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Gaz de schiste : les « anti » restent plus que jamais mobilisés

Le dossier des gaz de schiste reste particulièrement sensible.
Les anti-gaz de schiste ne se contentent pas des dernières annonces présidentielles et redoutent à terme une autorisation de l’exploration des hydrocarbures de roche-mère sur le territoire national.

Ils étaient plusieurs milliers à se réunir samedi dans le cadre de la Journée mondiale contre la fracturation hydraulique.

Les déclarations du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg au début de l’été selon lesquelles le dossier pourrait être rouvert, nécessités de dégager des profits et de relancer la croissance obligent, ont fait craindre le pire, d’autant que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault en a remis une couche quelques jours plus tard. François Hollande n’a cependant pas souhaité revenir sur l’interdiction de la fracturation hydraulique, méthode d’extraction des gaz de schiste aux méfaits écologiques incontestables, persona non grata dans nos frontières depuis l’adoption de la loi Jacob en juillet 2011. Une loi à laquelle, rappelons-le, le Parti socialiste et EELV (Europe Ecologie-Les Verts) s’étaient opposés, préconisant à sa place – les temps ont changé – la proscription « nette » de l’exploration et par voie de conséquence de l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère dans l’Hexagone au nom du principe de précaution.

Le chef de l’Etat a par ailleurs indiqué lors de la Conférence environnementale avoir confié à la ministre de l’Ecologie Delphine Batho le soin de « prononcer sans attendre le rejet de sept demandes de permis déposés auprès de l’État ». Cette décision a été saluée par les associations de protection de l’environnement et les collectifs citoyens anti-gaz de schiste, qui restent toutefois sur leur garde. Et pour cause : pas plus que la précédente, l’actuelle majorité n’a au bout du compte souhaité fermer la porte à d’autres techniques d’extraction, pour certaines en cours d’expérimentation (fracturation pneumatique, fracturation par injection de propane gélifié etc.), et à d’éventuels « forages scientifiques ».

« Au-delà de l’effet d’annonce escompté, (le président de la République) n’a évoqué que le rejet des demandes de permis en cours d’instruction, mais qu’en est-il des autres projets ? Au vu du raccourci fait par presque tous les medias entre “les sept demandes rejetées”  et “la fin des gaz de schiste”, un exercice de calcul s’impose », ont estimé quelques-uns des collectifs précités (NDLR : Le Collectif citoyen Île-de-France « Non aux gaz et pétrole de schiste », le Collectif Carmen, le Collectif Briard, le Collectif Sud 77 « Stop-pétrole-de-schiste », Non au pétrole de schiste Bocage gâtinais et le Collectif 92) dans un communiqué de presse publié mardi dernier, quatre jours avant la Journée internationale contre la fracturation hydraulique. Leur vigilance s’explique par le fait que « les sept demandes rejetées étaient des demandes de nouveaux permis et non pas des permis accordés ». Or, « le rapport  “Les Hydrocarbures de roche mère en France” publié en mars 2012 par le CGIET (Conseil Général de l’Economie, de l’Industrie, de l’Energie et des Technologies) et le CGEDD (Conseil Général de l’Environnement et du Développement Durable) identifie clairement trente-neuf autres demandes de permis de recherche portant sur l’exploration d’huile et de gaz de roche mère » et « aucune annonce n’a été faite concernant les trente-neuf demandes restantes », ont-ils souligné. De quoi s’interroger sur les intentions de Paris à long terme, sachant qu’outre les Etats-Unis, la Pologne et plus récemment l’Algérie et l’Argentine ont officialisé leur volonté d’exploiter leurs potentiels respectifs d’hydrocarbures de roche-mère, tandis que les autorités sud-africaines ont décidé de lever leur moratoire.

« On n’est pas sortis du problème »

Concernant les permis de recherche déjà accordés au 1er janvier 2012, « soixante-quatre étaient en validité. Nicolas Sarkozy en a abrogé trois (Nant (Aveyron), Montélimar (Drôme) et Villeneuve de Berg (Ardèche) ), ce qui laisse soixante-et-un permis toujours en cours de validité », ont par ailleurs souligné les collectifs, qui ont aussi évoqué les cas de « concessions d’exploitation accordées il y a longtemps et sur lesquelles les compagnies peuvent faire des recherches ». Et d’ajouter : « Certaines d’entre elles ont déjà demandé et obtenu des autorisations de travaux portant sur des forages profonds (trois mille mètres) et horizontaux dont la cible est clairement la roche-mère. C’est probablement là que le danger est le plus immédiat (exemple de la concession de Nonville (Seine-et-Marne) ). »

Ils étaient donc quelques milliers samedi à montrer leur détermination et à adresser un message fort au chef de l’Etat : de leur point de vue, les abrogations officialisées durant la Conférence environnementale ne suffisent pas, loin de là. « Les principales manifestations ont eu lieu à Saint-Christol-lès-Alès (Gard), Beaumont-de-Lomagne (Tarn-et-Garonne) (NDLR : où « environ 400 personnes ont formé une chaîne humaine en début d’après-midi autour de la halle, où ils ont organisé des débats et animations pendant toute la journée ») et Tournan-en-Brie (Seine-et-Marne) », relatent nos confrères de l’AFP.

En Seine-et-Marne, où pas moins de sept communes sont concernées par des forages d’exploration devant débuter début novembre, de quatre à cinq cents personnes – six cents selon les organisateurs – se sont réunies pour réclamer l’annulation des permis. Sur la place du Trocadéro (XVIe arrondissement de Paris), ils étaient en outre « une trentaine grimés en clown » à simuler le forage symbolique d’un puits au cours d’une manifestation-éclair.  De même, dans le village gardois, « des rencontres par visioconférence sur Internet ont été organisées avec des militants espagnols et polonais ». « Des témoignages de la situation au Québec, en Pennsylvanie (Etats-Unis) et aux Pays-Bas ont également été projetés et une trentaine de stands de différentes associations ont été montés », détaille l’AFP. Quelque trois mille cinq cents manifestants s’y sont rassemblés.

Parmi eux, l’eurodéputée et présidente de Cap21 Corinne Lepage, décidément sur tous les fronts depuis quelques jours et qui vient de publier un ouvrage à charge contre les OGM. « On n’est pas sortis du problème », a-t-elle confié à l’Agence, refusant elle aussi de se laisser endormir et redoutant au même titre que les autres protestataires que le gouvernement ne finisse par céder aux pressions des industriels, lesquels ont appelé la semaine dernière à ne pas clore le débat, avec le soutien d’une certaine Laurence Parisot, alors que M. Montebourg, encore lui, confiait au Monde que « si la recherche évolue, il sera bien temps d’en reparler ». Telle est sans doute aussi la pensée présidentielle.

Partant de là, la mobilisation des militants anti-gaz de schiste est on ne peut plus logique. Et ô combien compréhensible.

Crédits photos : flickr - Nicolas Sawicki
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