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En Allemagne, les défenseurs du nucléaire ne désarment pas

En Allemagne, les défenseurs du nucléaire ne désarment pas
Objet de plusieurs manifestations ces dernières semaines, la centrale nucléaire de Neckarwestheim (Bade-Wurtemberg) pourrait être l'une des premières d'Allemagne à cesser ses activités

Le tournant énergétique officialisé par Berlin au début du mois est globalement approuvé par nos voisins. Quand bien même leur portefeuille en prendrait un coup…

C’est une décision très spectaculaire, motivée à la fois par l’interminable catastrophe de Fukushima 1 (Japon) et les pressions conjointes d’une opinion publique particulièrement chatouilleuse sur toutes les questions ayant trait au nucléaire civil et de « Grünen » en pleine conquista électorale. Une décision également saluée par les écologistes de tous les pays et sans doute citée en exemple  de sagesse par Europe Écologie-Les Verts (EELV), Cap21 et les associations françaises de défense de l’environnement, tous favorables à une pause atomique ou tout du moins à un abandon piano dont Nicolas Sarkozy a très tôt fait savoir qu’il n’en serait pas question.

Bien qu’annoncée peu après un moratoire de trois mois sur les sept réacteurs allemands construits avant 1980, la sortie progressive de notre voisin de l’énergie nucléaire à compter de 2020 a pris de court bien des observateurs, lesquels avaient en mémoire la prolongation en fin d’année dernière de la durée de vie de toutes les centrales du pays et ont eu le temps de croire à une arlésienne. Impensable il y a encore six semaines, cette volte-face fera date dans le deuxième mandat d’Angela Merkel, devenue Dame de fer aux yeux des géants de l’électricité E.ON et RWE et Dame de velours à ceux des « Anti-Atom », et suppose surtout l’élaboration d’une nouvelle stratégie énergétique, avec en toute logique un développement plus soutenu des technologies propres. Elle doit toutefois encore être actée par le Parlement le 17 juin prochain.

La majorité des Allemands souhaitent un renoncement rapide

En attendant, pas un jour ne passe sans que nos confrères d’outre-Rhin n’évoquent ce virage historique… et que le lobby du nucléaire ne s’alarme de son coût. « Il espère ainsi faire pression sur les décideurs pour que la date d’extinction de la dernière centrale intervienne le plus tardivement possible », relate la correspondante des Dernières Nouvelles d’Alsace à Berlin. L’Allemagne peut-elle supporter financièrement une telle restructuration énergétique, sachant que les importations en provenance des centrales nucléaires françaises – dont bien sûr celle de Fessenheim (Haut-Rhin), dont les Grünen réclament la fermeture immédiate – ont déjà considérablement augmenté ces dernières semaines ? Non, estiment de nombreux partenaires européens dont la France et les fournisseurs d’électricité allemands.

Le PDG de l’un d’entre eux, qui a souhaité garder l’anonymat, a par ailleurs tablé sur une hausse de 70 % de la facture énergétique de nos voisins l’an prochain, soit une majoration moyenne mensuelle de l’ordre de dix-huit euros. Un montant très supérieur à celui estimé par le ministère de l’économie, qui de son côté mise sur une augmentation mensuelle d’un euro cinquante. De toute façon, « 60 % des Allemands veulent qu’on abandonne le nucléaire le plus rapidement possible, y compris si cela doit signifier des hausses de prix ou d’impôts », rapporte notre consoeur.

A priori inévitables, celles-ci devront compenser le refus de EnBW, E.ON, RWE et Vattenfall de s’acquitter de la taxe sur le combustible nucléaire, qui représentera un manque à gagner estimé à deux milliards trois cents millions d’euros par an, et les investissements en faveur des énergies propres. La métallurgie, elle, sera subventionnée pour compenser la hausse des prix.

Des bouleversements majeurs sont donc à prévoir mais ni la chancelière ni la plupart de ses concitoyens ne semblent disposés à y renoncer, quel qu’en sera le prix. Dans le camp adverse, même s’ils continuent de jouer leur partition, les industriels et les pro-nucléaires se disent sans doute déjà qu’ils ont perdu la partie. Le contexte général leur est trop défavorable pour qu’ils puissent encore croire à un nouveau revirement étatique.

Il serait cependant dommage que leur défaite soit aussi synonyme d’une prolifération de ces centrales au charbon dont l’Allemagne regorge.

Crédits photos : Wikimedia Commons – Thomas Springer / Roman Eisele
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  • daniel d

    Le prix à payer ne se traduira pas seulement par une augmentation de la facture des entreprises et des particuliers allemands. Nous devrions effectivement assister à la construction de nouvelles centrales au charbon et au gaz et à une accélération des importations en provenance des centrales nucléaires françaises…Les Ecolos allemands sont d’abord allemands puis écolos, c’est sans doute la raison pour laquelle ils insistent sur la nécessité selon eux de fermer Fessenheim -la centrale la plus proche de leur territoire- et sont moins tatillons sur nos autres centrales plus éloignées géographiquement…D’ailleurs de mémoire d’écologistes, on n’a jamais vu de Grünen allemands manifester contre l’envoi de leurs déchets à la Hague, mais sans doute préfèrent-ils garder leurs forces pour bloquer les convois de retour ?!

    On pourrait dire que vis à vis de la France les Allemands agissent en matière de nucléaire comme les Italiens agissent en matière d’immigration.

  • jf

    C’est un sacré virage qu’ils sont en train d’entreprendre, assez soudain surtout!