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Un séisme, un tsunami, un accident nucléaire. Un triptyque apocalyptique. Un scénario digne d’un mauvais film catastrophe. Plus de cinq mille morts et au moins dix mille disparus selon les dernières estimations officielles, mais un peuple magnifique face à l’acharnement du sort. Le destin de centaines de milliers de Japonais voire davantage est aujourd’hui en partie suspendu au courage de ces hommes qui s’affairent dans, au-dessus et autour de cette maudite centrale nucléaire de Fukushima 1, devenue une véritable cocotte-minute.
Quel temps passent ceux qui restent dans les bâtiments de ce site que le monde entier regarde avec angoisse ? S’agit-il d’employés ? De sous-traitants ? Combien sont-ils ? Soixante-dix, comme le prétendent nos confrères du très sérieux Guardian ? Cent de plus, comme l’affirme Tepco ? Nul ne le sait. On sait en revanche qu’ils opèrent sans électricité depuis maintenant une semaine, qu’ils sont exposés à des radiations intenses et qu’il y a des volontaires. Parmi eux, un homme de cinquante-neuf ans, retraité depuis six mois. « L’avenir du nucléaire japonais est à Fukushima. Je suis en mission », a-t-il écrit à sa fille. Avec les soldats, les pompiers et les pilotes d’hélicoptères, ces anonymes ont endossé le costume ignifugé de sauveurs d’une nation meurtrie et pourraient être nombreux à le payer de leur vie.
Leur rôle n’est pas sans rappeler, des protections renforcées en plus, celui des liquidateurs de Tchernobyl, ces hommes envoyés par milliers à la mort, en parfaite méconnaissance des risques, pour décontaminer le peu qui pouvait encore l’être autour de la centrale ukrainienne. Quoique coupés du reste du monde, eux seuls connaissent exactement la gravité de la situation et seraient en mesure de dire si le périmètre des évacuations et la zone de confinement déterminés par les gouvernants sont appropriés. Dramatique paradoxe.
Peut-être n’étaient-ils pas vraiment préparés au pire et ignorent-ils que les autorités japonaises n’ont pas tenu compte des avertissements des experts de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) selon lesquels la centrale, « leur « centrale, n’était pas conçue pour faire face à un tremblement de terre de magnitude 9. Peut-être savent-ils que la partie est perdue. Cinq employés de Tepco ont péri depuis vendredi et deux sont portés disparus mais des survivants témoigneront, et peut-être alors aurons-nous la réponse à cette question qui brûle désormais toutes les lèvres : les responsables nippons disent-ils toute la vérité, rien que la vérité ?
Une semaine qu’ils luttent. Héroïquement, avec l’énergie du désespoir. Pour éviter une apocalypse mais avec quel équipement ? Mardi, il a fallu temporairement les évacuer. Trop de radiations. Ils sont revenus une heure plus tard, honorer ce qui fait partie de leur contrat. Seuls.

Une mission herculéenne
Un panache radioactif s’échappe encore de Fukushima 1. Fatalement, ils sont au plus près de cette chape toxique qui plane au-dessus de la tête d’un nombre indéterminable de leurs concitoyens. D’après l’Agence de sûreté nucléaire (ASN), il est probable que l’exploitant fasse tourner les effectifs – toutes les quarante-cinq minutes, avance le Guardian - et leur ordonne d’agir le plus vite possible à chaque intervention. Une rotation sinistre pour l’une des missions les plus dantesques qui ait jamais été confiée à des hommes.
Les systèmes de refroidissement n’ayant pas survécu au tsunami, il s’agit, outre de rétablir le courant, de « pomper de l’eau de mer, de la transporter dans des camions-citernes et de l’injecter dans les réacteurs. Il faut aussi actionner manuellement les vannes pour faire baisser la pression », précise Le Monde.
Contraints de rebrousser chemin mercredi, les pilotes des hélicoptères de l’armée japonaise, eux, ont finalement largué hier plusieurs milliers de litres d’eau de mer sur le site. À moins de cent mètres du sol. Dans la mesure où le volume de la piscine de stockage asséchée du réacteur 4 est de l’ordre de 2000 m3 et où ils ne peuvent larguer au mieux que 7,5 m3, leur défi équivaut à remplir une baignoire avec un bol. Il leur faut de surcroît viser juste sous peine, une fois l’électricité rétablie, de provoquer un court-circuit potentiellement synonyme de funeste épilogue.
La bravoure de tous ces hommes appelés à réaliser l’improbable sinon l’impossible dépasse l’entendement. Exposés à des doses de radioactivité pouvant être mortelles, ils savent qu’ils consentent probablement un sacrifice. Prions pour qu’au moins il serve à quelque chose.

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