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En Allemagne, la sortie du nucléaire coûterait 1 700 milliards d’euros

La sortie du nucléaire décidée l'an passé par Angela Merkel pourrait avoir un coût financier vertigineux

Une estimation très nettement supérieure à celles réalisées précédemment. Et qui témoigne des difficultés à évaluer l’impact financier d’une sortie du nucléaire

Mille sept cents milliards d’euros. C’est le montant astronomique de la facture dont Berlin s’acquittera au pire des cas pour avoir décidé de démanteler l’ensemble des centrales nucléaires du pays à l’horizon 2022, affirme la direction de Siemens. En septembre, la multinationale allemande a elle aussi décidé de faire une croix sur l’atome, et bien lui en a pris si l’on en croit son évaluation.

Si Siemens n’est évidemment pas l’Évangile, l’entreprise sait a priori de quoi elle parle. Aussi, quand le responsable de son département Énergie (et membre du directoire) Michael Süss confie à nos confrères de Reuters qu’elle a « calculé qu’il faudra investir de mille quatre cents à mille sept cents milliards d’euros dans le secteur de l’énergie allemand au cours des vingt années à venir » et que ledit investissement sera supporté « soit par la clientèle, soit par le contribuable », l’information ne peut que faire l’effet d’une bombe. Et donner du grain à moudre aux pro-atome – ou « nucléocrates », comme les surnomment leurs adversaires écologistes -, qui depuis l’accident de Fukushima en mars dernier ne cessent d’invoquer entre autres le prix financier d’un « sabordage nucléaire » pour justifier le maintien en activité des centrales, tout du moins celles que les experts jugent aptes.

Rappelons que l’électricien allemand RWE avait il y a quelques semaines évalué le coût d’une sortie du nucléaire entre deux cent cinquante et trois cents milliards d’euros, sans toutefois prendre tous les éléments en considération ni avancer de données temporelles. Siemens, elle, a intégré dans sa réflexion à la fois le remplacement des unités atomiques par d’autres moyens de production, l’aménagement et le réaménagement des réseaux ainsi que le démantèlement des centrales existantes. On accordera donc davantage de crédit à ses travaux qu’à ceux réalisés par l’opérateur.

Trois fois plus cher en France ?

Faut-il pour autant chiffrer le coût d’un arrêt des cinquante-huit réacteurs nucléaires que compte la France entre quatre mille deux cents et cinq mille cents milliards d’euros, étant entendu que l’atome a une part trois fois plus importante dans le bouquet énergétique hexagonal que dans le mix allemand ? Pas nécessairement si l’on en croit Colette Lewiner, directrice internationale du secteur Énergie et Utilities chez Capgemini, interrogée par nos confrères du Figaro la semaine dernière et qui souligne que, « d’un pays à l’autre, chaque politique énergétique sera différente ». « Dans le cas de la France, il faudrait évaluer précisément le poids financier de l’investissement dans des énergies de substitution et dans l’adaptation du réseau », explique-t-elle, tout en insistant sur la difficulté à « calculer exactement à une échéance précise le coût de la sortie du nucléaire » : « Le poste très important que représente le démantèlement des réacteurs varie très sensiblement en fonction de la stratégie de démantèlement et de la durée des opérations, qui peuvent courir sur plusieurs dizaines d’années ».

L’estimation de Siemens n’en demeure pas moins un coup dur pour les anti-nucléaire selon lesquels le statu quo énergétique serait aussi onéreux qu’une éviction de l’atome du panache énergétique. Même s’il faut attendre les résultats de l’audit de la Cour des Comptes sur le coût de la filière, qui seront rendus publics le 31 janvier prochain, il semble qu’il y ait vraiment de quoi douter de la véracité de cette allégation.

Crédits photos : Wikimedia Commons / Kuebi – Lothar Neumann
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