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L’histoire politique l’a prouvé un nombre de fois incalculable : critiquer est une chose, gouverner en est une autre. Le brûlant dossier des gaz de schiste est le dernier exemple en date.
Largement remanié, le projet de loi de Christian Jacob (UMP), adopté par l’Assemblée nationale l’été dernier puis par le Sénat, n’en a pas moins proscrit la fracturation hydraulique dans nos frontières. Une première sur le Vieux Continent qui a depuis inspiré d’autres États membres, mais que le Parti socialiste jugea insuffisante à l’époque.
Encore député-maire de Nantes (Loire-Atlantique), Jean-Marc Ayrault s’était montré particulièrement véhément au Palais Bourbon, déplorant avec ses collègues une nouvelle législation trop frileuse, parce que n’interdisant que nominativement la fracturation hydraulique, technique qui consiste à injecter à très forte pression un mélange composé d’eau, de sédiments et de produits chimiques pour provoquer d’innombrables fissures dans la roche afin de la briser et d’en libérer les molécules de gaz naturel qui s’y trouvent. Redoutant un contournement de l’interdiction précitée, le PS prônait l’illégalité de l’exploration des gaz de schiste au nom du principe de précaution, du respect de l’environnement et de la protection des populations, se mettant ainsi à la fois EELV (Europe Écologie-Les Verts) et les ONG de défense de la nature dans la poche.
Son retour à la tête de l’État pourrait néanmoins donner lieu à un changement de position car tout comme l’UMP lorsqu’elle était aux commandes, le parti majoritaire ne fermerait désormais plus la porte aux forages d’exploration. La nécessité de dégager des fonds en cette période économique particulièrement sombre va-t-elle l’emporter ? Devenus respectivement Premier ministre et ministre du Redressement productif, MM. Ayrault et Arnaud Montebourg, tous deux réfractaires à l’idée d’interdire à Shell de poursuivre ses investigations au large de la Guyane pour cette même raison, contrairement à l’éphémère ministre de l’Écologie Nicole Bricq, découvrent-ils la realpolitik ? Toujours est-il que M. Montebourg a suggéré début juillet un réexamen de la question des gaz de schiste et que s’il n’est pour l’heure pas question d’une exploration des hydrocarbures de roche-mère sur le territoire national, le PS a ce faisant pris une nouvelle fois ses distances avec son allié EELV, catégorique et qui n’en finit plus d’avaler des couleuvres…

La lutte contre les émissions de gaz à effet de serre demeure-t-elle une priorité ?
Les socialistes ne sont cependant pas non plus devenus suicidaires du jour au lendemain. La nouvelle locataire de l’Hôtel de Roquelaure Delphine Batho a ainsi confirmé la semaine dernière sur le plateau de BFM TV que le gouvernement ne reviendrait pas sur l’interdiction de la fracturation hydraulique. « Le gouvernement maintient clairement et nettement sur l’interdiction de l’exploitation des gaz de schiste, car nulle part dans le monde il n’a été prouvé que cette exploitation pouvait se faire sans dégâts considérables sur l’environnement et avec des risques importants pour la santé », a indiqué la nouvelle ministre de l’Écologie, qui se sait attendue au tournant et qui a également assuré que « rien dans l’agenda du gouvernement aujourd’hui n’envisage de revenir sur l’interdiction de la fracture hydraulique (sic) ». Et Mme Batho de dédramatiser les propos de son collègue et « ami » M. Montebourg, lequel, en parlant de « regarder » le dossier des gaz de schiste, n’aurait fait que jeter les bases d’une « une réflexion intellectuelle qui n’est pas basée sur des faits ».
Sans doute le PS n’a-t-il pas oublié la forte mobilisation des élus locaux et des populations concernées, qui a démontré que le sujet des gaz de schiste dépasse les clivages traditionnels. Il reste qu’il n’a pas non plus adressé une fin de non-recevoir claire et définitive à l’industrie pétrolière. Loin de s’avouer vaincue, celle-ci demande régulièrement que des permis de prospection soient délivrés et vante les mérites d’une énergie à la rentabilité éprouvée, tout en minimisant son impact écologique.
La réforme annoncée du Code minier, qui détermine les règles sur l’exploitation des énergies dans les sols et devrait être validée d’ici la fin de l’année, exclurait l’octroi de nouvelles autorisations. L’éviction retentissante de Mme Bricq a toutefois prouvé que le lobby de l’or noir a encore largement voie au chapitre…

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