NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

Déforestation : Sinar Mas manquerait à sa parole

Déforestation : Sinar Mas manquerait à sa parole
Les photos aériennes de Greenpeace sont un nouveau coup dur pour le géant de l'économie indonésienne Sinar Mas, vilipendé depuis plusieurs années par l'association pour sa participation active à la déforestation

Dans le viseur de Greenpeace, qui a publié il y a quelques semaines un rapport d’une quarantaine de pages dénonçant sa propension à « polluer inlassablement les forêts » par l’intermédiaire de sa filiale Asia Pulp and Paper (APP), le conglomérat indonésien a de nouveau été tancé par l’association.

C’est une nouvelle très mauvaise publicité pour celui qui ambitionne de devenir le leader mondial de la pâte à papier et a récemment été lâché par les groupes Carrefour – officiellement « engagé dans le développement durable », dixit son directeur de la communication Henri Satrio, et qui a donc annoncé avoir arrêté d’utiliser APP comme fournisseur pour ses propres produits « jusqu’à une date qui sera fixée ultérieurement » – et Walmart.

Emboîtant le pas des Unilever, Kraft et autres Nestlé le géant américain de la distribution a en effet déclaré le mois dernier avoir « mis en place les étapes devant amener à l’arrêt du développement de (ses) produits avec APP ».

Bien qu’implicitement suspectée de greenwashing par l’organisation écologiste, qui a pointé le fait que « sa politique environnementale s’applique à certaines parts de son business et pas à d’autres », rappelons par ailleurs que la direction de la banque hong-kongaise HBSC a elle aussi coupé les ponts mi-juillet. Vendant la totalité de ses participations, après que son PDG Michael Geoghegan ait reçu plusieurs milliers de mails de membres et sympathisants de Greenpeace, elle est de fait devenue la première entité financière à cesser de cautionner les exactions environnementales de Sinar Mas, sur qui l’organisation tire à boulets rouge vif depuis 2007.

Or, contrairement à ce que ses responsables ont officiellement annoncé le 1er juillet (NDLR : « Nous arriverons à nos fins avec des pratiques durables et responsables. Nous avons choisi la voie de la durabilité », a notamment assuré Aida Greenbury, directrice du développement durable chez APP), lesdites exactions n’auraient pas cessé. D’après l’association de défense de l’environnement, qui a publié hier une nouvelle étude d’une vingtaine de pages, une autre des filiales du groupe, Smart, celle-ci spécialisée dans l’huile de palme et ciblée depuis la fin de l’année dernière, continuerait à déboiser des forêts à haute valeur de conservation.

Des photos accablantes

Ainsi Sinar Mas persisterait dans l’éco-irresponsabilité, en témoignent des photos aériennes prises les 5 et 6 juillet derniers au-dessus d’une zone de plantations située à l’ouest de Bornéo. Sur certaines d’entre elles figurent des véhicules de chantier en activité.

Particulièrement lourde eu égard au retentissement qu’a eu la campagne médiatique de Greenpeace et de surcroît appuyée par l’image, la charge a sans surprise été réfutée en bloc par le groupe indonésien. Jurant ses grands dieux que les plantations avaient été développées « sur des terres dégradées » - mais est-ce une raison pour leur donner le coup de grâce ? – , le directeur-général de Smart Daud Dharsono a en outre écrit dans un communiqué que son entreprise n’est « pas responsable de la disparition des forêts primaires, qui sont l’habitat naturel des orangs-outans ». « Au contraire, nous protégeons des zones à haute valeur de conservation, créant des sanctuaires afin de préserver la biodiversité », a-t-il ajouté.

Le quidam est en droit de se demander où et lesquelles. Il en saura peut-être davantage le 10 août, date de la publication officielle (après deux reports consécutifs) de l’audit commandé par Smart au cabinet de relations publiques Bell Pottinger * pour examiner les accusations lancées fin 2009 par Greenpeace.

Greenpeace réclame la publication par Sinar Mas de « la carte de l’ensemble de ses possessions foncières »

La filiale de Sinar Mas a garanti « une totale transparence » mais quelles que puissent être les conclusions de cet audit on voit mal l’ONG desserrer l’étreinte.

« Les ambitions de Sinar Mas concernent l’expansion de son empire de l’huile de palme et de la pâte à papier sur des millions d’hectares, y compris au sein de vastes massifs forestiers et de tourbières de Papouasie » au mépris de la loi indonésienne, a-t-elle en tout cas asséné, sachant que le groupe produit déjà près de 10 % de l’huile de palme du pays – premier producteur mondial – par le biais de ses différentes filiales et que Greenpeace est parvenu à se procurer des documents confidentiels sans équivoque.

Insatiable mais manifestement opiniâtre dans l’alterécologisme, Sinar Mas fait l’objet d’une campagne de dénigrement à dimension universelle. In the record il a également perdu quelques-uns de ses plus gros clients en l’espace de quelques mois mais tout porte à croire que seules de fortes pressions gouvernementales pourrait le faire effectivement changer de cap.

« À l’aune de ces dernières révélations, Greenpeace demande à Sinar Mas d’assumer ses actes et de publier la carte de l’ensemble de ses possessions foncières », a écrit Greenpeace France sur son site Internet. Opposer une fin de non-recevoir à cette injonction serait interprété par tous comme un aveu.

* Ce cabinet défend également les intérêts du groupe pétrolier Trafigura, qui vient tout juste d’être condamné à un million d’euros d’amende par le tribunal d’Amsterdam dans l’affaire du Probo Koala
Crédit photo : Flickr – Greenpeace France
Suivez toute l'actualité sur ce sujet et sur le développement durable avec le flux RSS

GD Star Rating
loading...

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

  • perringw

    Cette entreprise fait décidément tout pour être détestée… :-I

  • alain b

    En même temps j’aurais été surpris qu’ils changent du tout au tout en l’espace de quelques jours ou de quelques semaines…