NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

Linky pas plus dangereux qu’une télévision selon l’ANSES

D’ici 2021, les ménages français seront tous dotés de nouveaux compteurs d’énergie « communicants ». Une nouvelle dans l’ensemble bien perçue, dans l’ensemble seulement. Au sein de nos régions, quelques foyers de résistance se sont créés. Les ondes émises par le compteur seraient selon eux nocives. Largement repris, cet argument est également largement battu en brèche par un certain nombre d’agences, d’associations et d’élus locaux. Ces derniers peuvent désormais s’appuyer sur un nouvel avis de l’ANSES, qui après l’ANFR juge également le Linky inoffensif, pas plus dangereux qu’une télévision.

Trois pays ont déjà passé le cap du compteur communicant en Europe : la Finlande, avec 3,1 millions de compteurs, la Suède, avec 5,2 millions de compteurs et l’Italie, avec 37 millions de compteurs posés entre 2001 et 2008. Plus généralement, 313 millions de compteurs communicants sont installés dans le monde, principalement en Europe, mais aussi aux Etats-Unis et en Asie. La plupart de ces modèles sont plus anciens et offrent en conséquence moins de fonctionnalités que « Linky ». Et pour cause : chacun de ces pays a posé des compteurs communicants dans un but premier différent. L’Italie, par exemple, voulait avant tout lutter contre la fraude à l’électricité, la Suède faisait face à des difficultés d’intervention du fait de la dispersion des usagers hors des grandes villes.

En France aussi, ce déploiement s’appuie sur des fondements pragmatiques. Aujourd’hui, la production d’électricité prend la forme d’un bouquet énergétique : énergie nucléaire, hydraulique, éolienne, solaire, les options sont nombreuses. Toutes sont injectées alternativement ou en même temps dans les réseaux en fonction de la demande. Toutefois, ces différentes sources n’ont pas les mêmes capacités et certaines affichent une productivité variable (à l’instar des énergies renouvelables, largement dépendantes de la météo). Linky, qui prétend superviser l’usage de ces sources, s’insère « dans une démarche globale visant à développer une nouvelle culture de l’énergie », d’après l’Agence locale de l’énergie et du climat (Alec) de l’Eure, une association qui accompagne les citoyens dans leurs projets de maîtrise de l’énergie et de développement des renouvelables.

L’un des avantages du compteur, selon l’association 60 millions de Consommateurs, est de permettre à chaque usager de « mieux évaluer sa consommation » – soit comprendre quels gestes et appareil coûtent cher. Enedis avance que les économies d’énergie réalisées grâce à Linky pourraient être de l’ordre de 10 à 15 %. A plus grande échelle, « Linky permet une meilleure connaissance des consommations énergétiques du territoire et donc un pilotage plus efficace des politiques de transition énergétique et de planification environnementale », selon la Fédération des Elu-es Vert-es et Ecologistes (FEVE). La FEVE se félicite également de la capacité de Linky à mieux intégrer les productions domestiques d’énergie (éoliennes, panneaux solaires ou autres outils de production à domicile ou en entreprise) dans les réseaux électriques.

Si l’utilité et la nécessité du compteur sont peu remises en question, le sujet de la confidentialité des données qu’il récoltera est en revanche sensible. Qu’en adviendra-t-il ? Seront-elles partagées à des sociétés commerciales sans l’accord du consommateur ? Sur ce point, l’UFC Que Choisir se veut rassurante : « Les données (…) qui permettraient de déduire vos habitudes de vie (à quel moment vous allumez la lumière, vous branchez le chauffage ou les machines à laver…), ne peuvent être transmises à votre fournisseur d’électricité, sauf consentement expresse de votre part. »

Pour l’ANSES, les émissions de Linky comparables à celles d’une télévision

Mais la controverse la plus médiatique porte sur la dangerosité des émissions des compteurs Linky. Il ne se passe pas un jour sans que la presse régionale se fasse l’écho de nouvelles manifestations de protestation, organisées dans nos régions par des collectifs persuadés de la toxicité des ondes électromagnétiques émises par le compteur. Pourtant, écartée par l’Agence nationale des Fréquences (ANFR), la possibilité de risques pour la santé posés par le compteur a aussi fait l’objet d’un démenti de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME). Cette dernière explique en effet que « l’information circule par le biais de câbles électriques, sans augmentation des champs électromagnétiques dans le logement par rapport à la situation actuelle ».

Ce jeudi 15 décembre, le Parisien dévoilait les grandes lignes d’un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES), parvenant aux mêmes conclusions. Forgé sur la base de toutes les études déjà publiées sur le sujet, l’avis de l’ANSES ajoute qu’il est « faiblement probable » que l’exposition aux champs électromagnétiques émis par ces compteurs communicants « engendre des effets sanitaires à court ou long terme ». Responsable de l’unité d’évaluation des risques physiques de l’Agence, Olivier Merckel ajoute que « les compteurs Linky sont à l’origine d’une exposition comparable à celle d’autres équipements électriques déjà utilisés dans nos maisons depuis de nombreuses années, comme la télévision, le chargeur d’ordinateur portable ou la table de cuisson à induction ». Afin de diffuser ses propres résultats, l’ANSES a commandé une batterie de mesures réelles au Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). Publication prévue dans les prochaines semaines.

Reste une question. Si les mesures du CSTB invalident une nouvelle fois les arguments des anti-Linky, ces derniers désarmeront-ils ? Pas sûr. Pour Jérôme Cicile, élu communal en région PACA,  la défiance profonde vis-à-vis des compteurs communicants s’explique par « l’arrivée massive du numérique et de l’intelligence artificielle dans la vie des Français qui, si elle est brutale ou mal préparée, peut effectivement susciter des craintes, encore amplifiées par le brouhaha des réseaux sociaux ». Une peur largement irrationnelle à en croire la communauté scientifique, contre laquelle les arguments rationnels, même empilés à l’infini, pourraient bien s’avérer impuissants.

T. Legrand

Suivez toute l'actualité sur ce sujet et sur le développement durable avec le flux RSS

GD Star Rating
loading...

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !