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Il y a vingt-cinq ans, Bhopal…

Il y a vingt-cinq ans, Bhopal...
3 décembre 1984, l'usine Union Carbide de Bhopal explose
Les victimes de l'explosion de l'usine Union Carbide de Bhopal il y a 25 ans réclament toujours réparations
25 ans après, la catastrophe de Bhopal tue toujours

Bhopal, capitale du Madhya Pradesh, un million et demi d’habitants. C’est dans cette métropole indienne que, dans la nuit du 3 décembre 1984, s’est produit un événement largement oublié par la majeure partie de l’opinion publique internationale, la plus meurtrière catastrophe industrielle de l’histoire…

Union Carbide Corporation, multinationale américaine spécialisée dans les pesticides, est devenue une filiale de Dow Chemical en 2001, mais ce nom restera à jamais gravé dans la chair de dizaines de milliers de personnes, vivants mais invalides, proches de disparus, partiellement incapables, victimes collatérales d’un géant qui ne voulait plus faire cas de la sécurité.

Cette nuit du 3 décembre 1984 que l’accident de Tchernobyl a eu le tort supplémentaire de rendre moins tragique dans les mémoires collectives, l’une des usines de sa filiale indienne, celle de Bhopal, explose. Ils sont 8 000 à expirer en à peine quelques heures. Une dizaine de milliers d’autres résistent quelques jours de plus à la propagation meurtrière. Le gouvernement du Madhya Pradesh fera état de 3 828 morts identifiés, mais ils sont en réalité entre 16 000 et 30 000 à avoir directement perdu la vie après avoir perdu la vue et senti le gaz s’engouffrer dans leurs poumons.

Quarante tonnes d’isocyanate de méthyle se sont répandues en quelques minutes dans l’atmosphère de la ville, et les premières images de la tragédie ont suscité un tsunami planétaire d’indignations, mais qu’en est-il aujourd’hui ? Combien sont-ils, dans le reste du monde, à se souvenir de l’insoutenable ? Surtout, pourquoi cette catastrophe, et quels enseignements en ont été tirés ?

Un drame évitable

Il y avait des signes annonciateurs, comme cet incendie en 1978, l’année même de l’inauguration du site, et ces cinq fuites recensées entre 1981 et 1983. 670 000 dollars de dommages et déjà, mais c’était encore accessoire, un mort et quarante-sept blessés.

Il y avait aussi une logique toute économique des décideurs qui se sont employés, avec une opiniâtreté finalement macabre, à réduire les coûts de fonctionnement pour déroger aux règles les plus élémentaires. Mais les produits se vendent mal, et à partir de 1982, l’usine devient largement déficitaire, ce qui fait réfléchir la direction d’UCC à sa fermeture. Le gouvernement indien est farouchement opposé à cette décision qui pourrait dissuader les investisseurs étrangers et obtient gain de cause. Une partie du personnel qualifié n’en est pas moins remerciée, et des employés moins voire non formés prennent le relais.

Depuis quatre ans, des salaires au-dessus de la moyenne ont aussi provoqué un exode vers cette métropole de l’ouest de l’Inde à la renommée jusqu’ici étriquée et qui, plus tard, se serait volontiers passée de faire la une des journaux du monde entier.

L’usine tourne au ralenti depuis fin octobre et un réservoir 610 défectueux. Le 2 décembre, sa pression augmente et des salariés sont incommodés, mais c’est monnaie courante… A 0h30, elle atteint 55 psi, soit près de deux fois la limite admissible. Le réservoir tremble comme une cocotte-minute. Bientôt, son couvercle en béton se fend, et la valve de sécurité explose. Elle est fermée à 2h30, mais entretemps, un nuage assassin s’est échappé. Cette faucheuse artificielle sévira sur vingt-cinq kilomètres carrés. Une demi-heure plus tard, le directeur de l’usine se rend sur place et prévient une police forcément impuissante. Les secours sont vite dépassés, la panique s’empare de la ville endormie. Quant aux liaisons téléphoniques de l’usine, elles fonctionnent mal… Un extraordinaire concours de négligences donne lieu à un désastre qui, en quelques minutes, revêt des allures de fin du monde. Vingt-cinq ans plus tard, il fait encore des dégâts.

Ils en meurent encore

Si l’usine a été fermée trois jours après la catastrophe et très vite démantelée, il a fallu temporairement la rouvrir pour détruire les stocks de gaz restants, d’où un exode massif d’habitants effrayés, et attendre deux semaines pour que la Commission d’enquête soit autorisée à se rendre sur place. Plus de 300 000 personnes ont directement souffert de l’explosion de l’usine, mais ils n’ont été que 80 000 à déposer des demandes d’indemnisation.

Union Carbide Corporation et sa filiale indienne, elles, ont été condamnées par la Cour suprême à verser une amende de 470 millions de dollars, un montant jugé assez faible à l’échelle internationale mais dont elle a estimé qu’il était très élevé eu égard aux usages du pays.

Accusé d’homicides et recherché par les autorités indiennes pour avoir négligé trente problèmes de sécurité majeurs dans l’usine de Bhopal, le PDG d’UCC Warren Anderson ne s’est pas présenté à son procès et a de facto été déclaré fugitif par le chef judiciaire de la ville. Jusqu’à sa mort en 2007, il aurait vécu à Long Island comme un citoyen ordinaire.

Chaque date anniversaire, des milliers d’habitants de Bhopal victimes de la catastrophe se réunissent en une procession sinistre faite de cris de colère et d’immolation de mannequins représentant des responsables de l’usine. Ils ont la rancune juste et tenace, mais il en faut plus pour que soient détruits les déchets enfouis dans le sol sans protection par l’usine du temps de sa funeste activité. Aujourd’hui encore, ils polluent les nappes phréatiques et altèrent gravement la qualité de l’eau, au point qu’on évalue à trente par mois le nombre de victimes de sa toxicité.

Sur le site même de la catastrophe, ses vestiges gisent carrément à ciel ouvert, sans que rien ne soit fait pour les nettoyer. Misère… Les enfants des bidonvilles ont fait de cette contrée qui sent la mort l’un de leurs terrains de jeu. Quelques-uns, parfois, paient le prix de leur inconscience et de l’insupportable désinvolture des autorités. Dans l’indifférence générale.

crédit photo 1 : wikimedia - Simone Lippi crédit photo 2 : Flickr - obbino
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