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Hypermédiatisé (et hypermédiatique) depuis une grosse dizaine d’années, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) impute le réchauffement climatique aux émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Une thèse discutée par certains scientifiques mais qui fait figure de référence auprès des dirigeants du monde entier. Preuve que, vingt-deux après sa création, l’aura du cénacle onusien est considérable.
« Le doute n’est plus permis », jugeaient, définitifs et pas franchement lénifiants, les experts du GIEC au moment de commenter leur quatrième rapport en novembre 2007. Ils en étaient et, on the record du moins, en restent persuadés : les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’origine humaine font plus que participer à la hausse des températures en cours, ils en sont à 90 % responsables.
C’est cette année-là aussi que l’organisation s’est vue décerner le prix Nobel de la Paix conjointement avec Al Gore, l’ancien vice-président américain devenu chantre de la lutte contre le réchauffement climatique. Une distinction d’ordinaire dévolue à des personnalités, même si Médecins sans frontière (en 1999), les Nations Unies themselves (en 2001) et l’Agence internationale de l’énergie atomique (en 2005) ont également été désignés par les jurés dans un passé récent.
Quoique moins évidente depuis son attribution à Barack Obama, la forte symbolique de l’honneur témoigne de la crédibilité et du capital sympathie qu’est parvenu à se forger le GIEC à l’échelle internationale. Surtout, ses conclusions, aussi décriées puissent-elles être par quelques voix discordantes du microcosme scientifique, ont transpercé l’opacité des sphères diplomatiques. Jusqu’à avoir valeur d’Évangile dans la nouvelle caste des écocitoyens-réchauphobes.
Statuts et fonctionnement
L’urgence environnementale a donc coïncidé avec l’avènement de cette organisation internationale présidée depuis 2002 par l’Indien Rajandra Pachauri et qui, comme beaucoup d’autres, siège à Genève. Elle a vu le jour en 1988 à la demande du G7 (depuis devenu G20). Le GIEC est donc une organisation mais pas organisme de recherche, étant entendu qu’il se cantonne – c’est déjà pas mal – à synthétiser et à évaluer des travaux menés dans des laboratoires du monde entier dans l’optique d’en dégager un consensus scientifique.
Un large tour d’horizon qui, en théorie du moins, ratisse toutes les publications de spécialistes relatives au rôle joué par l’homme dans l’évolution du climat (NDLR : à la condition sine qua none qu’elles figurent dans une revue scientifique), indépendamment de ce qui en ressort. La méthode a a priori de quoi dissiper les critiques portant sur l’intégrité des recenseurs quoique, dans les semaines qui ont précédé l’ouverture du sommet de Copenhague, les négateurs n’ont pas caché leurs doutes sur leur impartialité.
Le fonctionnement et les statuts du GIEC ont été conjointement définis par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), qui souhaitaient qu’à l’instar des autres institutions onusiennes, il ne constitue pas un assemblage de personnes physiques mais une association de pays. En d’autres termes, les quelque 2 500 scientifiques qui forment ZE groupe représentent des nations, d’où le « I » (intergouvernemental) dans sa dénomination.
À de rares exceptions près, Taïwan et le Vatican en sont les plus regrettables – la position de Benoît XVI sur les mutations climatiques serait en effet ô combien intéressante – , tous les pays membres des Nations Unies le sont aussi du GIEC.
Son organe suprême est l’assemblée générale, qui élit le bureau – l’organe exécutif du groupe – , définit son programme de travail et dans laquelle chaque pays membre (quels que soient sa superficie, son nombre d’habitants, sa puissance économique ou son poids politique) dispose d’une voix. L’organisation se divise en trois groupes de travail chargés de conduire des expertises sur :
- les travaux publiés ou en cours qui concernent les principes physiques et écologiques des changements climatiques antérieurs ou à venir (Groupe I)
- les travaux publiés ou en cours consacrés aux répercussions biologiques et socio-économiques des variations de températures (Groupe II)
- les travaux publiés ou en cours qui se rapportent aux moyens d’atténuer le réchauffement climatique
Chaque groupe obéit à cette logique d’équité chère aux Nations Unies en ayant à sa tête deux co-présidents, l’un représentant les pays industrialisés, l’autre les pays en voie de développement (PED), et peut élaborer des rapports détaillés. Ils sont naturellement plus succincts lorsqu’ils traitent de points particuliers comme la contribution des avions à l’augmentation des températures ou encore les captage et stockage du dioxyde de carbone. À noter enfin qu’à côté de ces trois unités s’ajoute une « équipe spéciale » qui, elle, se concentre sur les inventaires nationaux de GES.
Deux décennies de rapports
Tous les rapports du GIEC sont préalablement approuvés par l’assemblée générale sur proposition du bureau. Celle-ci consiste en un sommaire prévisionnel des futurs travaux à remettre. Une fois le programme voté, le bureau de l’organisation part en quête d’auteurs-contributeurs, sachant que des scientifiques peuvent aussi émettre un avis sans toutefois participer à la rédaction.
Tous les chapitres d’un rapport couvrent un pan du sujet en particulier et, à l’image des mémoires universitaires, s’achèvent sur une bibliographie exhaustive. Ils sont censés synthétiser toutes les connaissances scientifiques disponibles et résultent donc d’un travail de compilation tout à fait considérable. Les néophytes que nous sommes le trouverions immensément procédurier et très indigeste. À peine moins fastidieux est le processus qui conduit à l’approbation définitive d’un rapport, systématiquement lu et commenté par d’autres experts des disciplines traitées. De leurs observations découle une deuxième mouture qui leur est de nouveau soumise ainsi, cette fois, qu’à des représentants de gouvernements de tous les pays membres du GIEC. Ce n’est qu’après cette navette, qui n’est pas sans rappeler celle qu’effectuent les projets de loi avant d’être adoptés, qu’un document définitif est soumis à l’assemblée générale pour approbation avant publication.
Le premier rapport de l’organisation du groupe date de 1990. Il a confirmé les informations scientifiques de l’époque qui redoutaient que le réchauffement climatique déjà amorcé se traduise par des répercussions majeures sur notre environnement. Le deuxième a été publié cinq ans plus tard et a fourni les bases de négociation du désormais obsolète protocole de Kyoto. C’est fin 2007, on l’a évoqué, que le GIEC a publié son quatrième et, à ce jour, dernier rapport. Un pavé de plusieurs centaines de pages dans une mare jusque là trop calme. Sa recevabilité n’est objectée que par une minorité dont nul ne peut garantir qu’elle s’inscrive en faux en étant dénuée d’arrière-pensées.
Intitulé « Climate change 2007 », ce compte-rendu final faisait suite aux présentations des rapports respectifs des trois groupes de travail. Condensé et vulgarisé sur plusieurs sites Internet, il a fait état de mutations inquiétantes et qu’il a estimé fondamentalement liées aux émissions de gaz à effet de serre engendrées par l’activité humaine. Les experts ont aussi, entre autres, tablé sur une augmentation de dix-huit à cinquante-neuf centimètres du niveau des mers d’ici 2100 et considéré cruciale la décennie en cours. La batterie de mesures qu’ils ont proposées, en particulier d’importantes réductions des rejets de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, ont été débattues en décembre dernier dans la capitale danoise. Elles avaient auparavant fait couler beaucoup d’encre, au point de faire de la hausse des températures la nouvelle préoccupation majeure de l’essentiel des dirigeants de la planète.
La question de la responsabilité de l’homme dans ce processus qui inquiète maintenant au plus haut niveau ne devrait pas être tranchée de sitôt. Il n’en reste pas moins qu’elle se devait d’être posée et que le GIEC, eu égard à son caractère institutionnel, au professionnalisme de ses éléments et au sérieux de ses travaux, n’a pas peu contribué à la naissance de ce nouveau débat. Rien que pour cela, on peut comprendre qu’il ait été nobelisé.
Note : Les travaux en cours
- Un rapport spécial consacré à l’énergie renouvelable et plus spécifiquement à sa propension à minimiser les effets du réchauffement climatique est en cours de rédaction. Il devrait être publié dans le courant de l’année.
- Un deuxième rapport spécial, intitulé « Gérer les risques de catastrophes naturelles pour améliorer l’adaptation aux changements climatiques », est lui aussi en préparation mais il ne paraîtra que l’an prochain.
- Enfin, et surtout, les experts Genève préparent leur cinquième opus. Ses conclusions sont attendues pour 2013 ou 2014.

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