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Fabriquer des pavés à partir de coquillages. Aussi déjanté qu’il puisse paraître, le projet existe bel et bien. Imaginé par l’Ecole supérieure d’ingénieurs des travaux de la construction de Caen (ESITC) (Calvados) et baptisé « VECOP », il a été présenté par Jean-François Prevéraud dans la revue Industrie & Technologies en octobre dernier et consiste à recycler des déchets issus des activités de pêche et de conchyliculture en un granulat utilisé pour confectionner un pavé urbain éco-conçu et destiné au revêtement de chaussées à faible trafic (parking, trottoirs etc.). Pour un budget global d’un million d’euros, le projet labellisé par le pôle de compétitivité Mer Bretagne a déjà rassemblé plusieurs partenaires comme Point P et Véolia Propreté.
Il part sur de bonnes bases et les scientifiques normands espèrent commercialiser ce nouveau matériau pour le début de l’année 2015, en commençant par le développement d’une filière de valorisation des déchets marins dans les régions Bretagne et Basse-Normandie. Une ambition qui semble réaliste dans la mesure où l’industrie coquillière en Basse-Normandie fournit 40 % de la production nationale de mollusques.

Les activités de pêche et de conchyliculture génèrent par ailleurs près de 234 000 tonnes de coquillages en moyenne chaque année, soit un véritable casse-tête en matière de gestion des déchets mais aussi une vraie menace pour la biodiversité marine. Les crépidules, une espèce de gastéropode originaire d’Amérique du Nord considérée comme invasive, s’attaquent en effet aux mollusques des littoraux européens et voient leur population croître significativement.
En améliorant les qualités physio-chimiques et minéralogiques des sous-produits coquilliers au moyen de prétraitements en laboratoire pour ensuite les recycler, les chercheurs de l’ESITC valorisent des déchets dont le devenir était jusqu’ici problématique. Ils proposent également une solution pertinente des points de vue écologique et économique, le recours aux matières premières nécessaires à la fabrication du béton ou du ciment et issues de carrières n’étant plus incontournable. Le matériau obtenu présente de surcroît des qualités remarquables. Résistant, il n’est pas dense et facilite l’infiltration des eaux pluviales, ce qui assure la reconstitution du cycle naturel de l’eau en zone urbaine et réduit le risque d’assèchement des nappes phréatiques. Séduisant à tous égards, le projet de l’ESITC semble avoir de beaux jours devant lui. Qui sait aussi si d’autres régions ne manifesteront pas leur intérêt d’ici sa concrétisation.

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