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OGM, une polémique sans fin ?

OGM : Une polémique sans fin ?
Les manifestations OGM, comme ici à Paris devant le salon de l’agriculture, restent monnaie courante en France. Moins outre-Atlantique...
Compte-tenu des désaccords scientifiques, du caractère latent de la controverse et de la détermination des anti-OGM, la généralisation des plantations de maïs transgénique dans l'Hexagone n'est pas pour demain

Ils sont censés être l’une des bases de l’alimentation de demain, mais tout le monde n’est pas d’accord.

Ils sont sous les feux des projecteurs depuis des années. Ils énervent José Bové et la cohorte grandissante des bien-bouffeurs. Ceux-là y vont parfois à coups de pelle et de râteaux pour détruire des champs entiers. La justice peut bien les condamner, pour eux l’essentiel est ailleurs. Ce combat-là, ils veulent le gagner, quitte à croupir quelques semaines ou quelques mois en prison. Parce que les organismes génétiquement modifiés (OGM) n’apporteraient pas toutes les garanties que le consommateur est en droit d’attendre. Le débat n’est toujours pas tranché.

Oppositions

Zéro. En 1993, il n’y avait AUCUNE surface cultivée OGM (soja, maïs, coton, betterave, pomme de terre, tournesol) dans le monde. Ça n’existait pas, et dans sa large majorité l’opinion publique internationale ne concevait même pas qu’il y ait un jour dans son assiette des organismes vivants dont le patrimoine génétique puisse être modifié par l’homme. Quatorze ans après, il n’y avait guère plus de vingt mille hectares « convertis » aux OGM en France – « vingt-mille de trop » aux yeux de Greenpeace - , essentiellement dans le Sud-ouest, mais cent quatorze millions dans le monde (!), soit environ 7 % des terres cultivées (NDLR : Le nombre d’agriculteurs d’OGM, lui, dépasse les neuf millions. L’immense majorité d’entre eux vient de pays en développement (PED) ). Une progression pour le moins spectaculaire. Sauf que, comme pour le clonage, cette méthode pose un problème moral aux « puritains », en l’occurrence ceux de l’alimentation.

On ne saurait leur donner complètement tort. Certains OGM peuvent en effet présenter des risques, en produisant des molécules néfastes pour le consommateur et en disséminant des gènes susceptibles de porter atteinte à l’équilibre environnemental. Diverses organisations comme le Conseil international pour la science assurent toutefois que les OGM commercialisés ne font courir aucun danger et que les risques de dissémination sont correctement contrôlés.

Un aval qui n’a pas convaincu le réseau de la Via Campesina, un réseau international créé en 1993 qui coordonne aujourd’hui plus d’une centaine d’organisations de petits et moyens paysans et a fait de la lutte contre les OGM l’une de ses priorités. Trois ans plus tard, à la suite de la commercialisation aux Etats-Unis du soja « Roundup ready » par Monsanto (déjà), Greenpeace lance sa première campagne internationale contre la commercialisation d’OGM dans le domaine de l’alimentation et leur dissémination dans l’environnement. En février 1997, la Commission européenne et la France défrayent la chronique en autorisant la commercialisation du maïs génétiquement modifié Novartis. L’opposition des autres pays membres de l’UE les fait reculer. En novembre, la France annonce un moratoire sur le développement commercial de toutes les cultures génétiquement modifiées, à l’exception notable du maïs Novartis. Le premier d’une longue série. Juillet 1998, la France devient le nouveau pays du football… et, en toute discrétion, à moins que le ballon rond n’ait monopolisé toute l’attention, le gouvernement Jospin instaure un autre moratoire sur les cultures génétiquement modifiées ayant des « parentés sauvages » en Europe (betterave et colza). La culture de maïs transgénique est toutefois officiellement autorisée jusqu’en mars 2000. La même année, l’Union Européenne fixe à 0,9 % (un chiffre toujours en vigueur aujourd’hui) le seuil maximum d’OGM que peut contenir un produit sans que la société qui l’a mis sur le marché soit dans l’obligation de le signaler sur l’étiquette.

À cette époque déjà, les Hexagonaux dans leur ensemble sont largement opposés aux OGM. Parce que les vaches décédées des suites de la maladie de Creutzfeld-Jacob et que les poulets grippés ont durablement marqué les esprits, parce qu’ils ne semblent pas (du tout) au point, et sans doute parce que le principe même de la transgénèse leur déplaît. De l’autre côté de l’Atlantique en revanche, les Américains et les Canadiens y sont majoritairement favorables. Les réticences, d’aucuns parleraient de « résistance », sont néanmoins très fortes, partout dans le monde, et notamment sur le Vieux Continent. En Autriche, en Belgique, en Grande-Bretagne, en Grèce, les adversaires des OGM s’organisent et sont parfois appuyés par leur gouvernement. Des supermarchés refusent de vendre des produits génétiquement modifiés, la première journée planétaire « Anti-OGM » est instaurée en mai 2004…

Entretemps, une certaine directive européenne a fixé les règles communautaires relatives à la dissémination volontaire d’OGM dans l’environnement. Elle vise à davantage de transparence et d’efficacité dans la procédure d’autorisation, laquelle est ramenée à une durée de dix ans renouvelables, et instaure un contrôle obligatoire après la mise sur le marché des OGM cultivés. Elle date du 12 mars 2001 et serait plutôt rassurante dans un contexte moins passionné, mais il se trouve que les tensions et les doutes sont forts, très forts. Alors la transposition de ladite directive dans le droit national tarde. En France, elle ne sera effective que six ans plus tard, ce qui ne veut surtout pas dire que les « anti-OGM » ont baissé pavillon.

Des motivations diverses

L’inexistence d’un consensus scientifique est l’argument le plus souvent invoqué par les opposants aux organismes génétiquement modifiés. C’est avant tout au nom du principe de précaution (NDLR : dont les champs d’applications restent flous mais qui a été entériné à l’issue du premier Sommet de la Terre, à Rio (Brésil), en 1992. Deux ans plus tôt, la Commission européenne avait du reste demandé qu’il soit respecté en estimant que « l’utilisation d’aliments modifiés (devait) s’effectuer de manière à limiter les effets négatifs qu’ils peuvent avoir sur (l’homme) ») que les « faucheurs volontaires » s’en prennent aux terres « converties ».

Greenpeace, elle, se refuse à de telles pratiques, crédo de non-violence oblige, mais reste farouchement opposée aux OGM, ce en raison des réserves de l’industrie agro-alimentaire. Ses militants sont souvent proches du courant altermondialiste et voient dans le développement des organismes génétiquement modifiés une autre conséquence négative de la globalisation.

Le monde agricole, lui, est divisé, même si la proportion de surfaces agricoles « transgénés » est quasiment insignifiante dans notre pays. La Confédération paysanne de José Bové est catégorique mais la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), qui compte plus de 320 000 adhérents, s’est prononcée pour des essais d’OGM en plein champ – c’est-à-dire à l’air libre – et de la culture des OGM « éprouvés », c’est-à-dire jugés sans danger par la communauté scientifique.

On l’a vu, cette dernière a elle aussi des avis divergents. Membre du conseil scientifique l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (ATTAC) et directeur de recherche à l’Institut national de recherche agronomique (INRA), Jean-Pierre Berlan a estimé que les biotechnologies sont devenues des « sciences de la mort ». En janvier 2004, il est allé jusqu’à accuser les « bioindustriels » de vouloir substituer au cycle de la reproduction un cycle de production. Une opinion certes extrême mais que partagent certains de ses « confrères », ainsi Christian Vélot (NDLR : Enseignant chercheur à l’Institut de génétique et microbiologie d’Orsay qui a notamment été appelé comme témoin de la défense lors du procès de José Bové).

En mai 2008, quelque deux cents vignerons et chefs cuisiniers, dont Michel Bras, Olivier Roellinger, Marc Veyrat et les frères Troisgros ont par ailleurs publié une tribune dans Le Monde appelant à respecter « le droit à choisir le contenu de son verre et de son assiette ». L’élite gastronomique française dans son ensemble paraît considérer que les organismes génétiquement modifiés intentent au savoir-faire des toqués.

Les agriculteurs et autres « altergénétiques » qui y sont opposés, eux, refusent que leur secteur soit tenu par des grands groupes, évoquent une atteinte à la souveraineté alimentaire et, pour certains, l’idée même que la technologie manipule le monde.

Ils sont les mégaphones de la majorité silencieuse. Surtout, ils ont mené suffisamment d’actions, certaines spectaculaires, pour être entendus en haut lieu et faire d’organismes génétiquement modifiés des organismes frénétiquement combattus.

Statu quo

Fin 2009, il n’y avait toujours aucune plantation de soja et de coton génétiquement modifiée en France. Certains secteurs d’activités ont cependant eux aussi recours à des gènes  introduits par l’homme sans que cela suscite la polémique. Ainsi la médecine et la déclinaison recombinante de l’insuline, qui est aujourd’hui utilisée par des millions de diabétiques partout dans le monde. La levée de boucliers ne s’applique pas davantage à la recherche et ne concerne finalement « que » l’agro-alimentaire et les espèces animales.

Du point de vue législatif, elle a donné lieu à de nombreux moratoires et autres interdictions définitives. Incontestablement, leur répétition a entamé la crédibilité des OGM cultivés à des fins nutritives et par ricochet celle des entreprises qui souhaiteraient leur commercialisation. Elles sont aussi suspectées, au même titre que les comités d’évaluations des risques pour l’environnement. En juillet dernier, Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement et membre fondatrice du CRIIGEN (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique), a notamment souligné l’opacité de leur fonctionnement et le fait que les données restaient strictement confidentielles. Dans ces conditions en effet, impossible de ne pas se poser de questions, même si, officiellement, les OGM ne reçoivent d’avis favorable que si tous les tests ne font état d’aucun danger éventuel.

Ses défenseurs mettent en avant leur meilleure résistance aux herbicides et aux pesticides, des rendements supérieurs aux cultures dites « traditionnelles » et une capacité à s’accommoder de conditions de culture difficiles dont ces dernières ne peuvent se targuer. Ils estiment en outre que l’intervention génétique est une suite logique dans le processus de maîtrise des cultures et de l’élevage. Le site Internet ogm.org parle enfin d’ « amélioration qualitative » et de « détoxication de certaines plantes », une opinion partagée par la plupart des instituts scientifiques internationaux. Des arguments a priori recevables donc mais qui, répétons-le, sont encore rejetés par une majorité de Français, aussi les moratoires et autres polémiques se sont-ils succédés ces quinze dernières années.

Le 9 janvier 2008, le comité de préfiguration de la Haute autorité sur les OGM (NDLR : mise en place à la suite des conclusions du Grenelle de l’environnement et qui était composée de scientifiques, de sociologues, d’économistes, de représentants des collectivités et de parlementaires) a émis « des doutes sérieux » sur l’innocuité du maïs MON810 de Monsanto, le seul OGM commercialisé en France. Un avis contesté par Bernard Accoyer, le président de l’Assemblée nationale, alors que la majorité continue de se montrer divisée sur le sujet. Trois mois plus tard, les députés sont cependant passés outre les réserves des experts et ont adopté le projet de loi proposé par le gouvernement en faveur des cultivateurs et des producteurs d’OGM. La secrétaire d’État à l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet a toutefois laissé voter un amendement déposé par le député communiste André Chassaigne destiné à limiter la culture des OGM. Un manquement à la sacro-sainte solidarité gouvernementale qui lui a valu les foudres de François Fillon mais n’a pas provoqué son renvoi.

Le 13 mai, l’Assemblée nationale a ensuite voté une motion de censure contre le projet de loi visant à organiser ce que les anti-OGM appellent « les contaminations ». Ledit projet de loi, également appelé « loi de coexistence », a toutefois été adopté par les députés la semaine suivante.

Depuis – le site web ogmdangers.org ne s’est pas privé d’en faire un « best-of » - , les conclusions de différentes études scientifiques pas forcément au-dessus de tout soupçon elles non plus ont fait apparaître de nouveaux risques pour la santé. Les OGM pourraient ainsi avoir des effets négatifs sur la fertilité, en plus d’avoir des gains de rendement finalement inférieurs à ceux de la sélection variétale. Surtout, en décembre, des chercheurs du CRIIGEN, de l’Université de Caen et de Rouen ont discuté à leur tour l’autorisation délivrée par l’UE de commercialiser le MON810, mais aussi le MON863 et le NK63, à savoir les trois seuls maïs génétiquement modifiés qui peuvent être commercialisés sur le Vieux Continent pour l’alimentation. Des conséquences négatives sur la santé des rats ont été observées. L’EFSA (NDLR : L’Agence européenne de sécurité des aliments) et l’AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) « (n’auraient) pas analysé eux-mêmes dans le détail les statistiques », tandis que le CRIIGEN, lui, s’est appuyé sur des données complètes de Monsanto et non sur les conclusions que l’entreprise a présenté. En 2007, le comité avait déjà contesté les données de Monsanto et publié une étude concluant à des effets secondaires négatifs sur la santé.

Comme en ce qui concerne le réchauffement climatique, il n’y a pour l’heure pas de consensus scientifique sur cette question pas non plus nouvelle et elle aussi capitale. Comme en ce qui concerne le réchauffement climatique, les deux camps s’affrontent sur la Toile à coups de vidéos sur les sites de partage, d’études scientifiques et de pétitions. Comme en ce qui concerne le réchauffement climatique, les manières d’appréhender cette évolution varient selon les continents. En droit, le doute est censé toujours profiter à l’accusé. Il ne saurait en être de même en matière alimentaire.

Crédit photo 1 : Flickr - revolutionecolo Crédit photo 2 : Flickr - Peter Blanchard
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  • daniel d

    C’est vraiment un excellent article, et fort complet.
    Il a également le mérite de rappeler une certaine chronologie des faits, en France particulièrement.
    Bravo !