NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

Gaz de schiste : Total jette son dévolu sur la Pologne

Gaz de schiste : Total jette son dévolu sur la Pologne
Déçu par la décision des députés français d'interdire la fracturation hydraulique, le PDG de Total Christophe de Margerie a toutefois pu se consoler avec la signature vendredi d'un accord avec Exxon Mobil dans le cadre de l'exploitation des hydrocarbures de roche-mère en Pologne

Là-bas point de limite : comme en Algérie la fracturation hydraulique y est persona grata et ne devrait pas être interdite de sitôt. La Pologne abrite le premier potentiel continental en termes d’hydrocarbures de roche-mère et entend bien l’exploiter pleinement, quel que pourrait être le montant de la facture environnementale. Du pain béni pour le groupe pétrolier français…

Nul n’est prophète en son pays, pas même Total, dont on devine aisément que sa direction, bien qu’ayant pris le parti d’attendre le vote des sénateurs avant de réagir officiellement, a peu goûté l’adoption par l’Assemblée nationale de la proposition de loi du député UMP Christian Jacob. Passablement retoqué à la suite de son passage en commission et source de débats enflammésmais qui ne sont soldés par aucun rebondissement notable -, ce texte ne ferme cependant pas la porte à une exploitation à terme et en théorie dans les limites du raisonnable écologique des gaz de schiste en France. Il encourage la recherche scientifique et maintient somme toute l’essentiel des avantages législatifs dont disposent les industriels en n’instaurant pas les enquêtes publiques réclamées de concert par les associations de protection de l’environnement et les responsables d’Europe écologie-Les Verts (EELV). Au grand dam de ces derniers, il se borne en fait à cibler nommément la fracturation hydraulique, technique d’extraction en vigueur outre-Atlantique et dont les groupes pétroliers soutiennent, faisant ainsi sciemment abstraction de l’accumulation des études accablantes sur ses multiples dommages collatéraux, qu’elle est maîtrisée.

Même s’il n’a donc pas tout perdu et a in fine été plutôt ménagé par les députés, il s’agit tout de même là d’un revers majeur pour le groupe Total. Ses ingénieurs vont devoir faire chauffer leurs neurones pour proposer une alternative recevable. À moins que, comme le redoute le député de Paris Yves Cochet (EELV), le fleuron national ne se contente de jouer sur les mots et les carences objectives de la nouvelle loi pour tromper son monde…

gaz de schiste pologne total

Exxon Mobil également dans la boucle

En attendant il a les yeux rivés sur la Pologne, Varsovie ayant de son côté poussé l’atlantisme jusqu’à faire la courte échelle à l’exploitation des gaz de schiste indépendamment des nouveaux éléments à charge. Le Premier ministre polonais Donald Tusk ne pourra pas dire qu’il n’a pas été prévenu mais il ne sera pas non plus dit que tout n’a pas été fait pour que son pays accède ou a minima se rapproche de l’indépendance énergétique.

Sauf énorme surprise, l’accord signé vendredi dernier entre Total et Exxon Mobil devrait l’être avec la bénédiction du gouvernement. Il permet surtout à l’entreprise française, qui a réaffirmé « sa volonté de développement dans le domaine des gaz non-conventionnels, notamment en Europe » mais n’a pas révélé le montant de la transaction dans son communiqué, d’entrer à hauteur de 49 % dans les concessions d’exploration de Chelm (NDLR : bien qu’actuellement en cours d’évaluation, Exxon Mobil y a déjà procédé à un forage d’exploration ainsi qu’à des travaux d’acquisition sismique) et de Werbkowice, toutes deux situées à l’extrême sud-est du pays, dans le bassin de Lublin, et qui s’étendent respectivement sur mille cent soixante-deux et neuf cent quatre-vingt-quinze kilomètres carrés.

Les licences d’exploration, elles, courent sur cinq ans à compter de mars 2009 pour la concession de Chelm et de décembre 2008 pour celle de Werbkowice. Prudente, la direction de Total s’est engagée à assumer « ses responsabilités en matière de sécurité et de protection de l’environnement » et a promis qu’elle s’emploiera à « réduire l’impact de ses opérations sur l’environnement dans le cadre de son engagement en faveur du développement durable ».

Disposant déjà de deux permis d’exploration au Danemark, de six autorisations en Argentine et depuis décembre 2009 du droit d’acquérir 25 % de tout domaine minier nouveau acquis par son partenaire Chesapeake dans la zone des Barnett Shales (États-Unis), le groupe pétrolier poursuit ainsi son essor à l’étranger. Il ne désespère pas pour autant de convaincre de la pertinence de ses vues dans la mère-patrie, ainsi qu’en ont témoigné les propos de son PDG lors de l’assemblée générale de vendredi. C’est en effet un Christophe de Margerie particulièrement déterminé qui a appelé à « trouver une solution dans les années à venir pour pouvoir faire en France ce que même la Suède, même le Danemark, qui sont quand même des pays connus pour leur sensibilité environnementale, ont accepté ». Et de prévenir : « on va garder nos droits et puis faire en sorte qu’un jour les gens comprennent qu’on puisse faire de la fracturation hydraulique de manière propre. On reviendra sur la scène pour expliquer ». Au moins les choses sont claires…

Crédits photos : Wikimedia Commons – MEDEF / Ruhrfisch
Suivez toute l'actualité sur ce sujet et sur le développement durable avec le flux RSS

GD Star Rating
loading...

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

  • hyper ecolo

    Ou-la-la-la qu’est ce qui va encore nous tomber sur la tête… Il est pas net le Margerie…