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Et si BP coulait à pic ?

Et si BP coulait à pic ?
Des experts ont émis des doutes sur les possibilités pour BP de terminer en août ses travaux sur les puits d'appoint. Un retard de plusieurs semaines aurait des répercussions désastreuses pour l'environnement et pour l'image déjà passablement écornée du groupe pétrolier

Des manquements à la sécurité désormais avérés, une incapacité désopilante à interrompre la fuite de la plateforme Deep Water Horizon dans des délais décents, des estimations sans cesse contredites par celles des experts et une communication dont on ne répètera jamais assez qu’elle atteint des sommets de médiocrité ont déjà sérieusement ébranlé l’un des groupes pétroliers les plus puissants de la planète. Et le pire est peut-être encore à venir pour ce colosse au pied devenu d’argile qui a déjà déboursé près d’un milliard et demi de dollars (un milliard deux cents millions d’euros) dans ses opérations de nettoyage de la gigantesque nappe d’hydrocarbures et voit le cours de son action fondre comme neige au soleil.

L’examen par la Commission d’enquête parlementaire sur la marée noire des cent cinq mille pages de documents internes de BP se poursuit et confirme la thèse de négligences coupables de la multinationale britannique.

Dévoilées il y a maintenant trois semaines, les premières conclusions des sénateurs Henry Waxman et Bart Stupak (lesquels président la sous-commission d’enquête de la commission parlementaire de l’Énergie et du Commerce) avaient fait état de trois avertissements ignorés par les responsables de BP présents sur la plateforme dans les heures qui ont précédé son explosion. Celles qui ont été rendues publiques hier sont tout aussi accablantes puisque le groupe pétrolier est désormais accusé d’avoir délibérément pris des risques dans le Golfe du Mexique par simple souci d’économie.

« Un cauchemar de puits »

Un très mauvais calcul dont les deux élus se sont émus dans une missive de quatorze pages complétée par une dizaine de documents et adressée à l’inénarrable Tony Hayward. BP a pris « de nombreuses décisions pour des raisons économiques, qui ont augmenté le risque d’une défaillance catastrophique du puits », ont-il écrit au PDG du groupe, à qui ils ont précisé ou plutôt rappelé que « l’enquête de la commission soulève de graves questions sur les décisions prises par BP dans les jours et les heures qui ont précédé l’explosion de Deep Water Horizon ».

Les investigations de la Commission ont par ailleurs confirmé le témoignage de Mike Williams, technicien de Transocean Ltd (NDLR : La société suisse propriétaire de la plateforme), selon lequel BP avait pris du retard dans ses travaux de forage, ce qui du point de vue financier se traduisait par la perte quotidienne de plusieurs centaines de milliers de dollars. « Il semble que cela ait créé une certaine pression, menant à prendre des raccourcis pour se dépêcher de terminer le puits », ont précisé les parlementaires, lesquels se sont également appuyés sur des courriels échangés entre des salariés du groupe. L’un d’entre eux a évoqué un « cauchemar de puits » dès le 14 avril, soit six jours avant l’explosion.

La direction du groupe n’a pour l’heure pas commenté les accusations de la Commission, pas plus qu’elle n’a souhaité réagir aux déclarations de John Watson, PDG du groupe pétrolier américain Chevron, selon lequel cette tragédie « aurait pu être évitée ».

« Si de bonnes pratiques avaient été utilisées nous n’en serions pas là aujourd’hui », a estimé le responsable de la deuxième société pétrolière américaine derrière ExxonMobil. Chevron est en outre le troisième producteur de pétrole dans le Golfe du Mexique derrière BP et la Royal Dutch Shell, c’est pourquoi la décision de Barack Obama de prolonger de six mois le moratoire sur les permis d’exploitation des gisements offshore constitue pour lui un gros manque à gagner. M. Watson ne s’est d’ailleurs pas privé pour la critiquer, arguant que contrairement à ceux de son concurrent les systèmes de sécurité de son groupe sont à même de faire face à une pollution aux hydrocarbures et que par conséquent il était infondé d’appliquer cette suspension à l’ensemble des multinationales pétrolières. A l’origine d’un désastre écologique en Équateur la direction de Chevron n’était peut-être pas la mieux placée pour se permettre de critiquer la manière dont BP gère cette crise, aussi consternante soit-elle. Tout aussi amnésique est Rex Tillerson, PDG d’ExxonMobil, qui a considéré que « cet incident illustre une divergence spectaculaire vis-à-vis des normes de l’industrie en eaux profondes » et dont le groupe a prévu de témoigner à charge devant la Commission d’enquête.

Reste maintenant à espérer, dans l’intérêt de tous, que les deux leaders pétroliers américains ne se trouveront pas à leur tour dans cette situation et que si par malheur ils devaient eux aussi être confrontés à une marée noire les faits donneront raison aux allégations très assurées de leurs dirigeants.

Crédit photo : BP p.l.c

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