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Gaz de schiste : les industriels ne renoncent pas

Gaz de schiste : les industriels ne renoncent pas

Le potentiel français en matière d’huiles et gaz de schiste (cinq mille cent milliards de mètres cube !) est selon les experts le deuxième plus important du Vieux Continent. De quoi ouvrir de nouvelles perspectives économiques et inciter les pétroliers à s’adapter à la législation, qui n’interdit « que » la fracturation hydraulique mais laisse de nombreuses portes ouvertes, au grand dam des associations de protection de l’environnement et de nombreux élus et riverains concernés par les prospections.

Une fois n’est pas coutume, EELV et le Parti socialiste sont en plein accord sur ce dossier : ni l’un ni l’autre ne souscrivent aux vues gouvernementales et prônent l’anéantissement pur et simple de toutes les velléités d’exploration des hydrocarbures de roche-mère sur le territoire national dans les textes au nom du principe de précaution. Les députés et sénateurs socialistes ont dépassé le stade de la protestation brute fin juillet, déposant une contre-proposition de loi qui consiste notamment à abroger les permis délivrés par l’ancien ministre de l’Écologie Jean-Louis Borloo, lesquels sont maintenus dans le texte actuellement en vigueur et sont revenus bruyamment sur le devant de la scène. Un mois et demi plus tard, les sénateurs socialistes en ont rajouté une couche, dénonçant par la voix de leur président Jean-Pierre Bel « les failles juridiques et les limites de la loi ». Et de rappeler que celle-ci était « censée [...] empêcher les industriels de procéder à l’exploration des hydrocarbures de schiste ». Très en colère, l’opposition au Sénat a enfin exigé du gouvernement « que la révision de l’ordonnance réformant le Code minier, initialement prévue avant l’été 2011, soit inscrite dans les délais les plus courts à l’ordre du jour de la prochaine session du Parlement ».

Pas tombée sur la tête et pas non plus du genre à se tirer une balle dans le pied, la direction de Total, très intéressée aussi par le potentiel schisteux polonais, le plus élevé d’Europe et dont Varsovie compte bien tirer le maximum, s’est pour sa part engagée à ne pas recourir à la fracturation hydraulique dans nos frontières. La technique d’extraction envisagée sera-t-elle réellement plus propre que celle qui fait polémique depuis de longs mois de l’autre côté de l’Atlantique, entre pollution au méthane, hausse des taux de radioactivité et augmentation suspecte de l’activité tellurique ? Rien n’est moins sûr mais le pétrolier français a tout de même officialisé avant-hier son intention de poursuivre les recherches sur les gaz de schiste dans la région de Montélimar (Drôme), alors qu’à Pau (Pyrénées-Atlantiques) le Centre Scientifique et Technique d’Exploration et de Production Jean Féger (CSTFJ), véritable « NASA du pétrole », est en ébullition. On imagine la levée de boucliers citoyenne que ces desiderata susciteront mais le fleuron national, qui n’est plus à une admonestation populaire près, paraît résolu à faire valoir « (ses) droits à l’exploration […], qui lui ont été attribués en mars 2010 pour une durée de cinq ans ».

Il avait jusqu’à hier pour déclarer s’il faisait ou non une croix sur ses desseins et les autres postulants ont eux aussi respecté les délais prévus par la loi. Sans surprise, mais sans non plus préciser comment ils comptaient s’y prendre exactement pour extraire les hydrocarbures sans pour autant attenter à l’environnement et par ricochet aux populations, tous ont officiellement enterré la fracturation hydraulique sans fleurs ni couronnes.

« Le texte est tout à fait contournable »

Disent-ils la vérité ? Les opposants à l’exploration des gaz de schiste sont persuadés du contraire, ainsi Raphaël Donteville, membre du collectif Gardéchois, interrogé par nos confrères du Midi Libre, selon lequel il n’existe aucune autre technique et pour qui « le texte actuel est tout à fait contournable ». « De l’aveu même des industriels, il n’y a aujourd’hui que la fracturation hydraulique pour extraire le gaz de schiste de façon rentable », corrobore Antoine Combier, responsable de la coordination du collectif « Gaz de schiste en Ardèche », « qui va demander dès aujourd’hui un accès aux documents remis par les compagnies pétrolières afin de connaître les méthodes prévues », rapporte le quotidien.

Dans le même temps, de nombreux élus locaux concernés, quelles que soient leurs convictions politiques, et les comités de vigilance, qui se sont multipliés depuis l’éclatement de la polémique en décembre dernier, sont d’ores et déjà sur le qui-vive. Tous redoutent des dommages irréparables dans des contrées jusque là préservées des appétences des pétroliers.

De son côté, Total a annoncé vouloir dans un premier temps procéder à des analyses géologiques préliminaires. Destinées à étudier les données relatives au sous-sol déjà existantes, elles ne seront assorties d’aucune opération sur le terrain, ce qui laissera sans doute du temps à ses adversaires pour s’organiser. En cas de résultats probants, le groupe prévoit ensuite d’entamer une phase de forage en vue de recueillir des échantillons de roches « pour mieux déterminer le potentiel en hydrocarbures de la zone », ce sans test de production. Si une présence significative d’hydrocarbures de roche-mère est détectée, il évaluera après-coup la capacité de production des réservoirs. « Les techniques utilisées (pour cette évaluation) seront fonction des caractéristiques du ou des réservoirs identifiés et des techniques qui seront alors disponibles et autorisées par la loi », a laconiquement indiqué l’entreprise, ce qui autorise de nombreuses spéculations.

Le permis d’exploration dit « de Montélimar » qu’elle s’est vue attribuer couvre une zone de quatre mille trois cent soixante-douze kilomètres carrés le long du Rhône, de l’ouest de la Drôme jusqu’à Montpellier (Hérault). Une zone où la tension est de nouveau montée de plusieurs crans après l’accalmie estivale.

Le gouvernement, lui, a jusqu’au 13 octobre pour examiner les dossiers des opérateurs et approuver ou non la poursuite des travaux d’exploration. À cette date, les rapports des pétroliers seront rendus publics. Entretemps, indépendamment du respect de la loi, les protestations populaires pourraient influencer les autorités, dont on ne jurerait pas qu’elles étaient originellement disposées à proscrire la fracturation hydraulique. Restent les intérêts économiques, considérables. Et qui, de fait, pèseront eux aussi de tout leur poids dans la balance.

Crédits photos : flickr – Nicolas Sawicki / MEDEF
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  • daniel d

    La plus grande vigilance reste de mise, mais politiquement, il est impossible de fermer complètement la porte à une exploitation respectueuse de l’environnement, si tant est qu’elle puisse exister un jour…

  • http://www.pearltrees.com/guish/gaz-schiste/id3344764 Gaz de Schiste by guish – Pearltrees

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