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Ils ne pouvaient plus la contenir, aussi immense et légitime que la décision du Parlement ukrainien est scandaleuse. Trop c’est trop pour ces dizaines de milliers de survivants de l’Enfer à qui on a en quelque sorte demandé de vider la mer avec une petite cuillère et qui, après des travaux réalisés dans des conditions de sécurité déplorables et une reconnaissance pour le moins tardive, viennent de boire le calice jusqu’à la lie en se voyant retirer le peu d’estime officielle qu’ils avaient obtenu au forceps.
Des héros partis nettoyer ce qui pouvait ou devait l’être, l’horreur délirante de Tchernobyl (Ukraine), manifestation atomique de la sclérose de tout un système, qui pour nombre d’entre eux en souffrent encore gravement aujourd’hui mais qui n’ont plus droit à ce que les autorités ukrainiennes trouvent désormais superflu. Comme si leurs avantages sociaux n’avaient plus lieu d’être, comme si les effets de la radioactivité s’estompaient au bout d’un quart de siècle, comme si la rigueur budgétaire devait nécessairement passer aussi par des économies de bouts de chandelle…

Le Premier ministre Dmitri Medvedev en a décoré quelques-uns en avril dernier à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la catastrophe, un monument leur rend hommage non loin de la centrale, hors service depuis 2000, mais l’ingratitude règne en maîtresse du côté de Kiev. Un projet de loi visant notamment à abroger la gratuité des soins médicaux de ceux qu’on a appelé les « liquidateurs » et qui touche aussi, entre autres, des milliers de soldats de l’ex-URSS partis combattre en Afghanistan entre 1979 et 1989 a en effet été adopté en septembre dernier. Il concerne au total seize catégories de la population et indispose nombre d’Ukrainiens pour qui ces martyrs de la cause soviétique méritaient un autre traitement.
Au minimum syndical de décence a il est vrai succédé une indifférence vomitive au regard de la gravité de ces mensonges dont les décideurs estiment qu’ils n’ont plus à les assumer, du nombre de morts et de malades, bref de la lourdeur du passé. Parce qu’ils ont eu le sentiment que le pouvoir saute à pieds joints sur le cercueil de Tchernobyl et parce qu’il a objectivement franchi la frontière qui sépare le pragmatisme financier de l’indigence morale, un millier de liquidateurs sont montés au créneau hier, scandant le mot « honte » et brisant des barres métalliques installées autour du Parlement. Une centaine de policiers anti-émeute les ont repoussés, rapportent nos confrères de l’AFP. Forts du soutien de la majorité de l’opinion publique, espéraient-ils un rétropédalage ?
Touchés dans leur chair, ces hommes ne pouvaient quoi qu’il en soit rester de marbre. Parce qu’il est des décisions comme celle-ci qui ne peuvent rien appeler d’autre que la révolte.

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