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Japon : la fuite radioactive stoppée

Japon : la fuite radioactive stoppée
Le colmatage de la brèche détectée samedi sur la structure en béton du réacteur 2 ne signifie pas pour autant que la situation est désormais sous contrôle à Fukushima

Il avait fallu de longs mois aux ingénieurs de BP pour interrompre la fuite du puits Macondo. Ça a été beaucoup plus rapide à Fukushima 1 mais l’accumulation d’hydrogène augmente les risques d’une nouvelle explosion sur la centrale.

Le béton et la colle polymère n’avaient pas permis de colmater la brèche de vingt centimètres découverte samedi sur la structure du réacteur 2. Les techniciens de TEPCO (Tokyo Electric Power COmpany) ont finalement trouvé la solution hier soir en injectant du verre soluble (silicate de sodium), un agent chimique qui a la faculté de se solidifier au contact de l’eau.

Cette bataille capitale aura donc duré quatre jours. Pendant ce temps une quantité d’eau radioactive évaluée à sept tonnes par heure s’est répandue dans le Pacifique, faisant littéralement exploser la quantité d’iode 131 contenue dans les prélèvements effectués aux abords de la centrale.

Le succès des ingénieurs ne s’est par ailleurs pas traduit par un arrêt des rejets dans l’océan d’eau radioactive, nécessaires pour libérer les cuves de stockage et donc sécuriser le site et qui ont débuté lundi. Un total de onze mille cinq cents tonnes de liquide doit être déversé dans le Pacifique, à deux cent cinquante kilomètres de Tokyo, avec des répercussions potentiellement désastreuses sur l’écosystème marin (en particulier sur le plancton ingéré par les poissons) et la consommation des produits de la mer. Outre de l’iode 131 dont la durée de vie diminue de moitié tous les huit jours, cette eau contient en effet du césium 137, lequel demeure actif durant plusieurs décennies. En conséquence, les pouvoirs publics ont instauré hier une norme sur la quantité de radioactivité autorisée dans les produits de la mer. Une décision prise alors que des poissons pêchés vendredi au large de la préfecture d’Ibaraki, située entre Fukushima et Tokyo, ont présenté des niveaux d’iode supérieurs aux seuils légaux et que l’inquiétude des pêcheurs va crescendo. « Personne ne voudra acheter des produits de la mer venant de Fukushima. Nous ne pourrons probablement plus y pêcher pendant plusieurs années », table ainsi Ichiro Yamagata, un pêcheur cité par Associated Press qui vivait non loin de Fukushima et s’est depuis installé à Tokyo.

Azote vs hydrogène

De son côté TEPCO a également annoncé vouloir injecter de l’azote – gaz inerte fréquemment utilisé dans les zones de stockage sensibles pour faire baisser le taux d’oxygène dans l’air – dans le réacteur 1, le risque d’une explosion provoquée par l’accumulation d’hydrogène étant devenu très élevé. Rappelons que deux des six réacteurs ont déjà été endommagés à la suite d’explosions analogues, sans toutefois attenter au coeur de l’installation, à la suite du séisme et du tsunami du 11 mars dernier. Cette opération particulièrement délicate doit durer plusieurs jours et pourrait débuter dès aujourd’hui.

Elle est tout aussi indispensable que le rétablissement total de l’alimentation électrique et des circuits de refroidissement, tâche à laquelle les « liquidateurs » s’emploient en vain depuis le début de la catastrophe. Les barres de combustible menaçant d’entrer en fusion, ce qui serait synonyme d’apocalypse atomique, ils n’ont actuellement d’autre choix que de déverser chaque jour des centaines de tonnes d’eau dans les réacteurs et les piscines de combustibles usés pour les maintenir à température raisonnable, d’où des inondations radioactives dramatiques à la fois dans les bâtiments et les galeries techniques souterraines.

Ainsi ne faut-il pas s’y tromper : le colmatage de la fissure précitée n’est qu’un succès au milieu d’autres défis qu’il sera bien difficile de relever. Des défis auxquels l’opérateur TEPCO, qui sur le plan économique voit le cours de son action fondre comme neige au soleil, n’était de toute évidence pas préparé. Les autorités nippones n’excluent pas désormais de nationaliser partiellement l’entreprise, comme l’a indiqué le ministre de la Stratégie nationale Koichiro Gemba la semaine dernière. Le coût des opérations de secours excepté, elle devra il est vrai indemniser de nombreux habitants et organismes, en plus de construire un nouveau système d’alimentation et de « remplacer » les réacteurs hors service.

Une situation sur le fond similaire à celle à laquelle BP a dû faire face l’an passé à la suite de l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, à ceci près que la première compagnie d’électricité du Japon, critiquée aussi bien par le gouvernement que par la population pour sa gestion de la crise et dont il est avéré qu’elle a falsifié de nombreux rapports de sécurité, n’est pas aussi prospère que la multinationale britannique et ne pourra de toute façon pas générer de profits pendant une longue période. Sa capacité à rembourser ses créanciers est plus que jamais sujette à caution et les perspectives d’avenir sont tout aussi sombres sur le terrain. Sauf qu’en l’occurrence ils sont des centaines de milliers à être directement concernés.

Crédits photos : Associated Press - Kyodo News / Mike Clarke / AFP - Getty Images
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  • daniel d

    Enfin une bonne nouvelle, enfin un peu d’espoir…
    Il est sidérant de constater que, en France du moins, les médias traitent de moins en moins du sujet et que le public y devient de plus en plus indifférent : plus de 20 000 victimes, des milliards de dollars de dégats, une menace nucléaire latente, une crise sanitaire potentielle, excusez du peu…