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Gaz de schiste : le Sénat divisé

Gaz de schiste : le Sénat divisé
Comme à l'Assemblée il y a trois semaines, les discussions au Sénat autour de la loi sur les gaz de schiste ont démontré qu'un compromis sur ce dossier volcanique serait bien difficile à trouver

Comme à l’Assemblée nationale, la proposition de loi du député UMP Christian Jacob visant à interdire la fracturation hydraulique a donné lieu à des débats enflammés.

Le sénateur Nouveau Centre de la Meuse Claude Biwer, à l’origine de trois amendements majeurs qui visent principalement à autoriser la fracturation hydraulique à des fins scientifiques, a défendu ses positions bec et ongle avant-hier devant ses collègues. Certains ont semblé médusés, et on peut les comprendre. « Je ne m’explique pas, en dehors du coût environnemental de la fracturation hydraulique, [...] comment la contestation populaire a pu être aussi forte », a ainsi osé M. Biwer.

Les anti-gaz de schiste seraient fondés à lui rappeler, entre autres éléments à charge, les horreurs couchées telles qu’elles sur la bobine par Josh Fox dans son effrayant documentaire Gasland, les poursuites lancées par la Canadienne Jessica Ernst, qui jettent les bases d’une « affaire du puits contaminé » d’ores et déjà promise à faire couler beaucoup d’encre, l’inquiétante multiplication des séismes dans l’Arkansas (États-Unis) et les deux secousses suspectes enregistrées récemment dans la région de Blackpool (Grande-Bretagne).

« On m’assure dans mon propre département  que le stockage des déchets radioactifs est sans risque », a-t-il ajouté, mélangeant pour le coup les torchons et les serviettes. Et d’adoucir quelque peu son propos en évoquant l’importante consommation d’eau générée par le processus d’extraction des hydrocarbures de roche-mère actuellement en vigueur de l’autre côté de l’Atlantique, laquelle apparaît presque rédhibitoire en ces temps de déficit pluviométrique persistant :   « il faut essayer d’en économiser. Engager une réflexion sur ce thème est indispensable ». En proposant de substituer l’eau à du propane, « du gaz comprimé, peu importe », M. Biwer ne s’est cependant pas fait que des amis. En plus d’avoir trahi une certaine méconnaissance du dossier…

la gaz de schiste et la fracturation hydraulique en débat au Sénat

« Soutenons la recherche au lieu de la déclarer mort-née »

« Nous devons faire confiance aux scientifiques. C’est ainsi que nous avancerons, tranquillement mais sûrement. Laissons l’expérience se faire, soutenons la recherche au lieu de la déclarer mort-née », a-t-il poursuivi, usant d’une rhétorique que n’aurait pas renié feu le président de l’ARC Jacques Crozemarie. Le sénateur UMP de l’Eure Ladislas Poniatowski a de son côté souligné que « la plupart des critiques se fondent sur les excès constatés aux États-Unis », sous-entendu la France fera mieux.

Des allégations qu’ont dû aussi apprécier les directions de Total et GDF Suez, qui ont encore raison d’espérer, à terme, une autorisation maquillée ou non de l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère sur le territoire français une fois les obstacles techniques franchis aux yeux des décideurs. Reste à  savoir, et c’est en fait l’enjeu central des discussions parlementaires, quel cadre juridique serait fixé pour entourer la recherche, si les populations concernées auront ou non voix au chapitre et l’importance réelle qui sera accordée aux problématiques environnementales.

« Pour nous cela va dans le bon sens », a déclaré mardi le président de l’Union française des industries pétrolières (UFIP) à nos confrères de Public Sénat Jean-Louis Schilansky, qui a vu dans la décision de l’Allemagne de sortir définitivement du nucléaire en 2022 un bon argument pour laisser sa chance à une énergie certes fossile et hautement douteuse sur le plan environnemental mais rentable et à même de faciliter l’accès à la très recherchée indépendance énergétique : « sortir du nucléaire, cela veut dire qu’il faut trouver d’autres sources d’énergie pour produire de l’électricité. Le gaz en est une ». « C’est plus propre que le pétrole, cela émet moins de CO2», a-t-il ajouté, bien que l’impact écologique réel de l’exploitation des gaz de schiste via la fracturation hydraulique demeure éminemment complexe à évaluer.

Concrètement, l’UFIP et ses amis plaident pour une sinon des techniques d’extraction plus « propres » qu’aux États-Unis. Pour ce faire le soutien de l’État, à travers l’encouragement de la recherche, est indispensable. Dans le match qui oppose les pro-gaz de schiste aux écologistes, partisans d’une interdiction définitive (et donc de tuer la recherche dans l’oeuf afin d’éviter tout risque d’enfumage), nul ne peut aujourd’hui contester la domination législative des premiers. Il faut toutefois reconnaître qu’ils ont trouvé en les personnes de François Fillon et d’Éric Besson des alliés de poids.

gaz de schiste et fracturation hydraulique en débat au Sénat

Prolongations

Depuis le départ favorable à des expérimentations, le ministre de l’Énergie a de nouveau souhaité avant-hier devant la commission du développement durable de l’Assemblée nationale qu’on puisse les autoriser, « sous strict contrôle public et en toute transparence ». « Ainsi la France ne fermerait pas la porte à des perspectives de développement, de manière responsable et respectueuse », a-t-il ajouté, en mettant aussi en avant le fait que la fracturation hydraulique ait déjà été « pratiquée des dizaines de fois sans difficulté » dans nos frontières ainsi que le potentiel du sous-sol hexagonal, qui pourrait être d’ « un siècle de consommation », tout en insistant sur la nécessité morale mais aussi électorale de ne « minimiser ni les enjeux ni les risques ».

M. Besson devra cependant encore patienter avant de voir le Parlement souscrire à ses vues. À l’issue des débats, qui ont pris fin dans la nuit de mercredi à jeudi, la majorité s’est en effet retrouvée minoritaire et a donc dû recourir à une procédure de vote pour chaque amendement, ce qui permet de voter pour les absents mais ralentit les discussions. Rendez-vous a donc été pris pour mercredi prochain. On saura alors quand elles reprendront.

Particulièrement remontée, la sénatrice socialiste de la Charente Nicole Bricq a reproché à la majorité de chercher à « éteindre la contestation ». « Vous n’y parviendrez pas », a-t-elle prévenu. « Pouvez-vous croire que les sociétés, après avoir obtenu les permis, vont déclarer désormais qu’elles utilisent la technique de fracturation hydraulique ? », lui a-t-elle demandé. Une question qui fâche et qui est restée sans réponse.

Le sénateur de l’Aveyron Alain Fauconnier (PS) a quant à lui brandi la Une du quotidien britannique The Independant consacrée aux deux séismes précités enregistrés aux environs de Blackpool et dont l’origine pourrait être la fracturation hydraulique. Une manière singulière d’appeler à son tour à l’application stricte du principe de précaution. Accusé de faire preuve d’opacité, d’incohérence et de précipitation, le gouvernement ne peut ignorer qu’il sera abattu en flammes par les ONG de protection de l’environnement, les socialistes et les cadres d’Europe Écologie-Les Verts si la loi est adoptée en l’état par le Parlement.

En pleine période électorale et alors que les orientations énergétiques préconisées par les écologistes suscitent un écho grandissant auprès de nos concitoyens, il n’est pas certain qu’il puisse se permettre à la fois de conforter l’atome et de faire la courte échelle aux gaz et huiles de schiste. Les industriels du secteur ont le vent dans le dos. Au vu des joutes verbales entendues à l’Assemblée Nationale et au Sénat, la majorité, elle, risque fort de l’avoir de face si elle poursuit sur sa lancée.

Crédits photos : Wikimedia – Gryffindor / Seng YAM / Guillaume Paumier
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  • daniel d

    “…en dehors du coût environnemental de la fracturation hydraulique” : Il est idiot ou il le fait exprès ???