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Isabelle Autissier, toutes voiles dehors

Dans l’imaginaire collectif, elle est d’abord une navigatrice exceptionnelle, de la trempe des Florence Arthaud et Ellen MacArthur. L’histoire retiendra qu’elle a été la première femme à avoir réalisé un tour du monde à la voile en solitaire. C’était en 1991, et c’est un exploit qu’elle a réédité à trois reprises. Depuis, la dompteuse des océans lutte activement pour la défense de l’environnement.

Femme de mer, femme de défis et de lettres aussi, chroniqueuse radio, ingénieure agronome, Isabelle Autissier la touche-à-tout est hors norme à bien des égards. Seule contre vents et marées au sens propre, l’aventurière a depuis décembre une nouvelle corde à son arc. Quelques semaines après avoir fêté ses quarante-trois ans, elle a en effet été élue présidente de la branche française de WWF. Un honneur supplémentaire pour celle qui a également été, dans un passé récent, vice-présidente du Grenelle de la mer et qui est membre du Conseil consultatif des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme et de la Fondation de France.

« On doit être capable de proposer des alternatives concrètes pour construire, pour avancer »

Ainsi qu’elle l’a rappelé à nos confrères de Futura Sciences, dont elle est l’une des ambassadrices, Isabelle Autissier faisait partie du conseil d’administration des amis du Fonds mondial pour la nature depuis 2007, et si elle a postulé pour la présidence française de cette association devenue incontournable, c’est parce que « la définition des tâches à accomplir (lui) convenait bien ». Celle dont la vie consiste toujours en « faire du bateau » n’a pas tardé à annoncer la couleur : elle mouillera la chemise.

Déjà bien rodé, son discours de verve et de vie décoiffe. Parce que l’heure est trop grave, parce qu’il est temps d’agir. Même si la colère, quoique perceptible par endroits, est plutôt bien contenue, l’aménité, vu sa position, ne s’impose qu’en certaines circonstances. Il faut appeler un chat un chat, sans pour autant verser dans l’acrimonie, il faut effectivement reconnaître que « la biodiversité, c’est compliqué », « faire comprendre que cette question est à prendre dans sa globalité », « dire que la disparition d’espèces est un phénomène important, pour l’environnement mais aussi pour l’homme ».

Isabelle Autissier sait en tout état de cause de quoi elle parle. Au gré de ses périples aux quatre coins du monde, elle a pu mesurer mieux que quiconque la dégradation des océans et l’impérieuse nécessité pour l’homme de se retrousser les manches. L’ex-solitaire devenue ardente militante l’a confié à ses amis de WWF quelques mois avant de prendre les commandes : elle en a pris conscience « petit à petit », parce qu’« on ne se réveille pas un matin en se disant (que) la planète va mal (et qu’)il faut changer notre façon de vivre ».

Point de déclic à proprement parler ou de soudaine révélation chez cette ferrailleuse empanachée donc, mais plutôt une aspiration, noble, simple mais que le temps tend à rendre de plus en plus utopique, à travers « la lente observation des nuages et des vagues », celle de « vivre en synergie avec la nature ». C’est que, « quand tu es seule sur un bateau, tu comprends de façon instinctive qu’il est crucial d’être en phase avec les éléments ». « Cette vérité inébranlable, elle te saute à la figure », précise-t-elle avec des mots trop simples et spontanés pour ne pas être complètement honnêtes.

Douce révoltée déterminée, idéaliste dans le bon sens du terme et lucide à la fois, Isabelle Autissier a les épaules pour assumer sa nouvelle fonction. De même, elle impose assez de respect et jouit d’une aura suffisamment grande pour être l’une des égéries des défenseurs de la cause environnementale, sauf qu’elle est d’abord une femme de défis et d’action, qui a « envie de rentrer dans le dur ». Quitte, parfois, à froisser certaines susceptibilités.

Délicieusement intarissable et authentique, elle sait que taper du poing sur la table et interpeller les consciences ne suffit plus. « Les choses, c’est maintenant qu’il faut les faire », et « au-delà de tirer la sonnette d’alarme, on doit être capable de proposer des alternatives concrètes pour construire, pour avancer ». WWF a su, selon ses dires, trouver l’équilibre entre dénonciation et action. Une philosophie dans laquelle elle se reconnaît et qu’il n’est donc pas question de remettre en cause. Pas de volte-face potentiellement dommageable donc pour l’ONG. Sous l’impulsion d’une femme à poigne qui se sait écoutée et, en toute humilité, se dit consciente d’avoir « un certain pouvoir », elle pourrait même se découvrir de nouveaux chevaux de bataille.

La préservation de la biodiversité, le « combat fondamental »

« Nous devons nous adapter au rythme de renouvellement naturel et de grossissement des espèces », analyse en tout cas Isabelle Autissier, pour qui « la question de la pêche est très préoccupante ». Parce qu’ « on ne peut pas mettre un flic derrière tout le monde » (sic), une nouvelle législation ne saurait selon elle donner des résultats probants, aussi convient-il de « persuader les pêcheurs que les écologistes ne sont pas leurs ennemis, pour que tous les acteurs de la filière travaillent ensemble à l’élaboration de modes de pêche durables ». Gageons que la nouvelle présidente de WWF France déploiera toute son énergie pour, a minima, bousculer quelques idées reçues tenaces, « sur les bancs de Terre-Neuve » et ailleurs.

L’association ne devrait pas non plus être en reste en matière de lutte contre les pesticides. En fine connaisseuse, Isabelle Autissier dresse un constat implacable de la situation hexagonale : « Les estuaires et les lagunes sont très menacés. On l’a vu en Bretagne, l’accumulation d’algues sur les côtes, à cause des nitrates déversés en mer, c’est un problème sérieux, et même de santé publique ». Elle a d’ores et déjà prévenu que les actions de l’ONG « iront dans deux directions, la protestation mais aussi les explications », pour « aller vers une agriculture raisonnée, vraiment raisonnée, qui sera sans danger pour l’environnement et qui fera vivre l’agriculteur ».

À ses yeux, le « combat fondamental » demeure toutefois la préservation de la biodiversité. Pour écarter les menaces qui planent aujourd’hui sur les écosystèmes, « les citoyens doivent prendre conscience que nous avons besoin collectivement de la nature ». Concrètement, « il faut préserver des espaces et faire en sorte que les actions de l’homme ne génèrent pas des conséquences graves pour la nature et la biodiversité ». Un vaste programme qui devrait très bientôt faire l’objet de clarifications.

Se décrivant elle-même comme une « pessimiste active », Isabelle Autissier la presciente n’en demeure pas moins « convaincue que l’humanité sait, quand vient l’heure d’agir, utiliser toute son énergie et son savoir pour défendre ce qui lui tient à coeur ».

Après être partie quelques jours en Antarctique en fin d’année dernière pour une expédition « mer-montagne » avec trois marins et trois alpinistes, la nouvelle tête pensante de WWF France s’est installée dans ses nouveaux locaux. L’éternelle baroudeuse a troqué son ciré pour un habit de présidente, avec la ferme intention de  gagner un combat qu’en l’occurrence il est strictement impossible de gagner seule. La conjoncture ou le sectarisme de certains imposeront peut-être parfois de faire des vagues, mais quoi qu’il en soit, eu égard à la rhétorique employée et à son passé, il ne faut surtout pas s’attendre à ce qu’Isabelle Autissier mène qui que ce soit en bateau.

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