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L’exploitant de la centrale nucléaire de Fukushima 1 (Japon), où les équipes de secours mesurent chaque jour un peu plus l’ampleur de la tâche qui leur incombe, a connu une fin de semaine pour le moins éprouvante.
Les dégâts sur les réacteurs 1, 2 et 3 sont plus graves que prévu, rendant hautement douteuse la concrétisation des objectifs que TEPCO s’est fixé dans son nouveau plan de sortie de crise. Celui-ci prévoit un refroidissement des turbines à partir d’un nouveau dispositif dont la mise en place nécessitera plusieurs semaines et qui doit permettre de faire circuler en permanence (après collecte et filtrage) l’eau qui se trouve déjà sur le site. L’« arrêt à froid » desdites turbines, lui, reste envisagé pour janvier prochain mais de nombreux spécialistes doutent que l’exploitant puisse tenir cet engagement.
Plus de deux mois après le tremblement de terre et le tsunami à l’origine de l’accident, des ouvriers ont enfin pu investir les réacteurs 1, 2 et 3 la semaine dernière et les dommages qu’ils ont constatés font effectivement craindre le pire. Autre mauvaise nouvelle : selon des documents internes mis au jour par nos confrères du quotidien nippon Japan Times, la fusion du réacteur 1 pourrait être due à une erreur humaine. Ou plus exactement l’employé de TEPCO incriminé a respecté un cahier des charges dont tout porte à croire qu’il n’était pas adapté à une catastrophe naturelle majeure… L’hypothèse apparaît très réaliste au regard de la conception-même de la centrale, dont on sait qu’elle a été pensée en mésestimant grandement le risque d’hypertsunami. Un comble dans la mesure où elle a été construite au bord de cet océan Pacifique qu’elle a sans doute contaminé pour des décennies…
Pour TEPCO, compagnie d’électricité fondée en 1951 et opacité oblige plutôt respectée jusqu’aux événements postérieurs au 11 mars – jusqu’à ce que ses erreurs de gestion passées et autres manipulations à l’origine du départ de l’ensemble de son ancienne direction en 2002 ne reviennent sur la place publique -, la Roche tarpéienne est très proche du Capitole. Les dernières révélations plaident pour une attente anxieuse des experts de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), lesquels arrivent demain au Japon et procéderont à un passage en revue complet jusqu’au 2 juin prochain.

Le PDG va s’en aller
On commençait à en douter mais la logique devrait par ailleurs prévaloir avec le départ du PDG longtemps porté disparu Matasaka Shimizu. Ce dernier, en poste depuis 2008, avait déjà provisoirement lâché les rênes dans les jours qui ont suivi le drame, invoquant a posteriori des problèmes de santé qui ont nécessité une hospitalisation, et doit être remplacé par Toshio Nishizawa. La décision doit toutefois encore être confirmée lors de la prochaine assemblée générale du groupe, qui aura lieu fin juin dans une atmosphère que l’on peut supputer irrespirable.
« Le public a perdu confiance dans l’énergie nucléaire », a concédé M. Shimizu. « Nous avons jugé que la direction devait en prendre toute la responsabilité », a-t-il ajouté. Le directeur général adjoint Sakae Muto devrait lui aussi quitter son poste. Un double changement qui s’explique par le déficit stratosphérique de TEPCO, qui a accusé une perte nette de dix milliards neufs cents millions d’euros lors du dernier exercice (avril 2010-mars 2011), la pire de l’histoire pour un groupe japonais non financier.
Avant l’accident de Fukushima, la future-ex direction escomptait un bénéfice net annuel de cent dix milliards de yens (environ un milliard d’euro). Elle en est désormais à émettre « des doutes substantiels sur (sa) capacité à continuer de fonctionner », relançant de facto la thèse de la mise en faillite. En attendant la compagnie s’est engagée à céder pour six cents milliards de yens (environ cinq milliards deux cent quarante millions d’euros) de biens immobiliers, titres financiers et autres actifs et à économiser cinq cents milliards de yens (quatre milliards trois cent soixante-cinq millions d’euros), à travers notamment une diminution de son champ d’activité, un renoncement à son projet de construire deux nouveaux réacteurs à Fukushima et des réductions de salaires qui pourraient être fraîchement accueillies.
Un régime sec qui démontre que Tokyo estime qu’il y a plus urgent, vu les circonstances, que d’investir des milliards pour assurer la survie de TEPCO. Bien qu’ayant exclu une nationalisation, les autorités nippones risquent néanmoins de ne pas avoir le choix, l’action du groupe ayant dévissé de 83 % depuis le début de la crise et aucune prévision financière stable n’étant possible pour les mois à venir. L’opérateur est en outre largement discrédité auprès des investisseurs et les banques ont été priées de faire une croix sur les fonds prêtés et qui étaient en cours de remboursement.
Le pire pour finir : la contamination aux dires du député japonais Mito Kakisawa, qui le tient du responsable de l’Autorité japonaise de sûreté nucléaire Terasaka Nobuaki, de quatre mille neuf cent cinquante-six « liquidateurs ». Un chiffre impressionnant qui démontre autant l’insuffisance des combinaisons et des masques à gaz que l’extrême gravité de l’accident de Fukushima , véritable Tchernobyl du XXIe siècle. La totalité des intervenants auraient été examinés et il est à craindre que des milliers de riverains aient eux aussi été surexposés aux radiations, sachant qu’ils sont aujourd’hui trop dispersés pour espérer un recensement complet. TEPCO n’a pas fini de panser ses plaies. Le Japon non plus.

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