NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

Nucléaire : à Fessenheim, la faim justifie les moyens

Nucléaire : à Fessenheim, la faim justifie les moyens
Des écologistes ont entamé une grève de la faim tournante pour tenter d'obtenir la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin), doyenne des unités atomiques françaises

La plupart des pro-atome ne devraient pas changer d’avis pour autant mais le choix de certains partisans de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim (Haut-Rhin) de débuter une grève de la faim pour obtenir gain de cause donne une dimension pathétique à un débat qui s’enflamme depuis le mois dernier.

Rappelons qu’ils sont désormais des milliers, Français, Suisses et Allemands, citoyens ou élus, à réclamer la reconversion de la doyenne des unités françaises en site-pilote et la manifestation de dimanche devrait être encore plus suivie que celle de Chalampé (Haut-Rhin) le 20 mars dernier . La catastrophe de Fukushima 1 (Japon) avait débuté quelques jours plus tôt et dix mille personnes avaient alors exigé l’arrêt des activités de la centrale alsacienne, mise en service en 1977, construite en contre-bas du Grand Canal du Rhin et dont l’avenir est entre les mains de l’Agence de sûreté nucléaire (ASN), laquelle a débuté hier un examen approfondi et doit rendre son verdict courant juin.

Les autorités françaises sont suspendues aux résultats de son expertise et à ceux des stress tests européens, deux évaluations qui ne satisfont cependant pas les anti-nucléaires. Ces derniers étaient encore entre quatre mille et huit mille le 10 avril à s’opposer à une éventuelle prolongation de la durée de vie de celle qu’ils surnomment maintenant « Fukusheim », redoutant sur la base des nombreux dysfonctionnements observés ces dernières années et avec une ironie glacée un accident similaire à celui qui frappe actuellement le Japon.

Les risques hydrauliques et sismiques sont à leurs yeux sous-évalués et ils bénéficient aujourd’hui du soutien conjoint des « Grünen » allemands du Bade-Wurtemberg, land récemment conquis par une coalition rouge-verte à la force de persuasion manifestement redoutable, ainsi qu’en a témoigné la décision de Berlin de sortir petit à petit du nucléaire à compter de 2020, des responsables des cantons suisses du Jura, de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne, du Conseil régional de Franche-Comté et même de membres UMP du Conseil municipal de Strasbourg (Bas-Rhin).

Une grève tournante d’un an au minimum

Force est d’admettre que le contexte n’a sans doute jamais été aussi favorable à la fermeture de la centrale de Fessenheim, perspective qui aux yeux de quelques écologistes vaut donc bien une privation prolongée de nourriture. Entamée hier, elle sera tournante et vise aussi à obtenir une sortie progressive du nucléaire d’ici dix ans, virage que Nicolas Sarkozy refuse catégoriquement de prendre.

Surnommés les « jeûneurs de Colmar », les grévistes se priveront à tour de rôle de nourriture pendant trois cent soixante-six jours au minimum.

Trois hommes et une femme ont par exemple décidé de « ne boire que de l’eau et de la tisane » pendant trois semaines et d’autres militants écologistes les accompagneront pendant un ou plusieurs jours dans leur démarche, a rapporté l’AFP. Parmi eux, Cléo Schweitzer, élue PS au Conseil régional d’Alsace et au Conseil municipal de Mulhouse (Haut-Rhin), dont le jeûn se poursuivra jusqu’à samedi.

Cette action à la forte portée symbolique (mais dont on doute de l’efficacité) atteste des passions que déclenche le sort de la plus vieille centrale française, qui malgré les assertions rassurantes d’Henri Proglio semble en passe de devenir un véritable boulet politique. « Fessenheim, comme les autres centrales nucléaires françaises, a été modernisée en permanence », a assuré le PDG d’EDF dans un entretien accordé à nos confrères du Figaro. « Si l’on compare nos installations entre leur mise en service et aujourd’hui, plus rien n’est pareil [...] L’amélioration est dans les gènes de notre entreprise », a-t-il insisté, indiquant également qu’EDF, « reconnue pour son expertise d’hydraulicien », se prépare à « passer au crible les hypothèses des catastrophes les plus improbables ».

Des propos qui n’ont donc pas suffi à tempérer l’hardiesse des écologistes. La peur panique qu’a déclenché la catastrophe de Fukushima chez certains appelle à leurs yeux une fermeture immédiate. Problème : celle-ci n’est envisageable que si la perte de production d’électricité peut être compensée par des projets renouvelables qui coûteraient beaucoup d’argent aux collectivités et qui ne sont de toute façon pas à l’ordre du jour.

Mieux vaudrait donc reprendre ses habitudes alimentaires au plus vite. Histoire d’être suffisamment en forme pour pouvoir de nouveau en changer au moment opportun.

Crédits photos : Wikimedia Commons – Florival fr / flickr – Nouara Aci-Scalabre
Suivez toute l'actualité sur ce sujet et sur le développement durable avec le flux RSS

GD Star Rating
loading...

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !