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Gaz de schiste : « NKM » ne convainc pas les écologistes

Gaz de schiste : « NKM » ne convainc pas les écologistes
Le Larzac n'est pas le désert américain », a rappelé José Bové, qui réclame depuis plusieurs semaines un gel des permis d'exploration du gaz de schiste délivrés au printemps dernier

L’officialisation avant-hier par la ministre de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet d’une mission d’évaluation sur les enjeux environnementaux des gaz de schiste ne satisfait pas les défenseurs de l’environnement, qui réclament de concert un gel des permis d’exploration délivrés par Jean-Louis Borloo au printemps dernier.

Prise en toute discrétion, d’aucuns diraient dans l’indifférence générale, cette décision concerne pour l’heure une zone d’environ dix mille kilomètres carrés située entre Montélimar (Drôme) et Montpellier (Hérault). Étalé sur les départements de l’Aveyron, du Gard et de la Lozère, le plateau du Larzac, « le château d’eau de toute la région sud » aux dires de José Bové, est directement concerné, mais « si le gouvernement français donne son feu vert à toutes les demandes de permis d’exploration en cours (NDLR : y compris celles concernant les schistes bitumineux, « notamment présents en Île-de-France, en Picardie et en Champagne-Ardenne » et dont les réserves ont été évaluées en décembre dernier par le ministère de l’Énergie à près de soixante-cinq milliards de barils), ce sont plus de soixante-cinq mille kilomètres carrés qui pourraient faire l’objet de prospections », a estimé Greenpeace sur son site Internet.

« Le Larzac n’est pas le désert américain»

Interrogé par nos confrères de Terra Eco dans la foulée de la décision gouvernementale, l’eurodéputé d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) a de nouveau fait part de son incompréhension au sujet de l’agrément donné par M. Borloo, qui d’après sa collègue Michèle Rivasi aurait par ailleurs surpris « NKM » – laquelle serait plutôt favorable à un moratoire et pourrait demander in fine l’arbitrage de l’Élysée – et n’aurait fait l’objet d’« aucune discussion préalable ». « La responsabilité d’accorder ces permis incombe à M. Borloo, et on peut se demander si lui-même n’a pas agi sur ordre du chef de l’État pour lancer un si vaste projet », a notamment asséné l’altermondialiste, qui en dépit des allégations rassurantes de la ministre sur ce point essentiel soutient mordicus qu’« il n’existe aujourd’hui pas d’autre solution que la fracturation hydraulique », technique dont les ravages écologiques et sanitaires sont dévoilés par le menu dans le documentaire Gasland.

« Les entreprises françaises n’auront d’autre choix que de recourir aux sociétés américaines auxquelles elles sont adossées, et qui sont les seules à maîtriser les techniques d’extraction pour exploiter ces gaz », a prophétisé M. Bové, pour qui « le forage d’exploration est la première étape du processus commercial ». Le parlementaire semble tout de même garder espoir : « ce dossier est en train de prendre une grosse ampleur. Tous les jours des maires, des conseils généraux ou régionaux prennent des décisions pour marquer leur opposition ou réclamer un moratoire. Notre pétition a déjà récolté vingt-trois mille signatures en quinze jours ».

Alors que la Suède a déjà mis un veto à l’exploitation des gaz de schiste sur son territoire et qu’a contrario la Pologne voit en elle une source d’énergie « positive », la France, elle, paraît aujourd’hui naviguer entre deux eaux. Ou plutôt « NKM » doit sans doute défendre une position qui n’est pas la sienne et risque fort de devoir composer avec la concurrence du ministère de l’Énergie, a priori plus enclin à défendre sinon donner la primeur aux intérêts économiques du géant national Total. Vu la polémique grandissante quant aux répercussions environnementales de l’extraction des gaz de schiste le gouvernement se devait de réagir, ce qu’il a fait en optant pour un compromis qui n’a néanmoins pas fait cesser la volée de bois vert, les écologistes n’étant favorables qu’à un rétropédalage sur l’octroi des permis d’exploration qui n’est pour l’heure pas dans ses projets.

« Nous allons continuer à mobiliser les élus locaux », a prévenu l’eurodéputé d’EELV, selon lequel ils ont bien compris que « le Larzac n’est pas le désert américain et que l’impact sur le paysage sera énorme alors que les emplois créés par cette industrie seront minimes ». Des collectifs sont en outre en train de se créer et ses partisans « (mettent) également sur pied une équipe juridique pour attaquer l’État, si toutefois il persiste à vouloir autoriser les forages ».

« Nous ferons mieux qu’eux, parole de Total »

France Nature Environnement (FNE) et ses associations membres participeront-elles à l’offensive ? Elles sont en tout cas elles aussi farouchement hostiles à l’exploration et a fortiori à l’exploitation des gaz de schiste dans nos contrées. « Il est clair que, une fois les permis de recherche exclusifs distribués, une fois les investissements faits par les industriels pour rechercher les zones exploitables, l’exploitation aura bien lieu si les gisements découverts sont suffisamment rentables quels qu’en soient les risques environnementaux. C’est donc bien avant de commencer les recherches qu’il faut se poser la question de l’éventuelle exploitation en évaluant les conséquences prévisibles », considère le président de FNE Bruno Genty. Au même titre qu’EELV, la fédération milite pour un moratoire et « demande en outre à l’Europe une expertise sur la cohérence des politiques européennes afin de vérifier si l’éventuelle exploitation de ces hydrocarbures menace la mise en œuvre des directives Eau et Énergie-climat », ainsi qu’elle l’a indiqué sur son site Internet.

« De l’autre côté de l’Atlantique, l’exploitation du gaz de schiste a occasionné des dégâts environnementaux et sanitaires considérables. Mais nous ferons mieux qu’eux, parole de Total ! », a de son côté ironisé le directeur général du WWF France dans sa dernière chronique pour Terra Eco. « Chaque explosion ou « fracturation » demande quinze à vingt millions de litres (soit la consommation quotidienne d’une ville de quarante mille habitants) chargés de produits chimiques dont on ne maîtrise pas le risque de dissémination dans les nappes phréatiques », a-t-il par ailleurs rappelé. Et de s’émouvoir de « l’érosion de la biodiversité végétale et animale », « une autre conséquence à laquelle s’ajoutent des émissions de gaz à effet de serre (GES) incompatibles avec les objectifs de diminution engagés par la France et l’Europe ».

Appréhendée par les autorités comme un moyen d’atteindre l’indépendance énergétique, la production de gaz de schiste va cependant de pair avec des préjudices écologiques multiples et une mobilisation de moyens logistiques indécents étant donné la dégradation de la conjoncture « verte » mondiale. C’est aussi ce que pense le président du Conseil régional de Picardie Claude Gewerc, qui a peu goûté l’octroi d’un permis de prospection d’hydrocarbures liquides ou gazeux dans une zone de sept cent soixante-dix neuf kilomètres carrés située au sud de Château-Thierry (Aisne) dans laquelle six forages sont envisagés… et passera à l’action dès aujourd’hui devant l’Assemblée régionale.

Qualifiée d’ « énergie du désespoir » par la députée socialiste Geneviève Gaillard, qui doute autant que MM. Orru et consorts que la France dispose de « technologies plus sophistiquées » que les États-Unis – où le danger s’est fait une place au soleil avec le soutien actif de l’administration Bush et le silence assourdissant de celle qui lui a succédé – , elle a à ces titres tout d’une bombe à retardement et, sur le plan politique, d’un boulet pour les décideurs.

Ils auront sans aucun doute bien des difficultés à s’en débarrasser, même si « NKM » a assuré à l’Assemblée avant-hier qu’« il n’est pas question [...] d’autoriser en France une telle exploitation [...] Aucune autorisation ne sera donnée ni même instruite avant les résultats de cette mission ». Et d’ajouter – le détail a son importance : « si seules les technologies utilisées en Amérique du Nord existaient, ces gisements ne seraient pas exploités ».

Des propos lourds de sens et qui montrent que le gouvernement a au moins entendu les arguments des environnementalistes. L’étape suivante, y souscrire, n’est, elle, pas encore d’actualité. Il faut continuer à se mobiliser.

Crédits photos : flickr – David Monniaux / Wikimedia Commons – Sergesal / Ruhrfisch
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  • ericdelhaye

    CAP21, parti écologiste, présidé par Corinne Lepage qui avait lancé le débat des gaz de schiste en décembre en ouvrant un portail d’information http://www.deleaudanslegaz.com et en demandant un moratoire se félicite de l’infléchissement du Ministre de l’Ecologie sur ce dossier.
    Pour Eric Delhaye, président délégué de CAP21, la saisine des conseils généraux de l’industrie et de l’environnement par Nathalie Kosciusko-Morizet pour évaluer les enjeux et son engagement de ne pas autoriser de travaux dans l’attente des résultats est un premier pas qui reste cependant insuffisant au regard des enjeux sociétaux posés par l’extraction des gaz et huiles non conventionnelles. L’expertise ne peut ainsi rester aux seules mains des grands corps de l’Etat (Ponts, Mines,…).
    L’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) consacre ainsi près de deux millions de dollars dans une étude destinée à mesurer les impacts sanitaires et environnementaux de la fracturation hydraulique utilisée à grande échelle aux Etats-Unis (500 000 puits). Le processus se veut transparent, participatif et les résultats devraient être connus en 2012.
    Pour CAP21, il faut suspendre l’ensemble des permis d’exploration et de travaux tant que les résultats américains ne sont pas connus et se saisir du dossier à l’échelle de l’Europe pour dresser un état des lieux des explorations et mesurer l’ensemble des enjeux et risques pour le Vieux Continent dans un débat public et participatif.

  • pierre d

    D’accord avec CAP21.
    Il n’y a nullement besoin de refaire un bilan. Les résultats, nous les avons déjà ! Les inquiétudes environnementales ont été largement sous-évaluées et NKM peut dire ce qu’elle veut, ce n’est pas à coup de bilan qu’on règlera les choses…

  • http://www.pearltrees.com/thhutin/gaz-schiste/id2456053 gaz de schiste by thhutin – Pearltrees

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