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L’éco-étiquette ne décolle pas

L'éco-étiquette ne décolle pas
La mise en place de l'éco-étiquette sur les produits alimentaires sera finalement précédée d'une phase d'expérimentation dont l'avenir nous dira si elle ne constitue pas un préalable à l'enterrement de cette mesure

« Les consommateurs doivent pouvoir disposer d’une information environnementale sincère, objective et complète portant sur les caractéristiques globales du couple produit-emballage ». Inscrite dans la première loi du Grenelle, cette disposition paraît avoir aujourd’hui du plomb dans l’aile, alors même que le projet de loi Grenelle II mentionne un affichage de l’impact environnemental des produits de grande consommation obligatoire à compter du 1er janvier prochain.

Le Commissariat général au développement durable (CGDD) tient lui aussi beaucoup à l’étiquette environnementale, lui qui a estimé dans sa Revue du mois de janvier que « la communication autour des indicateurs de développement durable est un élément clef de la prise de conscience globale des consommateurs ».

Reste que l’entrée en vigueur de « l’étiquette verte » – sur laquelle seront censées figurer des données relatives à la faune, au climat, aux émissions de CO2 lors des différentes phases de la fabrication du produit, et peut-être des précisions sur le poids et la nature des matériaux qui constituent l’emballage, son taux de recyclabilité ou encore le taux réel de recyclage compte tenu du tri actuel des ménages – pourrait bien être remise à une date ultérieure.

Déjà appliqué aux appareils électroménagers, aux véhicules automobiles et aux biens immobiliers, l’éco-étiquetage dans l’ensemble des supermarchés de France butte en effet sur des considérations techniques.

De nombreuses interrogations en suspens

La méthode de calcul des rejets de gaz carbonique n’a par exemple pas encore été arrêtée, et il apparaît aujourd’hui, d’après Jérôme Bédier, président de la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) que « pour certains produits, (les experts n’ont) pas de données pour toute la chaîne de production ». Se pose aussi la question du coût qu’implique la collecte des données et celle de leur fiabilité, de fausses informations risquant d’être assimilée à de la publicité mensongère. Reste enfin à s’entendre sur les standards de présentation aux consommateurs, qui, pour être incités à acheter écoresponsable, doivent être confrontés à des données « parlantes ». Mais « peut-on vraiment mettre une demi-douzaine d’informations sur une pince à linge (sic) ? Ou faut-il les indiquer en tête de gondole ? Sur des bonnes Internet ? », s’est interrogé le député UMP de la Meuse Bertrand Plancher, qui a révélé tout haut les dilemmes auxquels sont confrontés la majorité.

Si d’aventure l’étiquette verte devait rester privilégiée, la réglette pour laquelle a opté la chaîne Casino, qui depuis juin 2008 a déjà étiqueté plus de six cents denrées vendues sous sa propre marque, pourrait faire office de référence. Allant du jaune clair au vert foncé selon la performance environnementale du produit, elle est assortie d’informations sur le nombre de kilomètres qu’il a parcouru, la quantité de CO2 émise pour cent grammes ainsi que sur les possibilités de recyclage et semble en effet suffisamment clair et synthétique pour l’acheteur.

Un bon début, en attendant probablement davantage de données à moyen terme.

Recul gouvernemental

D’ici là, le gouvernement sera peut-être parvenu à démêler les noeuds actuels, alors qu’une enquête menée par Ethicity, un cabinet de conseil en développement durable, a fait apparaître que 85 % des Français souhaitent une information sur les étiquettes concernant l’impact environnemental des produits. Un plébiscite qui doit néanmoins être relativisé dans la mesure où, « après six mois d’expérimentation dans une grande surface (qu’Ethicity) a accompagnée dans cette démarche, le bilan carbone du panier moyen des clients n’avait pas changé », révèle Florent Gitiaux, consultant chez Ethicity. En tout état de cause, les changements de comportements ne s’opéreront pas du jour au lendemain, d’autant que les députés, via un amendement au projet de loi Grenelle II, ont obtenu fin mars l’instauration d’une phase d’expérimentation qui peut être assimilée à un moratoire. Elle va consister en une succession d’essais sur certains produits avec une divulgation non exhaustive d’indications environnementales. « On peut penser que c’est la pression des industriels qui a fait plier le gouvernement », a lancé le député Vert de Paris Yves Cochet.

L’ « étiquette verte » pour les produits alimentaires est quoi qu’il en soit repoussée à 2012 au plus tôt. « On ne renoncera pas [...] C’est une attente forte des consommateurs », a précisé la secrétaire d’État à l’Écologie Chantal Jouanno.

Ce report n’est toutefois pas sans rappeler celui de la taxe carbone, encore dans toutes les mémoires et qui a suscité la colère des associations écologistes. S’il est loin d’avoir suscité la même couverture médiatique, il n’en atteste pas moins des difficultés que rencontre aujourd’hui la majorité pour concrétiser ses ambitions « écolos », lesquelles étaient peut-être, avec le recul, trop nombreuses et trop élevées pour certaines.

Il serait prématuré de dire que le Grenelle de l’environnement est peu à peu en train d’être enterré, mais le fait est que tout ne se passe pas comme prévu.

Crédit photo : Casino
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