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France : abandonner le nucléaire coûterait au moins 750 milliards d’euros

France : abandonner le nucléaire coûterait au moins 750 milliards d'euros
Le coût vraisemblable d'une définitive sortie du nucléaire paraît impossible à supporter vu l'état des finances publiques

Formellement écartée par le gouvernement, qui au grand désarroi des écologistes n’a eu de cesse de proclamer son attachement à l’atome depuis l’accident de Fukushima 1 (Japon), cette option pourrait cependant devenir d’actualité en cas de changement de majorité. Les deux grands favoris des primaires socialistes Martine Aubry et François Hollande ont en effet tous deux envisagé a minima une réduction substantielle de la part du nucléaire dans la production électrique nationale, laquelle est aujourd’hui de l’ordre de 80 %.

La maire de Lille (Nord) s’est prononcée pour un démantèlement de la totalité du parc d’ici trente voire vingt ans, son prédécesseur à la tête du Secrétariat national du PS, plus prudent en la matière, souhaitant ramener la part de l’atome à 50 % d’ici 2025. Rappelons également que de son côté la candidate d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) Eva Joly a évoqué un remplacement de toutes les centrales par un gigantesque medley de complexes éolien et solaire. Une position qui paraît difficile à soutenir sur les plans économique et logistique mais qui suscite un écho certain auprès des populations, marquées par la catastrophe nippone et plus récemment par l’explosion d’un four d’incinération de déchets radioactifs non loin du site nucléaire de Marcoule (Gard), événement qui d’une façon générale a semé le doute sur la fiabilité et la gestion des installations françaises.

Pendant allemand de la Caisse des Dépôts, la KFW vient d’estimer à deux cent-cinquante milliards d’euros la décision de la chancelière Angela Merkel de tirer un trait définitif sur le nucléaire d’ici 2022, étant entendu que celui-ci pèse actuellement un quart de la production électrique de l’autre côté du Rhin. Les investissements nécessaires pour arriver à cette fin dans nos frontières seraient au moins trois fois plus importants aux dires du patron du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies renouvelables (CEA) Bernard Bigot, qui a précisé dans l’entretien qu’il a accordé avant-hier à nos confrères du Figaro que ce chiffre de sept cent-cinquante milliards d’euros – déjà vertigineux et pour tout dire relevant du fantasme eu égard à la conjoncture économique moribonde et à la nécessité de réduire les déficits publics – n’est qu’un ordre de grandeur. Il repose en effet sur une simple transposition, c’est-à-dire sur un triplement de la facture allemande pour respecter la proportion du nucléaire dans les panaches énergétiques des deux pays.

Atome tout-puissant

Si « à ce stade aucun chiffre ne peut raisonnablement être avancé car les ressources de substitution ne sont pas les mêmes », souligne M. Bigot, tout porte cependant à croire que les investissements seraient en réalité plus conséquents encore dans la mesure où l’Hexagone dépend trois fois plus de l’atome que son voisin. « Les conséquences à la fois pour les finances publiques et pour la facture du consommateur sont incalculables », a par ailleurs ajouté le quotidien, alors que le leader mondial du nucléaire Areva a commandé avant l’été une étude sur « le poids socio-économique de l’électronucléaire en France », régulièrement invoqué par l’Élysée pour justifier son refus catégorique d’emboîter le pas de Berlin.

Il se trouve que là encore les données sont sans équivoque : plus de douze milliards d’euros de valeur ajoutée et 0,71 % du PIB (Produit Intérieur Brut), quatre cent cinquante entreprises dédiées, cent vingt-cinq mille emplois directs, quatre cent dix-mille emplois au total, bref une manne gigantesque dont on peut concevoir que l’État refuse de la jeter toute entière à la poubelle. Et M. Bigot d’enfoncer le clou : « en 2003, les importations d’énergie ont coûté vingt milliards d’euros à la France […] En 2010, ce chiffre est passé à quarante-huit milliards […] et cette année nous devrions franchir la barre des soixante milliards. Autant dire que, sans le nucléaire, la facture énergétique exploserait dans des proportions sans précédent ». Or, si une majorité de Français s’est dite favorable à une sortie de l’énergie atomique, il est apparu dans toutes les études d’opinion que la plupart de nos concitoyens n’accepteraient pas une électricité beaucoup plus chère.

Sacralisé par tous les gouvernements, de droite comme de gauche, depuis plus d’un demi-siècle, au point de devenir un dogme tout-puissant de l’avis de ses détracteurs, le nucléaire a de toute évidence le temps de voir venir dans nos frontières et il n’est pas incongru de pronostiquer que vu les éléments précités même un accident majeur échouerait à le faire radier du territoire français. La froide réalité des chiffres n’exclut cependant pas un soutien renforcé aux énergies vertes.

Crédits photos : Wikimedia Commons – Jess&Peter / flickr – Vincent Desjardins
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  • daniel d

    L’avantage de se situer dans l’opposition ou de n’avoir strictement aucune chance d’accéder au pouvoir, c’est qu’on peut tout critiquer, raconter n’importe quoi, promettre à peu près tout et son contraire, et ne jamais expliquer comment on s’y prendra…
    Quand ces gens-là seront aux manettes, s’ils y arrivent un jour, nous aurons l’occasion de les juger sur leurs actes et ils s’apercevront alors que gouverner, ça ne se réduit pas à faire des promesses et des bons mots…
    De mémoire, je ne me souviens pas que le gouvernement de la gauche plurielle PS-PC-Verts (1997-2002) ait parlé de démanteler le nucléaire !

  • Shana

    On jugera les gens, le jour où en France, et ça arrivera car on est déjà passé très près…, nous aurons notre Fukushima ou Tchernobyl…
    N’ayez crainte, chacun son tour…
    quant au coût pour sortir du nucléaire, c’est tout et n’importe quoi, pour faire peur aux gens et surtout ne pas en sortir de cette “pile” atomique.

  • http://www.pearltrees.com/zegreenweb/gouvernement-francais/id4039726 Gouvernement Français by zegreenweb – Pearltrees

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