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Empreinte et sac à dos écologiques, Bilan Carbone : aux armes citoyens!

Empreinte et sac à dos écologiques, Bilan Carbone : aux armes citoyens!
Le Bilan Carbone Personnel donne la possibilité à tout citoyen de prendre conscience de l'impact de son quotidien sur l'environnement
Sur ce bilan apparaissent nettement les efforts à consentir en matière d'alimentation

Calculer ses émissions carbone, connaître l’impact de sa présence sur la planète, voilà qui est à la mode. Et c’est tant mieux. Sac à dos et empreinte écologiques, Bilan Carbone, les outils se multiplient pour permettre à tout citoyen un tant soit peu consciencieux de savoir à quel point les petites habitudes de son quotidien peuvent influer sur la santé de l’environnement. Décryptage.

Au début des années 1990, l’homme prend peu à peu la mesure des conséquences de son activité économique sur l’environnement. Des objectifs sont alors affichés et notamment celui de multiplier par 10 la productivité des ressources à long terme. Il est considéré comme urgent de réduire le recours à des ressources naturelles non renouvelables, surtout lorsqu’elles sont prélevées dans l’environnement pour y être ensuite rejetées sous forme de déchets. Le gâchis est immense. L’exemple du convertisseur catalytique pour une voiture qui nécessite 3 tonnes de matières naturelles non renouvelables est éloquent. Les spécialistes alertent alors les gouvernements sur le besoin de dématérialiser l’économie, autrement dit d’encourager une « diminution absolue ou relative de l’utilisation de ressource naturelle par unité de fonction ou de service ». Cela consiste à rationaliser les ressources disponibles en privilégiant la location de matériel ou leasing ou le covoiturage par exemple. Mais avant même de recourir à des solutions écolos, encore faut-il pouvoir identifier les sources de pollution. C’est le rôle d’indices comme le sac à dos et l’empreinte écologiques ou le Bilan Carbone.

Les processus de fabrication passés au crible

C’est à M. Schmidt-Bleek de l’Institut Wuppertal (Allemagne) que l’on doit l’ingénieuse idée du sac à dos écologique. Littéralement, c’est le poids de la pollution que chacun porte sur ses épaules. Basé sur l’indicateur MIPS (mesure de la quantité de Matières Indispensables Par unité de Service), il permet de savoir ce qu’un produit « consomme d’environnement » et ainsi d’évaluer les éventuels progrès réalisés par les pays industrialisés en la matière. Pour M. Schmidt-Bleek, pas de doute, l’homme est capable de produire autant de richesses tout en consommant quatre fois moins de matières premières. Le sac à dos écologique doit apporter la preuve du gaspillage et prouver que son Facteur 4 n’est pas utopique. Le calcul s’effectue en fonction des ressources abiotiques (non-vivantes) non renouvelables, des ressources biotiques renouvelables, du déplacement du sol dans l’agriculture et la foresterie et enfin de la consommation d’eau et d’air.

Lors du Sommet mondial sur le développement durable de 2002, avait été formulée l’hypothèse suivante : « tout kilo de matière dans un produit fini représente en fait bien davantage de ressources et énergies prélevées par l’homme dans l’environnement ». Petite estimation assez dissuasive : on estime que la fabrication d’un jean de 600g représente 32kg de matières et 8000L d’eau. Le sac à dos écologique se concentre donc sur la part de nature consommée en amont de la commercialisation d’un produit. Un produit dont la durée de vie est par ailleurs limitée. On retrouve le même principe dans le concept d’énergie grise qui s’intéresse non pas aux matières utilisées mais, comme son nom l’indique, à la quantité d’énergie employée dans la production d’un bien de consommation.

La planète va-t-elle tenir le coup?

L’empreinte écologique a quant à elle pour objectif d’évaluer la capacité de la planète à supporter l’activité humaine. William Rees et Mathis Wackernagel ont mis au point cet outil afin de définir à quel point le mode de vie, de consommation et de production d’une population donnée à des échelles variées peut influer sur la capacité de la planète à se régénérer mais aussi à absorber les déchets humains. En somme, ce sont les surfaces « bio-productives », qui correspondent aux espaces dont l’homme a besoin pour vivre, qui sont concernées. C’est aussi valable pour l’impact d’un objet de consommation quotidienne comme un téléphone portable que pour celui d’activités de production comme l’extraction d’or.

Plus l’empreinte écologique est large plus elle implique que les surfaces disponibles pour vivre se raréfient. C’est WWF qui a popularisé cet indice en France. Sur le site internet de l’organisme, il est possible de calculer son empreinte écologique en répondant à dix questions courtes et simples. Le module proposé par la société Empreinte Ecologique est nettement plus élaboré pour qui voudrait une analyse plus pointue. L’empreinte écologique peut être calculée pour différentes catégories : on distingue  l’empreinte carbone qui correspond à la surface de forêts nécessaires pour séquestrer le CO2 émis par la combustion d’énergies fossiles, l’empreinte nucléaire, l’empreinte eau ou encore l’empreinte de l’alimentation.

Grâce à l’empreinte écologique les scientifiques ont pu établir que la surface moyenne disponible par habitant était de 5,6 hectares en 1990 pour ne plus représenter que 1,5  ha en 1995. Les pays industrialisés ont ainsi été montrés du doigt quand sur cette même période ils ont vu leur empreinte écologique multipliée par 5. L’éternelle rengaine des 20% de l’humanité qui consomment à eux seuls 80% des ressources est toujours d’actualité. En 2008, l’empreinte écologique des Etats-Unis était de 9,5 ha quand celle de l’Inde était de 0,9 ha. Une belle contre-performance et qui remet à l’ordre du jour l’idée d’une dette écologique : chaque zone dont l’empreinte écologique est supérieure à sa biocapacité contracte une dette écologique.

L’empreinte écologique est clairement déterminée par la prospérité économique. Michel Barnier, ex-ministre de l’Ecologie l’a très bien dit : « l’empreinte écologique permet de considérer le caractère durable ou non durable des modes de production et de consommation, et leur poids respectifs pour l’environnement. Cela permet d’établir des objectifs en termes d’impact écologique, et d’éclairer la valeur relative des variations du PIB ». Cet indice, révélateur des inégalités dans le monde, va se révéler de plus en plus incontournable à mesure que la population mondiale continue de croître. Un scénario catastrophe, basé sur les pronostics de l’ONU, prévoit qu’en 2050 les exigences de l’humanité envers la nature représenteront deux fois la capacité de production de la biosphère.

Le Bilan Carbone : un dispositif complet

Avec les enjeux brûlants du réchauffement climatique est apparu un nouveau dispositif : le Bilan Carbone. Il s’intéresse aux émissions de gaz à effet de serre générées par une entreprise, une administration, une association ou un territoire, le but étant de déterminer la source des rejets pour tenter ensuite de les réduire. Les différents postes d’émissions sont hiérarchisés afin de gagner en lisibilité. L’outil de l’Ademe paraît plus complet que le  sac écologique puisqu’il ne se focalise pas seulement sur les matières premières utilisées mais sur tout ce qu’une activité engendre comme pollution, directement ou indirectement. Ainsi, dans le cas d’une entreprise par exemple, les moyens de transport utilisés par les salariés, la consommation d’énergie, les transports générés par les livraisons, la construction des locaux, la consommation d’énergie des produits fabriqués mais aussi leur fin de vie et tous les déchets entrent en ligne de compte. Les contraintes? L’établissement du diagnostic est long et coûteux et implique de se référer à un organisme qualifié, formé par l’Ademe, comme Ecoact ou Energie Environnement.

Pour les particuliers aussi il est possible d’établir son bilan carbone. Jean-Marc Jancovici, ingénieur conseil en comptabilité Carbone et membre du comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot l’a voulu simple et efficace. Réalisé sous sa direction et dans le cadre d’un partenariat entre l’association Avenir Climatique et l’Ademe, le Bilan Carbone Personnel se base sur une série de questions relatives au logement, aux transports, à l’alimentation et à la consommation d’un ménage. Il permet d’identifier les postes les plus énergivores et de tenter d’améliorer ses performances, de la même manière qu’on tenterait de suivre un régime après avoir fait calculer son poids idéal. Mieux vaut tout de même s’équiper de ses relevés d’eau, d’électricité et de gaz afin que les estimations soient les plus précises possibles.

Quel que soit l’outil utilisé pour connaître son impact sur l’environnement, les conseils pour alléger son bilan restent les mêmes. Consommer des produits locaux et de saison, éviter les dépenses inutiles en électroménager ou en électronique, prolonger l’utilisation des appareils en les entretenant ou en les réparant ou acheter moins énergivore, réduire ses déchets et les valoriser, préférer les transports en commun, compenser ses émissions de CO2, etc. Les dispositifs décrits ici ont le mérite de faire comprendre au commun des mortels qu’une raffinerie ne contribue pas seule à fragiliser la planète. Les petites habitudes du quotidien, les quelques sacrifices auxquels on ne consent pas forcément y participent aussi largement. S’il est parfois dur de voir la réalité en face, des outils comme le Bilan Carbone devraient permette à tout individu d’agir, sans contrainte, et de bannir certains mauvais réflexes à son rythme.

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