autres mesures de sécurité prises et entérinées par le gouvernement, c’est-à-dire d’ici deux ou trois ans, a indiqué hier le ministre du Commerce Banri Kaieda.

« En arrêtant la centrale d’Hamaoka, nous causons à court terme un important préjudice non seulement à ceux qui se trouvent dans le secteur de la centrale mais aussi à beaucoup d’autres, y compris à nos clients et à nos actionnaires », a pour sa part concédé le président de Chubu Akihisa Mizuno, pour qui la sécurisation de l’installation est néanmoins « la clef de la pérennité d’un secteur nucléaire sûr et stable à long terme, ce dont bénéficieront au bout du compte nos clients ». Le déficit énergétique dans cette région pourra-t-il être pallié par les technologies renouvelables ? Il serait en tout cas étonnant, surtout au vu des allégations gouvernementales de ces dernières semaines et de l’admirable résistance des éoliennes au méga-raz-de-marée du 11 mars dernier, que les projets green soient exclus des débats.

Ils étaient en outre plusieurs milliers ce week-end à Tokyo à réclamer d’autres fermetures, voeu auquel M. Kan n’a pas accédé. Fragilisé dans les sondages, le chef du gouvernement japonais pourrait cependant reconsidérer la question si les manifestations venaient à se multiplier et s’il s’avère que le Japon dispose d’une marge de manoeuvre assez importante pour « transférer » la production d’électricité vers des sources renouvelables.

Attaché au nucléaire, le pays du soleil levant a toutefois une idée exacte des dégâts qu’un nouveau tsunami pourrait provoquer et ne peut évidemment pas se permettre un autre Fukushima, c’est pourquoi il envisage d’abandonner l’objectif fixé en juin dernier d’une électricité pour moitié d’origine atomique à l’horizon 2030 (NDLR: elle provient actuellement à 30 % de l’énergie nucléaire). Il n’est à présent plus du tout certain que les quatorze nouveaux réacteurs annoncés l’an passé voient le jour et M. Kaieda a enfin déclaré que le Japon escomptait « mettre davantage l’accent sur les énergies renouvelables, qui deviendront un facteur de croissance (économique) ».

Bel effort, même s’il est dommage d’avoir dû passer par un cataclysme pour qu’il devienne d’actualité.

Crédits photos : Wikimedia Commons – E-190 / Haruno Akiha
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  • fredred

    Espérons que les bonnes décisions soient prisent maintenant!

  • pierre d

    Il n’y a pas de fumée sans feu..