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Ils ont voté « non » à 94 %. Un plébiscite dont les pouvoirs publics sud-coréens n’ont cependant pas tenu compte. Aux yeux d’une écrasante majorité des habitants du village de Gangjeong, lesquels verront leur quotidien chamboulé si d’aventure il devait être mené à bien, ce projet qui fait parler de lui depuis 2007 aura des conséquences irrémédiables pour l’écosystème. En appelant à la protection de l’environnement et au maintien de la paix, ses adversaires restent mobilisés. Les travaux, eux, se poursuivent…
Les cris se font de plus en plus forts, mais le gouvernement sud-coréen persiste à faire la sourde oreille et à refuser le dialogue. Le 7 mars dernier, mobilisant quelque huit cents kilos d’explosifs, la marine et Samsung Corporation ont ainsi commencé à dynamiter des roches de la façade côtière sud de l’île volcanique de Jeju – qui, pour la petite histoire, est devenue la seule province autonome du pays en juillet 2006… Des centaines d’opposants se sont retrouvés sur place le lendemain pour protester contre le franchissement de cette étape essentielle, treize mois après le coup d’envoi des travaux de construction de la base, qui une fois achevée sera à même d’accueillir vingt navires de guerre et deux bateaux de croisière.
Ils ont pris du retard en raison de la très forte opposition locale, laquelle s’est surtout traduite par des installations de campements sur ou aux abords des zones de construction et par des poursuites judiciaires, mais les autorités sud-coréennes (qui ont indiqué que les propriétaires fonciers ont été indemnisés) semblent désormais avoir les choses bien en main. Elles ont en tout cas montré toute leur détermination, la plupart des manifestants, en situation d’infériorité numérique et dont certains se sont jetés à l’eau pour tenter d’empêcher le dynamitage, ayant été arrêtés.
Les riverains n’ont toutefois peut-être pas tout perdu dans la mesure où l’opposition a signifié son hostilité à ce projet et pourrait obtenir la majorité à l’issue des élections législatives, qui se dérouleront ce mois-ci. En attendant, les citoyens et les activistes continuent de faire entendre leur voix et de diffuser à l’envi des posts sans ambiguïté sur Facebook.

« C’est comme perdre une partie du monde »
Cité par Globalvoicesonline.org, Imok Cha a livré un témoignage dramatique des événements du 7 mars : « Gangjeong est complètement bloquée par trois rangées de policiers […] L’autorisation d’utiliser les explosifs est valable cinq mois. Il paraît que le processus de démolition se fera par phases […] Pour cette explosion, ils ont creusé un trou de 4,5 mètres de profondeur. Comment en sommes-nous arrivés à tout cela »? Et Sung Hee-Myoung de résumer l’état d’esprit des « rebelles ». À ses yeux, « c’est comme perdre une partie du monde. Nous devons nous intéresser à ce qui est en train de se passer. Ce n’est pas un problème insignifiant comme l’herbe du voisin : nous sommes en train de parler d’une île qui se trouve sur Terre, cette Terre qui nous appartient à tous !»
Une pétition internationale a par ailleurs été mise en ligne et ses signataires pensent aussi que la construction de la base base navale, en plus de se faire au coeur d’un véritable joyau classé au patrimoine de l’UNESCO et au détriment de la biodiversité, aggravera les tensions avec le tout-puissant Empire du Milieu. Plus largement, l’équilibre de la région Asie-Pacifique pourrait être menacé et l’île risquerait de devenir « la cible première des représailles militaires », résume le texte.
Un autre argument de poids contre un projet qui suscite également les foudres du gouverneur de la province de Jeju, Woo Keun-min, qui plaide pour une audience publique, et de l’acteur américain Robert Redford. Comme dans le cadre du projet de barrage à Belo Monte (Brésil), des people se sont engagés et les réticences locales ne faiblissent pas. Et comme dans le cadre du projet de barrage à Belo Monte, le gouvernement n’en fait qu’à sa tête…

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