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Desertec : Trop gros pour être vrai ?

Desertec : Trop gros pour être vrai ?
Chantier pharaonique dont on ne saura que dans deux ans s'il est réalisable, Desertec mobiliserait quelque quatre cents milliards d'euros d'ici à 2050

Alors que le groupe français Saint-Gobain Solar est venu grossir les rangs des investisseurs, de nombreux experts s’interrogent sur la faisabilité du gigantesque programme solaire Desertec.

Véritable « utopie énergétique », Desertec vise rien de moins que 15 % de la couverture des besoins énergétiques du Vieux Continent d’ici à 2050. Son coeur géographique n’a jamais été rediscuté : si d’aventure ce projet qui laisse le profane optimiste rêveur et l’expert réaliste sceptique venait à se concrétiser, c’est dans le désert du Sahara et nulle part ailleurs qu’il prendra corps. Reste à définir où exactement, quelles seront ses ramifications et le plus difficile, à savoir s’accorder sur les modalités de financement, arrêter un cahier des charges, bref passer la vitesse supérieure.

Le plus dur reste à faire

En attendant, Saint-Gobain Solar a rejoint fin mars un club qui compte maintenant dix-sept partenaires, dont les deux poids lourds allemands de l’énergie E.ON et RWE, la Deutsche Bank, Siemens, le réassureur bavarois Re, l’Italien Enel et l’Espagnol Red Electrica - étant entendu que tous doivent encore préciser leur participation financière. Le groupe EDF, qui depuis la création de sa filiale Énergies nouvelles et plus récemment son importante contribution à la construction de la future centrale solaire de Toul ne fait plus mystère de son intérêt prononcé pour les énergies « propres », n’a par ailleurs pas exclu de rejoindre ce consortium européen.

Les sommes mobilisées à l’horizon 2050 ont été évaluées à environ quatre cents milliards d’euros – extensions à l’Espagne, à la Grèce, à la Sicile, au Moyen-Orient et agrément éolien le long de la côte marocaine et en mer Rouge compris – , soit l’équivalent de la construction de plusieurs dizaines de centrales nucléaires de nouvelle génération [NDLR : À elles seules, les méga-installations solaires coûteraient la bagatelle de trois cent cinquante milliards d'euros et le reste devrait être alloué à la construction d'un réseau sous-marin CCHT (Courant continu à haute tension) pour transporter l'énergie produite dans le nord de l'Afrique vers le Vieux continent]. Un chiffre astronomique qui explique pourquoi les responsables du dossier se sont donnés jusqu’à fin 2012 pour se prononcer sur la viabilité du plus grand dessein « renouvelable » de l’Histoire.

D’ici là, il faudra mobiliser les fonds, aboutir à une concorde géographique, s’affranchir des inévitables contraintes techniques (notamment trouver une solution pour réduire l’impact des vents de sable sur les panneaux) et tenir compte de la dimension géopolitique de Desertec, qui pourrait devenir le futur mastodonte énergétique de cette Union pour la Méditerranée (UPM) chère à Nicolas Sarkozy mais actuellement en déficit de soutiens.

Un projet qui divise

Cette idée folle est à mettre au crédit du TREC (Trans-Mediteranean Renewable Energy Corporation), un réseau mondial de scientifiques, de responsables et d’entrepreneurs qui s’en est entretenu avec la branche allemande de fameux Club de Rome, cénacle quadragénaire connu des écologistes pour avoir été le premier à mettre la notion de développement durable sur le devant de la scène. Le Centre allemand de recherche aérospatiale (DLR) a ensuite procédé à des études techniques financées par le Ministère allemand de l’Environnement, études qui ont conclu que l’ensemble des zones désertiques de la planète recevaient du soleil la quantité d’énergie consommée par l’humanité en un an… en moins de six heures (!)

Déjà appuyé par le gouvernement allemand et l‘Observatoire méditerranéen de l’énergie (OME), Desertec devrait être en mesure de produire environ cent gigawatts à travers vingt unités d’une puissance de cinq gigawatts chacune. Des milliers de miroirs paraboliques réfléchiront la lumière solaire vers des tours géantes remplies d’un fluide calorifique (huile, sel fondu) qui, chauffé, fera tourner les turbines à vapeur qui génèreront l’électricité.

Séduisante, l’idée ne fait cependant pas l’unanimité. Globalement soutenu par les associations, le projet suscite ainsi des critiques auprès du leader de l’énergie solaire outre-Rhin, Solarworld, qui a estimé que « construire des centrales solaires dans des pays instables conduit à une dépendance similaire à celle qui existe déjà vis-à-vis du pétrole ».

Instigateur de l’Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA), le député social-démocrate est un autre détracteur de poids de Desertec, lui qui a pointé « plein d’incertitudes », redoute « une très longue phase de mise en route » et critique le principe même d’exporter pareille quantité d’énergie renouvelable au détriment des pays producteurs. Un reproche très semblable aux accusations d’ « éco-colonialisme » entendues ça et là et dont il ne faudrait pas s’attendre à ce qu’elles se dissipent d’ici à fin 2012, pas plus que les interrogations sur le tarif de l’électricité, préjugé élevé.

La dépendance énergétique de l’Europe ne diminuera pas même si Desertec voit le jour, ce qui ne serait pas le cas des émissions de gaz à effet de serre (GES). Ses promoteurs ont en effet indiqué que quatre milliards sept cents millions de tonnes de CO2, c’est-à-dire six fois la production annuelle de l’Allemagne aujourd’hui, pourraient être économisées d’ici à 2050. Le développement économique, et toutes les conséquences bénéfiques qu’il suppose pour les populations locales, paraît quant à lui incontestable, et l’hypothèse de nouvelles collaborations entre de nombreux pays est plausible. Trois bonnes raisons de persister à y réfléchir.

Crédit photo : DESERTEC Foundation
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