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Economie maritime : la France face à ses atouts

Dans son rapport de 2016, l’OCDE estime que le secteur maritime pourrait représenter un chiffre d’affaires mondial de 3 000 milliards de dollars en 2030, contre 1 500 milliards en 2011. En France, la mer fait aujourd’hui plus que jamais figure de levier de croissance et s’inscrit, avec la montée des énergies marines renouvelables, comme une alternative providentielle aux énergies fossiles.

Un potentiel énorme mais encore trop peu exploité

Le 10 octobre, la métropole de la ville de Brest a profité de la Sea Tech Week, la semaine internationale des sciences et technologies de la mer, pour lancer le Campus mondial de la mer. L’objectif de cette initiative est de rassembler universités, entreprises et centres de recherche afin de développer l’économie maritime durable et de faire de la Bretagne l’épicentre d’une filière française au potentiel énorme. Le réseau compte déjà 200 structures, laboratoires et PME, prêtes à travailler de concert pour transformer la mer en opportunités, aussi bien économiques que technologiques et énergétiques. « Si on ne réunit pas nos forces, on peut très rapidement être déclassés » sur la scène internationale, a déclaré Eric Vandenbroucke, directeur du Technopôle Brest-Iroise, à la presse. Une crainte légitime au regard de la concurrence qui sévit dans le secteur maritime à l’échelle mondiale.

Si la France dispose, avec plus de 11 millions de kilomètres carrés marins sous sa juridiction, de la deuxième zone économique mondiale juste après les Etats-Unis, elle pâtit d’un manque de vision de la part des politiques vis à vis de son potentiel maritime qui empêche bien souvent d’accélérer sur ce terrain. Au même moment, des pays comme la Chine ont fait de la politique marine leur priorité en investissant massivement dans ce secteur, prenant de l’avance sur une France qui peine encore à exploiter l’ensemble de ses capacités en matière maritime.

Aujourd’hui, la mer sert à faire transiter 90 % du commerce mondial. En France, l’économie maritime représente 3 % du PIB national, un niveau certes encore trop faible par rapport aux possibilités du pays mais qui démontre une marge de progression à venir considérable si les efforts sont portés dans la bonne direction. Des efforts doivent en effet être conduits pour notamment améliorer les infrastructures portuaires du pays ou faciliter les démarches administratives qui ralentissent et entravent bien souvent la mise en place de projets. La France doit désormais réfléchir et adopter une stratégie nationale pour la mer à la hauteur de son potentiel naturel et technologique, un programme qui l’engagera sur plusieurs décennies.

Retard dans l’éolien offshore

Alors que le gouvernement cherche à activer tous les leviers pour faire repartir l’économie, le secteur maritime offre à la France des perspectives de croissance bienvenues mais aussi un moyen supplémentaire pour réussir sa transition énergétique via le développement des énergies marines renouvelables (EMR). Si ces énergies propres ne comptent pour l’instant que pour 0,03 % de la production d’énergies renouvelables globale, ici encore le potentiel est considérable et pourrait représenter entre 100 % et 400 % de la demande mondiale en électricité, selon une étude menée par le cabinet EY.

Les EMR ont de nombreux avantages. En plus de n’engendrer aucune émission de gaz à effet de serre, elles permettent de produire de l’énergie en dépassant les limites imposées par l’espace au sol disponible en France pour implanter des installations énergétiques mais aussi réduire l’impact de ces dernières sur le paysage. Selon les environnements sollicités et les technologies employées, la production d’énergie marine renouvelable sort de l’intermittence symptomatique des énergies alternatives pour garantir une énergie disponible, constante, capable de participer à l’instauration d’une véritable indépendance énergétique.

Aujourd’hui, la France accuse un certain retard en matière d’éolien offshore posé, secteur qui par convention n’est pas pris en compte dans les énergies marines. Le pays n’a réalisé jusqu’à présent que le tiers des objectifs fixés par le “Grenelle de la mer” en 2009. Le gouvernement a lancé deux appels à projets qui ont permis de retenir six champs où doivent être développés des parcs éoliens offshore, avec une mise en service prévue à l’horizon 2020. Seulement, EDF Energie Nouvelles, qui pilote trois d’entre eux, voit actuellement l’avancée des projets perturbée par des associations opposées aux chantiers. Finalement, alors que l’éolien en mer nage actuellement en pleine inertie, la France semble vouloir miser sur l’éolien flottant ou encore l’énergie hydrolienne pour montrer ses capacités à innover et à faire des EMR une filière d’avenir.

La France prend de l’avance dans l’éolien flottant et les hydroliennes

Avec un potentiel de 6 gigawatts (GW) pour l’éolien flottant, la France est cette fois bien décidée à ne plus être à la traine et ambitionne même de jouer les locomotives en se plaçant à l’avant-garde de cette nouvelle industrie. « La France cherche à se positionner favorablement sur cette filière dès le démarrage et en amont des phases de développement technologique », explique Antoine Rabain, spécialiste en économie maritime au cabinet Mprime Energy, avant d’ajouter : « L’éolien flottant est une des priorités actuelles du gouvernement ». Contrairement à l’éolien posé qui doit se limiter à des turbines situées à proximité des côtes, les éoliennes flottantes peuvent être posées plus au large, une situation qui leur permet de profiter de vents plus constants.

La première éolienne flottante française, d’une puissance de 2 MW, sera mise en service en 2017 au large du Croisic, sur le site d’essais de l’École centrale de Nantes et marquera le lancement d’une filière dans laquelle la France peut jouer de sérieux atouts. « Les flotteurs des éoliennes ne peuvent être construits que par l’intermédiaire de chantiers navals et, dans ce domaine, nous avons des leaders » estime Marc Lafosse, expert en énergies marines.

L’énergie hydrolienne est également un domaine qui mobilise aujourd’hui de nombreuses ressources en France et permet à des acteurs comme EDF de s’illustrer et de faire valoir un savoir-faire technologique qui permet aujourd’hui à la filière de se lancer. Le 13 mai dernier avait lieu l’inauguration de la seconde hydrolienne d’un parc pilote développé par EDF Énergies Nouvelles dans les Côtes d’Armors. La première hydrolienne, située à Ouessant, avait été immergée par la société Sabella en 2015. « Le projet d’EDF et DCNS à Paimpol-Bréhat illustre l’excellence de notre industrie. » s’est alors enthousiasmée la ministre de l’Écologie. Encore une fois, le potentiel est à ne pas négliger, de l’ordre de 3 à 5 GW pour l’ensemble de la filière selon une étude de RTE.

Consciente de ses atouts en termes d’EMR, la France ambitionne d’installer 100 MW de capacités d’ici à 2023, hors éolien en mer posé. Des objectifs qui, une fois atteints, feront de l’Hexagone l’un des leadeurs mondiaux en matière d’énergie marine, de quoi écorner quelque peu l’image du pays en retard sur ses questions maritimes qui lui colle pour l’instant à la peau. En 2018, Cherbourg accueillera la plus grande conférence mondiale sur les EMR, l’occasion pour la Bretagne et l’ensemble du pays de faire le point sur les avancées effectuées et de continuer de travailler cette image à l’international en présentant des résultats concrets qui s’annoncent déjà prometteurs.

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