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Gaz de schiste : les eaux pennsylvaniennes contaminées au méthane

Gaz de schiste : les eaux pennsylvaniennes contaminées au méthane
Une nouvelle étude a fait le lien entre exploitation des gaz de schiste et contamination des eaux voisines au méthane dans les États américains de Pennsylvanie et de New York. Il faut souhaiter qu'elle incitera les députés français à voter aujourd'hui l'interdiction de la fracturation hydraulique sur le territoire national

Alors que l’Assemblée Nationale examinera tout à l’heure en procédure d’urgence la proposition de loi du député de la majorité Christian Jacob contre l’exploitation des gaz de schiste en France et que la fracturation hydraulique devrait a minima être suspendue un an sur le territoire national, une étude est venue semer hier un nouveau discrédit écologique sur cette technique décidément fort peu recommandable.

Le parti présidentiel étant majoritaire à l’Assemblée et de nombreux élus leur ayant publiquement manifesté leur hostilité, le texte de M. Jacob devrait être adopté. Avec toutefois, on l’a évoqué hier, des amendements majeurs qui ouvriraient la porte à des investigations scientifiques dans l’optique de mettre au point des méthodes d’extraction théoriquement plus respectueuses de l’environnement, suivant le souhait de François Fillon et du ministre de l’Énergie Éric Besson, et excluraient les consultations publiques pourtant défendues par la ministre de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet en personne. Avec aussi la crainte soulevée par l’eurodéputée d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) Michèle Rivasi de voir la nouvelle loi ne pas nommer les permis.

À quelques heures du vote, les opposants nationaux à l’extraction des gaz de schiste ne peuvent qu’en convenir : leurs adversaires ont mis le paquet pour renverser la vapeur, avec de fortes chances de s’en tirer à bien meilleur compte que ce que le contexte politique laissait présager il y a encore une dizaine de jours. Total, Schuepbach et consorts, qui ont pris tout leur temps pour concevoir une contre-offensive a priori capable de séduire certains décideurs malgré l’accumulation des preuves à charge, les protestations populaires et la levée de boucliers de nombreux élus locaux et qui ont de nouveau le vent en poupe depuis la publication à la fin du mois dernier du rapport provisoire de la mission d’évaluation dépêchée par le gouvernement début février, ont également pu compter sur le soutien zélé du député UMP Claude Gatignol.

Radioactivité, séismes, méthane : le trio infernal

Ce dernier n’a pas hésité à écrire à certains de ses collègues avec l’ambition de « dépouiller » le texte originel, lequel plaide pour une proscription de la fracturation hydraulique qui devrait être commuée en un moratoire. La nuance est majeure et d’autant plus regrettable que ce procédé d’extraction est accusé de favoriser l’activité tellurique dans l’Arkansas et que l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a fait état de taux de radioactivité très supérieurs aux seuils légaux dans certaines eaux de Pennsylvanie. Un État où l’exploitation des gaz de schiste fait désormais partie du quotidien et dont les responsables fédéraux, si tant est que les considérations économiques à court terme ne soient pas leur unique préoccupation, doivent commencer à se faire des cheveux blancs.

Une expertise de scientifiques de l’Université Duke, en Caroline du Nord (États-Unis), également menée dans l’État voisin de New York vient en effet de mettre en avant des niveaux de méthane plus de dix-huit fois supérieurs à la moyenne (19,2 mg/l contre 1,1 mg/l) et une contamination à hauteur de 85 % des eaux de la région situées dans un rayon d’un kilomètre autour des sites d’extraction. L’un des échantillons prélevés a même présenté un taux de 60 mg/l, soit assez pour que le risque d’explosion soit jugé réel. De quoi servir l’argumentation de Jessica Ernst, cette citoyenne canadienne de cinquante-quatre ans qui réclame trente-trois millions de dollars  (environ vingt-quatre millions d’euros) à la société gazière EnCana, au gouvernement de l’Alberta et à la Régie de contrôle des ressources énergétiques au motif que le puits artésien dont elle est propriétaire, situé lui aussi dans une zone où les gaz de schiste sont extraits via la technique de fracturation hydraulique, est devenu inflammable. Co-auteur de l’étude, Stephen Osborne a du reste indiqué qu’il serait « un propriétaire préoccupé (s’il habitait) à moins d’un kilomètre d’un gisement ».

Il n’y a cependant pas que les propriétaires qui sont fondés à s’inquiéter, trois cent-vingt garderies, soixante-sept écoles et neuf hôpitaux étant implantés à moins de deux miles (3,2 kilomètres) de sites d’extraction en Pennsylvanie. Cette nouvelle étude à charge est en outre à mettre en perspective avec la volonté des autorités d’avaliser le forage de quelque deux mille puits dans l’État cette année. Elle jette enfin un anathème définitif sur la fracturation hydraulique, horreur écologique absolue malgré les assertions des chantres du fossile, de la rentabilité et de l’indépendance énergétiques.

« Plus on est près d’un puits, plus les risques sont grands que la nappe phréatique soit contaminée par du gaz naturel », a résumé le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MDRGF) dans le communiqué de presse qu’elle a consacré à la parution de ces travaux. La corrélation a été démontrée par des experts reconnus et vient s’ajouter à d’autres elles aussi accablantes pour les pro-gaz de schiste, qui s’entêtent pourtant à nier l’évidence, servis par une administration pour le moins passive et dont le silence assourdissant démontre que ce dossier qu’on aurait souhaité prioritaire est au mieux en bas de la pile. Quand diable deviendra-t-il prioritaire ?

Crédits photos : Wikimedia Commons – Meredithw / Ruhrfisch
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  • jf

    Nous attendons les résultats avec suspens!

  • marie

    Il est grand temps de faire quelque chose pour arrêter ça !