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Japon : toujours pas d’amélioration sensible à la centrale de Fukushima 1

Japon : toujours pas d'amélioration sensible à la centrale de Fukushima 1
La menace d'une catastrophe nucléaire majeure reste élevée au Japon, même si contrairement à hier des hélicoptères ont pu déverser de l'eau au-dessus de la piscine de stockage de combustibles du réacteur 4 de la centrale de Fukushima 1

Si la menace d’une catastrophe nucléaire d’une gravité comparable à celle de Tchernobyl (Ukraine) ne saurait être écartée, des hélicoptères Chinook CH-47 de l’armée japonaise ont réussi ce qui était impossible hier en raison de la radioactivité trop importante autour de la centrale de Fukushima 1 : déverser de l’eau sur les réacteurs 3 et 4.

À l’heure où nous écrivons ces lignes, quelque trente mille litres d’eau (sept mille cinq cents par largage, soit environ sept mètres cube) ont déjà été déversés à moins de cent mètres d’altitude. Une opération des plus périlleuses compte-tenu des radiations mais devenue incontournable eu égard à l’inquiétant nuage de particules qui s’échappe du site depuis de longues heures et au fait que la piscine de stockage des combustibles du réacteur 4 était à sec. L’opérateur de la centrale, Tepco (Tokyo Electric Power Company), envisage par ailleurs toujours d’utiliser un camion-citerne équipé d’une lance à eau, là encore pour refroidir les barres de combustible usés et les réacteurs qui menacent d’entrer en fusion. Jamais tentée jusque là, cette initiative pourrait toutefois de l’avis de certains experts déclencher un nouvel incendie… Une grande partie de l’opinion publique mondiale s’interroge également sur l’absence de recours aux fameux Canadair, susceptibles de transporter des quantités d’eau autrement plus importantes. Autre question capitale : les hélicoptères envoyés sur place sont-ils en nombre suffisant ?

L’Agence japonaise de sûreté nucléaire a pour sa part indiqué que le niveau de radioactivité était en baisse autour de Fukushima 1, privée de courant depuis le séisme depuis vendredi, ce qui complique singulièrement la tâche déjà à très haut risque des techniciens présents sur place.

Paris et Washington ont aussi apporté leur aide. Un drone américain va en effet survoler la centrale pour suivre au plus près l’évolution de la situation et Barack Obama a proposé de dépêcher sur place de nouveaux experts nucléaires. Numéro un mondial du secteur, le groupe Areva a quant à lui affrété un avion spécial avec à son bord quatre-vingt quinze tonnes d’acide borique (NDLR : élément chimique permettant de réduire l’intensité des réactions nucléaires) et du matériel de protection tandis que, face au risque de catastrophe nucléaire, la sécurité civile française s’est repliée à trois cent cinquante kilomètres au nord du port de Sendai, l’une des villes les plus touchées par le tremblement de terre et le tsunami qui en a découlé.

Un accident évitable ?

On l’a dit et il faut le répéter : le risque d’un cataclysme atomique sans précédent n’en demeure pas moins plus que jamais d’actualité et le déploiement d’hélicoptères au-dessus de la centrale de Fukushima 1 s’apparente aux dires de nombreux spécialistes à un acte désespéré, d’autant que le volume de la piscine de stockage est d’un millier de mètres cubes. Il faudrait donc procéder à plus de cent quarante largages pour la remplir. « Il va falloir trouver des  moyens d’approvisionnement plus pérennes et plus robustes. Le rétablissement de électricité dans la centrale (NDLR : hypothèse jugée réaliste par l’Agence japonaise de sûreté nucléaire, selon laquelle le courant pourrait revenir dans la journée) pourrait permettre de réactiver des pompes pour véhiculer de l’eau sur le site. Reste à savoir si elles sont encore opérationnelles », a ajouté le directeur des centrales nucléaires à l’Agence française de sûreté nucléaire (ASN) Thomas Houdré tout à l’heure au micro de BFM TV.

De leur côté nos confrères du Telegraph sont parvenus à se procurer des câbles diplomatiques américains interceptés par Wikileaks, et il apparaît désormais que l’accident aurait peut être pu être évité. L’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) a ainsi averti le Japon en décembre 2008 qu’une secousse tellurique importante pouvait poser un « problème sérieux » aux centrales du pays.

Les autorités nippones avaient été invitées à renforcer les mesures de sécurité sur et autour des sites et un expert de l’Agence s’était notamment ému du fait que les centrales n’avaient été conçues que pour supporter des séismes de magnitude 7 (NDLR : rappelons que celui de vendredi, vraisemblablement le plus important de toute l’histoire du Japon, a atteint le niveau 9 sur l’échelle de Richter). Selon ce document, ledit responsable a en outre indiqué aux membres du G8 que « les normes concernant la sécurité nucléaire n’avaient été révisées que trois fois en trente-cinq ans » et que « des séismes récents avaient dans certains cas été au-delà des limites prévues pour certaines centrales ». Las ! La réponse de Tokyo, à savoir la mise en place d’un centre de réponses aux urgences sur le site de Fukushima 1, n’a pas été assortie des réajustements prônés par l’AIEA.

Des particules radioactives en France métropolitaine ?

Capitale fantôme hier, Tokyo est en partie revenue à la vie et d’après les envoyés spéciaux et les correspondants français les Japonais font face au drame avec une dignité qui frappe le monde occidental. Les décideurs français, eux, n’hésitent plus à parler de « catastrophe » et ont mis à disposition des ressortissants hexagonaux deux avions gouvernementaux pour procéder à une évacuation vers la Corée du Sud.

À noter également que des députés et des sénateurs réunis en commission spéciale hier ont débattu avec la ministre de l’Écologie Nathalie Kosciusko-Morizet, son collègue de l’Énergie Éric Besson, la présidente d’Areva Anne Lauvergeon, laquelle a parlé d’« urgence absolue » et l’administrateur général du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) Bernard Bigot.

Interrogée sur la perspective de retombées radioactives sur le territoire national, « NKM » est restée fidèle à la stratégie de transparence qu’adopte le gouvernement depuis plusieurs jours : « si on va au bout du scénario catastrophe, il peut y avoir des retombées (radioactives) dans une large partie de l’hémisphère nord, y compris dans de petites proportions en France métropolitaine ». « À ce stade, aucune retombée radioactive aussi lointaine ne peut être envisagée sur la base des événements actuels », a néanmoins tempéré « NKM », qui a assuré que « les alertes nécessaires seraient données s’il y avait lieu ». « Les retombées seraient mesurées et rendues publiques en toute transparence », a enfin déclaré la ministre.

Si les responsables de l’ASN n’ont noté ni dégradation ni amélioration sensible de la situation à Fukushima 1 lors de leur dernier point presse, le gouvernement français paraît en tout cas avoir pris la mesure de la gravité de la situation. En cas de nuage radioactif majeur, il n’exclut en effet pas que celui-ci puisse toucher, même en quantités infimes, la France métropolitaine. La musique était toute autre après l’accident de Tchernobyl. Il y a vingt-cinq ans, les autorités de l’époque avaient tenté de faire croire que les retombées radioactives s’étaient arrêtées aux frontières. Des enseignements de l’inconséquence passée ont été tirés. Puisse le Japon faire de même avec ses centrales.

Crédits photos : Wally Santana (Associated Press) / Wally Santana (Associated Press) / Asahi Shimbun (Reuters)
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  • vtourisme

    Comme souvent, les avertissements ne sont pas pris en compte !

  • dk

    Comment ne pas admirer le courage des pilotes et de tous ceux qui tentent l’impossible.
    Merci à zegreenweb pour la qualité des articles couvrant cette catastrophe.

  • hyper ecolo

    Comme toujours même…
    Et merci beaucoup en effet pour ces articles de qualité !