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Gaz de schiste : le gouvernement annule trois permis exclusifs d’exploration

Gaz de schiste : le gouvernement annule trois permis exclusifs d'exploration
Réclamée depuis de longs mois par les anti-gaz de schiste, l'annulation des trois permis exclusifs d'exploration délivrés par Jean-Louis Borloo au printemps 2010 est désormais officielle

Enfin ! Des mois que l’opposition et les associations de protection de l’environnement attendaient que le gouvernement franchisse ce pas. Les anti-gaz de schiste ont cependant pleinement conscience qu’ils n’ont remporté qu’une bataille…

Délivrés au printemps 2010 par Jean-Louis Borloo, à l’époque ministre de l’Écologie, ci-devant Premier ministrable déçu et depuis avant-hier ex-présidentiable, les trois permis exclusifs d’exploration des hydrocarbures de roche-mère ont été officiellement abrogés hier. Héritière d’un dossier volcanique et potentiellement dévastateur sur le plan électoral, sachant que les prochaines élections présidentielles s’annoncent déjà très compliquées pour la majorité sortante, la ministre de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet ne faisait plus mystère depuis plusieurs mois de sa volonté de revenir sur la décision fort controversée de son prédécesseur.

Confirmée tout à l’heure par Nicolas Sarkozy en marge d’une visite dans le Gard, la volte-face étatique s’est traduite par une saisie du Conseil général de l’Industrie, de l’Énergie et des Technologies (CGIET). Elle est évidemment un coup dur pour Schuepbach Energy et Total, les deux pétroliers désavoués, qui vont de fait devoir remettre à plus tard leurs velléités schisteuses, à tout le moins à Nant (Aveyron) et Villeneuve-de-Berg (Ardèche) pour le premier et à Montélimar (Drôme) pour le second.

« Dans les deux rapports de Schuepbach était explicitement mentionné le projet d’utiliser la fracturation hydraulique », technique d’extraction officiellement prohibée dans nos frontières depuis le 13 juillet dernier, a indiqué la ministre. Le groupe français, lui, avait pris soin de ne pas utiliser l’expression éliminatoire. De même, ses desiderata auraient été jugés conformes à la loi par les experts de la Direction générale de l’Énergie et du Climat (DGEC) aux dires d’une source proche du dossier mais « NKM » a précisé avoir « fait valoir que (son) rapport n’est pas crédible ». « Personne n’aurait compris que nous écartions l’Américain et pas le Français », avait commenté en fin de semaine dernière – l’annulation des permis n’était déjà plus qu’un secret de polichinelle – un spécialiste du secteur cité par nos confrères du Figaro.

Les deux entreprises, qui avaient remis leurs feuilles de route respectives aux autorités habilitées à statuer le mois dernier, vont-elles à présent se concentrer uniquement sur la Pologne, premier potentiel de l’Union Européenne (UE) en ce qui concerne les pétroles et huiles de schiste (NDLR : juste devant la France) et dont les pouvoirs publics se sont quant à eux déclarés favorables à son exploitation ? Si rien n’a filtré du côté de Schuepbach, Total a de son côté indiqué « vouloir maintenant chercher des hydrocarbures classiques, non des gaz de schiste, dans une zone où le potentiel est très limité », a rapporté Mme Kosciusko-Morizet. Et de souligner, non sans ironie, que le fleuron national « se désintéresse de la recherche du conventionnel sur le territoire terrestre français depuis des années ».

Il n’a cependant pas renoncé à ses ambitions originelles, ayant indiqué rechercher des techniques alternatives, moins polluantes mais qui ne sont pas encore opérationnelles, pour prétendre à les assouvir.

« La situation n’est pas réglée »

On peut légitimement supputer que les adversaires de l’exploration et a fortiori de l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère sur le territoire hexagonal ont le temps de voir venir mais ces derniers se sont gardés de tout triomphalisme. Ainsi l’association Générations Futures, qui n’a pas manqué de rappeler que « d’autres permis ont été accordés et ne sont pas annoncés comme devant être abrogés ».

« C’est le cas du permis de Château-Thierry (Aisne), qui est un permis ouvrant des droits d’exploration à la société Toreador […] sur plus de sept cents kilomètres carrés » et de ceux « de la Plaine d’Alès, du Bassin d’Alès ou encore de Navacelles (Gard) », a-t-elle détaillé. « La situation n’est pas réglée », considère l’ONG, dont le porte-parole François Veillerette (par ailleurs auteur de Le vrai scandale des gaz de schiste) a estimé que « l’argument de la ministre selon lequel le problème des gaz de schiste serait derrière nous car aucune société ne voudrait plus en faire l’exploration […] est à ranger au rayon de la pure propagande électorale ». Voyant le verre à moitié vide et se basant sur un document interne produit il y a quelques jours par Toreador à l’occasion de la fusion avec le groupe Zaza Energy dans lequel « les ressources non-notées comme conventionnelles en septembre 2011 sont exactement les mêmes que celles présentées en 2010 par la firme dans son dossier sur le pétrole de schiste », ce dernier a également plaidé pour l’interdiction totale de l’exploration et de l’exploitation de l’ensemble des hydrocarbures non-conventionnels, comme le réclament de concert les élus d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) et du Parti socialiste.

Précisons qu’au total soixante-et-un permis de recherche ont été maintenus. Ceux-ci ne couvriraient que des gisements conventionnels et leurs détenteurs se sont formellement engagés à ne pas recourir à la fracturation hydraulique, a assuré le gouvernement, sans parvenir à convaincre les anti-gaz de schiste, qui semblent plus vigilants que jamais.

Les titulaires des sésames in fine annulés hier, eux, envisagent-ils une action judiciaire ? L’incertitude demeure sur ce point, comme sur l’avenir de l’exploration des hydrocarbures de roche-mère dans l’Hexagone. Car si le revirement gouvernemental, synonyme d’exception française, est objectivement une très bonne nouvelle pour les défenseurs de l’environnement, il serait bien imprudent d’affirmer qu’elle n’aura jamais lieu.

Un chapitre est clos mais le livre n’est certainement pas fermé pour autant.

Crédits photos : flickr – Nicolas Sawicki
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