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Débat sur le nucléaire : Nicolas Sarkozy reste inflexible

Débat sur le nucléaire : Nicolas Sarkozy reste inflexible
Nicolas Sarkozy a mis en avant la sécurité des installations françaises pour justifier sa fin de non-recevoir à la demande de la gauche écologiste d'organiser un référendum sur la question nucléaire

« La France tirera toutes les conséquences » de l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima 1, a déclaré tout à l’heure le chef de l’État. En marge d’une réunion prévue de longue date hier avec les associations de défense de l’environnement, l’Élysée aurait cependant fait savoir qu’il n’était « évidemment pas question » de remettre en cause l’hégémonie de l’énergie nucléaire, qui fournit environ 80 % de l’électricité française.

Angela Merkel a ordonné dans la matinée l’interruption pour trois mois des activités des sept réacteurs mis en service outre-Rhin avant 1980. Une décision peut-être motivée par la perspective d’élections régionales qui s’annoncent particulièrement serrées, prise sous la pression d’une opinion publique très inquiète – environ  soixante mille personnes ont formé une chaîne humaine hier entre la centrale de Neckarwestheim et Stuttgart – et qui fait suite à la suspension la veille de l’accord prolongeant la durée de vie des centrales nucléaires allemandes. Il s’agit en fait d’un rétropédalage, la chancelière ayant décidé à l’automne dernier de prolonger de douze ans en moyenne la durée de vie de ces installations, censées s’arrêter vers 2020.

Les autorités suisses ont elles aussi instauré un moratoire sur les projets de renouvellement des centrales helvètes, tandis que le Premier ministre russe Vladimir Poutine a emboîté le pas de son homologue indien Manmohan Singh, lequel avait annoncé hier une révision complète du secteur nucléaire du pays.

Une option à laquelle Nicolas Sarkozy ne serait pas favorable, la France disposant selon lui du parc nucléaire « le plus sécurisé ». « C’est d’ailleurs pour cela qu’on a perdu des appels d’offres aux Émirats. On était plus cher parce qu’on a apportait plus de sécurité », aurait ajouté le président français, cité par deux participants à une réunion organisée à l’Élysée hier soir.  « Il a ensuite disserté sur l’EPR pour dire que ça résisterait à tous les missiles et que même si un Boeing 747 tombait sur le chapeau d’une centrale nouvelle génération, le réacteur résisterait grâce à un système de protection a double coque », a indiqué un responsable UMP interrogé par l’AFP.

« Un entêtement irresponsable et suicidaire »

M. Sarkozy aurait par ailleurs fait valoir que le nucléaire garantit actuellement le « maintien de l’indépendance énergétique de la France, de (sa) politique de diversification des énergies renouvelables et maintien de (sa) politique de réduction des consommations d’énergies ». On l’a évoqué hier, la position élyséenne n’est pas celle de la gauche écologiste, qui parle d’une seule voix pour réclamer un débat de fond sur la politique énergétique française, lequel pourrait déboucher sur un référendum. Au micro de BFM TV, le député-maire d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) Noël Mamère a qualifié d’« entêtement irresponsable et suicidaire » la fermeté présidentielle, mettant notamment en avant le fait que « trente-quatre réacteurs nucléaires (NDLR : sur le cinquante-huit installés sur le territoire national) sont aujourd’hui en situation de longue durée ».

L’accident de Fukushima 1 a en tout cas provoqué de sérieux remous pour l’industrie et le lobby nucléaires et a ravivé la colère des environnementalistes. Les pressions de l’opinion publique européenne sont aujourd’hui considérables, d’où sans doute l’annonce par le chef de l’État, qui préside actuellement le G20, d’un sommet spécialement dédié à la sécurité nucléaire. Le Commissaire européen Günther Oettinger, lui, organise aujourd’hui une réunion avec les autorités de sûreté nucléaire et les responsables du secteur sur la situation au Japon et a appelé à la tenue d’un sommet européen également consacré à ce sujet. Quant au ministre de l’Environnement autrichien, Nikolaus Berlakovich, il a proposé d’évaluer la résistance des centrales atomiques européennes aux risques sismiques, une mesure qui semble judicieuse au regard du déroulement des événements au Japon.  L’hypothèse de nouvelles dispositions en matière d’implantation apparaît elle aussi vraisemblable, la plupart des quatre cent quarante-deux réacteurs nucléaires de la planète ayant été construits en bord de mer – c’est aussi le cas de ceux de Fukushima 1 – afin de garantir une grande quantité d’eau en cas de panne des circuits de refroidissement. Dans la mesure où les centrales atomiques implantées dans les terres sont exposées à une réduction de leur capacité énergétique en raison de l’augmentation des températures aquatiques en été, « on finit par considérer que le meilleur endroit se situe sur la côte, où il y a un risque de tsunami », a décrypté Niels Boehmer, physicien nucléaire auprès de la fondation pour l’environnement Bellona (Norvège), contacté par Reuters.

« Aucune des questions posées par cette catastrophe ne sera éludée »

La présidente d’Areva (NDLR : numéro un mondial de l’énergie nucléaire) Anne Lauvergeon a pour sa part apporté son éclairage sur la catastrophe de Fukushima 1, désormais située au niveau 6 sur l’échelle de gravité internationale, qui compte sept niveaux : « ce n’est pas le tremblement de terre lui-même qui a posé problème mais le tsunami qui a suivi. Les vagues faisaient un mètre de plus que ce qui était prévu au maximum ». « Si faute il y a eu, c’est de ne pas avoir prévu de protections suffisantes contre un tel raz-de-marée [...] En France, il n’y a pas de risque de tsunami ni de tremblement de terre de cette ampleur mais il y a peut-être des leçons à tirer, notamment sur les problèmes d’inondations », a-t-elle ajouté.

Et de reprocher à la gauche écologiste de surfer « sur la vague de l’émotion ». « Je comprends cette émotion mais elle ne doit pas être instrumentalisée », a estimé hier Mme Lauvergeon. Un avis partagé par François Fillon, qui dans la foulée d’une réunion de crise à Matignon s’est exprimé devant les députés, leur garantissant des contrôles approfondis des dix-neuf centrales nucléaires françaises, « en toute transparence ». « Les résultats de ces contrôles seront intégralement rendus publics. Aucune des questions posées par cette catastrophe ne sera éludée », a ajouté le Premier ministre, qui a trouvé un soutien inattendu en la personne de… Ségolène Royal.

Tout comme M. Fillon, la présidente de la Région Poitou-Charentes, donnant corps au consensus qui prévaut entre la gauche socialiste et la droite sur le nucléaire, a en effet appelé hier soir à respecter « un délai de décence et de respect ». « J’espère que ce n’est pas l’approche des élections cantonales qui explique que tout d’un coup tout le monde s’agite pour réclamer des référendums, pour faire ceci, pour faire cela », a-t-elle asséné à l’adresse de Daniel Cohn-Bendit, Cécile Duflot et consorts.

« Il faudra que ce débat ait lieu, bien évidemment, mais l’heure aujourd’hui est quand même à la solidarité avec les Japonais et au respect de ce qu’ils sont en train de subir [...] Lorsqu’ils auront pu retrouver la garantie de la sécurité et de la paix, à ce moment-là, je vous donnerai mon avis sur le nucléaire », a conclu l’ancienne candidate socialiste aux élections présidentielles de 2007.

Une garantie que, malheureusement, ils ne devraient pas retrouver de sitôt. Un séisme de magnitude 6,4 sur l’échelle de Richter vient en effet d’être enregistré à cent vingt kilomètres au sud-ouest de Tokyo et l’enceinte de confinement du réacteur 2 de la centrale de Fukushima 1 n’est désormais plus étanche. Encore exclu hier, le risque de déconfinement n’a jamais été aussi élevé, et selon l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) des pastilles d’iode pourraient être distribuées aux riverains dans la journée.

Avant de revenir à des niveaux sans risque pour la santé, des taux de radioactivité de deux à trente fois supérieurs à la normale ont par ailleurs été relevés à Tokyo et dans ses environs tôt cet après-midi (heure locale) et plus de deux cent mille personnes domiciliées à proximité de la centrale ont été évacuées. Des équipes de secours du monde entier convergent vers le Japon, qui a dépêché cent mille de ses soldats  – soit le quart des effectifs militaires du pays – dans les zones sinistrées, et si d’après l’Organisation météorologique mondiale (OMM) les vents éloigneraient désormais le panache radioactif vers le large, les autorités nippones viennent de faire savoir que l’incendie du réacteur 4 pourrait avoir provoqué des dommages pour la santé.

Il n’y a plus lieu d’en douter aujourd’hui : la réalité a définitivement dépassé la fiction.

Crédits photos : wikimedia commons – Clicgauche / Marie-Lan Nguyen / www.securityconference.de
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  • daniel d

    Nous ne devrions pas échapper à un nécessaire débat de fond sur l’avenir énergétique de la France et de l’Europe. Cela étant, demander aujourd’hui un référendum sur la question relève de l’indécence autant que de la bêtise : Indécence car EELV donne vraiment l’impression assez désagréable de danser sur des cadavres encore fumants; bêtise car si l’on considère le niveau moyen des électeurs en matière d’économie, d’écologie, de prospective et leur capacité de raisonnement, on se dit qu’on pourrait tout aussi bien demander à un aveugle son avis sur les Impressionnistes…

  • jf

    Réaction assez violente mais dans le fond je suis assez d’accord, il serai préférable que la plupart des gens se renseignent vraiment sur le nucléaire avant de donner un avis

  • fredred

    Avant de penser à faire des débats, il serait préférable de penser à venir en aide aux japonais !