NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

L’Allemagne sortira progressivement du nucléaire à partir de 2020

L'Allemagne sortira progressivement du nucléaire à partir de 2020
La pression d'une opinion publique bouleversée par l'accident de Fukushima 1 et sans doute des considérations électoralistes ont amené Angela Merkel a annoncé la sortie progressive de l'Allemagne du nucléaire à l'horizon 2020. Un virage « vert » qui n'a assurément pas fini de faire parler de lui...

Manifestement moins attachés que la France à l’énergie atomique, nos voisins d’outre-Rhin viennent d’annoncer une remise à plat complète de leur politique énergétique dont les conséquences devraient être considérables.

L’accident de Fukushima 1 (Japon) – où les techniciens de TEPCO (Tokyo Electric Power COmpany) peinent toujours, près d’un mois après le tremblement de terre et le tsunami et au péril de leur vie,  à reprendre la main – a suscité un émoi considérable outre-Rhin.  Face aux pressions d’une opinion publique déjà très sensibilisée aux questions énergétiques, la chancelière Angela Markel a dans les heures qui ont suivi le début de la catastrophe nippone décrété un moratoire de trois mois sur les sept réacteurs construits avant 1980. Le principe de précaution n’explique sans doute pas tout : se profilaient en effet des élections régionales délicates pour la CDU et qui ont finalement – ce n’est certainement pas un hasard – tourné à l’avantage d’une coalition vert-rouge dans le land du Bade-Wurtemberg.

Forts du soutien de millions de leurs concitoyens, les écologistes allemands n’ont cessé de taper du poing sur la table depuis trois semaines, réclamant notamment la fermeture immédiate de la centrale atomique française de Fessenheim (Haut-Rhin), issue à laquelle les cantons suisses du Jura, de Bâle-ville et de Bâle-campagne ainsi que le Conseil régional de Franche-Comté, tous distants de quelques dizaines de kilomètres, sont eux aussi favorables.

Usant parfois d’une rhétorique franchement borderline, l’Élysée n’a de son côté de cesse de proclamer son attachement à l’énergie nucléaire, il est vrai dans les petits papiers de tous les dirigeants français depuis cinq décennies, et n’a pas souhaité aller plus loin qu’une inspection minutieuse des dix-neuf unités hexagonales, une entreprise pilotée par l’Agence de sûreté nucléaire (ASN) et complétée par les fameux stress tests européens.

« Le risque résiduel est trop élevé pour justifier la poursuite de l’énergie nucléaire »

L’Allemagne, elle, a tiré d’autres enseignements du drame de Fukushima 1 et a pris une décision radicale en décrétant la fermeture des huit centrales les plus anciennes du pays d’ici la fin de l’année. Celles-ci « ne seront jamais réactivées et les neuf autres restantes seront fermées d’ici la fin de la décennie », a indiqué le sous-ministre de l’Environnement Juergen Becker, selon lequel « le Japon a montré que même s’il y avait une occurrence très faible, le risque résiduel est trop élevé pour justifier la poursuite de l’énergie nucléaire ». « Il est préférable de se diriger vers d’autres services énergétiques », a-t-il ajouté. Des propos qu’ont dû apprécier les responsables d’Europe Écologie-Les Verts (EELV), lesquels militent eux aussi pour une sortie piano du nucléaire et dont la stratégie diffère de celle défendue par leurs homologues du Parti socialiste, mais qui s’en seraient sans doute encore plus délectés s’ils avaient été prononcés par Nicolas Sarkozy.

Le renoncement gouvernemental n’est cependant pas du goût des compagnies électriques du pays, RWE et E.ON pour ne citer qu’elles. Il signifie il est vrai des investissements annuels compensatoires de l’ordre de centaines de millions d’euros annuels. Berlin risque fort de devoir les débourser sous forme de dommages et intérêts et sera également contraint d’importer massivement de l’électricité, dommage collatéral souligné par le co-directeur de la Commission d’éthique pour un Approvisionnement sécurisé en Énergie Matthias Kleiner dans une interview accordée en début de semaine à nos confrères du Financial Times Deutschland. Ladite commission devra en outre rendre un rapport fin mai, avec l’objectif complexe de « parvenir à une stratégie énergétique nationale qui serve de ligne de conduite pour les décennies à venir et qui sera acceptée par la société dans son ensemble ».

D’ordinaire exportatrice nette d’électricité, l’Allemagne a d’après la Fédération allemande de l’Énergie et de l’Eau (BDEW) déjà doublé ses importations en provenance… des centrales atomiques françaises depuis le 17 mars et l’interruption des activités des sept réacteurs précités (NDLR : deux réacteurs supplémentaires ont depuis été eux aussi mis à l’arrêt, l’un pour maintenance et l’autre en raison de pannes récurrentes). Il y a de fait fort à parier que Fessenheim et consorts seront davantage encore mises à contribution dans les mois qui viennent.

Une équation complexe

« Il faut être prêt à changer de cap », a déclaré dimanche à l’occasion de l’inauguration de la Foire industrielle de Hanovre Mme Merkel, qui ne bluffait donc pas et a signé un rétropédalage spectaculaire après l’officialisation pas plus tard qu’à l’automne dernier d’une prolongation de la durée de vie des centrales allemandes.

Sans doute motivée en partie par des considérations électoralistes, la volte-face ne fait toutefois pas que grincer les dents des fleurons nationaux de l’énergie. Le patron du Syndicat de la Chimie, de la Construction et de l’Énergie (IG-BCE) Michael Vassiliadis a ainsi jugée totalement « totalement irréaliste » une sortie brutale du nucléaire, synonyme à ses yeux de « nouvelle chance pour les centrales au charbon », dont il faut rappeler qu’elles sont toujours très solidement implantées de l’autre côté du Rhin. L’abandon progressif de l’atome, par ailleurs voté par la coalition écolo-communiste alors au pouvoir en 2000, rend de surcroît plausible une démission du ministre de l’Économie Rainer Brüderle, pas du tout en phase avec Mme Merkel sur ce dossier et qui doute que son pays soit mûr pour un tel virage, quand bien même trois cent trente mille personnes travaillent aujourd’hui dans le secteur des énergies renouvelables.

Un secteur en pleine expansion mais qui, pour que l’Allemagne s’affranchisse définitivement de la tutelle du charbon, devra faire l’objet d’une impulsion politico-économique sans précédent. La menace d’une crise gouvernementale couve. Elle n’est cependant qu’épiphénoménale au regard de la révolution qui s’ouvre. Celle-ci suppose des investissements considérables à court terme. Le pari lancé par Mme Merkel, quelles que puissent être ses arrières-pensées, pourrait néanmoins s’avérer payant d’ici quelques décennies.

Officialisée en juin dernier par l’Agence fédérale de l’environnement, la volonté étatique de produire l’intégralité de l’électricité allemande à partir de sources « vertes » à l’horizon 2050 n’était donc pas qu’un feu de paille. La réalisation de cette ambition passe par de grands bouleversements. Une sorte de new deal écologique dont Berlin vient de jeter les bases. Reste maintenant à savoir s’il n’intervient pas trop tôt.

Crédits photos : flickr – World Economic Forum / Bjoern Schwarz / Kristina D.C. Hoeppner
Suivez toute l'actualité sur ce sujet et sur le développement durable avec le flux RSS

GD Star Rating
loading...

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

  • daniel d

    S’il s’agit effectivement de remplacer les centrales nucléaires par des éoliennes et du photovoltaïque, bravo, mais je doute que cela puisse se faire si rapidement et en tout état de cause ce ne sera pas indolore…
    Mais s’il s’agit d’ouvrir de nouvelles centrales thermiques au charbon ou au fuel, ou s’il s’agit de pomper l’électricité des centrales nucléaires françaises, il y a de quoi ruer dans les brancards car cela dénoterait une forme d’incohérence dans la démarche et, pour tout dire, reflèterait un national-écologisme assez peu ragoutant…Le fait, que vous rapportez,d’importer massivement de l’électricité “nucléaire” française depuis 1 mois ne semble guère troubler les Grünen dont chacun a déjà pu observer qu’ils ne (se) manifestent que lorsqu’un convoi ferroviaire chargé de déchets revient de la Hague vers Allemagne, mais jamais dans le sens inverse…