NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !

Cosmétiques bio : parce que nous les valons bien

Cosmétiques bio : parce que nous les valons bien
Yves Rocher fête ses 50 ans de cosmétiques naturels

Malheureusement pour elle, l’industrie cosmétique jouit encore aujourd’hui d’une réputation désastreuse en matière de protection de l’environnement et des milieux naturels. En cause ? Son mode de production coupable de rejeter un grande quantité de gaz à effet de serre (GES), ainsi que les tests pratiqués sur les animaux. Leur révélation a provoqué un gigantesque tollé dans l’opinion. Qu’en est-il aujourd’hui ? Pourquoi opter pour la cosmétique bio ? Quelques éléments de réponse.

Dans Le Peintre de la vie moderne, Charles Baudelaire faisait un éloge du maquillage en ces termes :

« La femme est bien dans son droit, et même elle accomplit une espèce de devoir en s’appliquant à paraître magique et surnaturelle; il faut qu’elle étonne, qu’elle charme; idole, elle doit se dorer pour être adorée. Elle doit donc emprunter à tous les arts les moyens de s’élever au-dessus de la nature pour mieux subjuguer les cœurs et frapper les esprits. Il importe fort peu que la ruse et l’artifice soient connus de tous, si le succès en est certain et l’effet toujours irrésistible. C’est dans ces considérations que l’artiste philosophe trouvera facilement la légitimation de toutes les pratiques employées dans tous les temps par les femmes pour consolider et diviniser, pour ainsi dire, leur fragile beauté ».

On ne saurait difficilement mieux vanter les mérites de l’artifice, pour s’extasier encore et toujours sur la magie qui se dégage d’un rouge à lèvres délicatement étalé ou d’un fond de teint discret mais ô combien précieux pour donner encore plus d’éclat à un joli visage. Si l’auteur des Fleurs du mal voyait dans le maquillage une expression de son art poétique, nous nous contenterons simplement d’étudier l’univers de la cosmétique bio, de sa définition à ses apports précieux.

Parce que s’il y a un secteur qui souffre d’un déficit d’image sur certains aspects, c’est bien celui des produits de beauté. Des rejets de substances toxiques à l’utilisation de composés chimiques pour élaborer leur marchandise en passant par les tests en série effectués sur les animaux (pratique néanmoins presque disparue), les motifs de suspicion à l’égard de cette industrie ne manquent pas. Au fil du temps, le mode de conception du fard à paupières qui ouvrait la porte aux fantasmes baudelairiens a bien changé. La cosmétique bio n’entend évidemment pas revenir aux méthodes d’il y a un siècle mais s’attache à respecter la nature, tout simplement. Puisqu’il est difficile au premier abord de la définir précisément et de savoir quels sont les types de produits qu’elle regroupe, nous avons trouvé utile voire nécessaire de vous livrer ces quelques données. Surtout à l’heure où la planète se maquille en vert.

Qu’est-ce que la cosmétique bio ?

La préoccupation fondamentale de la cosmétologie bio, c’est le respect de l’être humain et de l’environnement. Ou plutôt dans l’ordre inverse : prendre soin de la nature, déjà, en n’épuisant pas ses ressources et en la préservant des émissions polluantes. Ensuite, étaler ces crèmes ou s’occuper de notre chevelure (Baudelaire n’est décidemment jamais très loin !) sans avoir à s’inquiéter outre mesure. En effet, la lecture de la composition d’un article cosmétique « conventionnel » peut faire froid dans le dos. Les litanies de noms barbares ou ces séries de lettres suivies de plusieurs chiffres auxquelles le consommateur lambda ne comprend rien du tout, nous interpellent. Certaines appellations recouvrent même des substances allergènes voire pire, cancérigènes. Parmi elles : l’EDTA (présente dans les savons, gel douche, crèmes de soin, démaquillant…), la DEA, la MTA, la TEA (presque partout), le triclosan (dentifrice et autres lotions dentaires), la AHTN ou la HHCB (déodorants, eau de toilette, savons, laits corporels, shampooings…).

Alors pour « rassurer » le consommateur, les labels sont là, et deux en particulier : BIO et ECO. Des organismes en assurent la traçabilité (parmi eux Ecocert et Qualité France) afin de garantir l’authenticité du produit. Ces deux sésames ont été définis à travers la charte Cosmébio (association française des professionnels de la cosmétique biologique) depuis l’automne 2002. Un groupe d’experts et de professionnels avait été réuni afin de plancher sur leur définition. Ce travail a abouti à la rédaction d’un cahier des charges de la Cosmétique Ecologique et biologique qui a été déposé dans la foulée au Ministère de l’Industrie et du Commerce en France. Si vous avez entre les mains un flacon dermocosmétique arborant le label « BIO », c’est qu’il contient au minimum 95 % d’ingrédients naturels ou d’origine naturelle. En outre, 95% de ses ingrédients végétaux sont « bios » et un minimum de 10 % des composants du produit fini le sont également. « ECO », lui, garantit un minimum de 95 % d’ingrédients naturels ou d’origine naturelle, 50 % d’ingrédients végétaux bio et 5 % de bio dans le produit fini.

D’autres critères viennent compléter cette liste déjà très restrictive. La totalité de la composition ne doit contenir ni trace de silicone, ni dérivé issu de la pétrochimie (PEG, paraffine…) ni parfum ni colorant de synthèse. Les parabens ou le phénoxyéthanol (conservateurs de synthèse) sont eux aussi prohibés, tout comme les organismes génétiquement modifiés et les traitements ionisants.

Cela tombe sous le sens mais un produit de cosmétique bio doit être obtenu et distribué sans nuire à l’environnement (stricte interdiction de polluer les nappes phréatiques, limiter les émissions de gaz à effet de serre, préserver les ressources et les équilibres naturels, ne pas utiliser d’énergies fossiles, privilégier l’agriculture biologique). La gestion des emballages fait aussi partie des prérogatives de la biocosmétique : ces derniers ainsi que les suremballages doivent être totalement biodégradables ou recyclables. Enfin, point d’orgue de cette série d’obligations : l’information à propos de l’élaboration du produit, qui doit être claire, totale et faire preuve de transparence (notamment sur les ingrédients utilisés et le mode de fabrication). Les logos BIO et ECO doivent être mis en évidence, ainsi que les pourcentages d’ingrédients naturels.

A lire toutes ces règlementations, ceci pourrait expliquer cela. Si le maquillage ou le parfum bio ne sont pas encore massivement dans les rayons des grandes surfaces, c’est bien à cause de toutes ces coercitions. De surcroît, un manque flagrant d’information vient derechef plomber les bonnes intentions du consommateur lorsqu’il fait ses emplettes.

Où les trouver ?

Tout d’abord, il faut impérativement faire preuve d’une extrême vigilance, surtout dans les magasins bio. Cela peut paraître paradoxal, mais ce n’est pas parce que cette lotion ou cette crème se trouve dans un commerce bio qu’il est « bio » tel que nous l’avons décrit auparavant. Bien des produits s’y trouvent alors qu’ils contiennent des conservateurs ou des parfums de synthèse.

Le moyen le plus sûr reste de se rendre dans une pharmacie ou une parapharmacie et de demander conseil à un professionnel. Sinon, les instituts de beauté ou les boutiques entièrement dédiées aux produits cosmétiques et diététiques « bios » sont également un excellent gage de qualité et de sécurité. Acheter des produits sur Internet, c’est possible, mais il faut là aussi rester sur ses gardes. Se rendre sur des sites de professionnels reconnus et lire la description du produit est indispensable. Les parfumeries (comme Sephora ou Marionnaud) remplissent aussi de plus en plus leurs rayons de cosmétiques responsables.

Des grandes surfaces comme Carrefour ou Auchan ont lancé leur propre gamme. Sinon, quelques marques demeurent incontournables : les parfums Altéarah, B comme Bio, Lise du Castelet, Lavera, Sanoflore, Logona, les dentifrices des laboratoires LPAE, Pure et Simple, Flore et Alpes, les eaux florales Fra, Weleda, Les Douces Angevines, Biotope, Dermaluxe, Centifolia, Coslys, Melvita, Madame Bio, Herbes et traditions

Finalement, trouver des cosmétiques écologiques ou biologiques est chose relativement aisée compte tenu des enseignes de plus en plus nombreuses qui en proposent. Mais encore faut-il savoir les reconnaître et analyser leurs ingrédients. Quoiqu’il en soit, le secteur est florissant. D’ailleurs, de nombreux géants de la beauté se lancent dans l’aventure.

Un marché en pleine croissance

2006 a été un tournant pour deux entreprises, et non des moindres. C’est effectivement l’année durant laquelle L’Oréal (le leader incontesté) a racheté Saniflore (dont le président directeur général n’est autre que Stéphane Richard, fils du président de l’association WWF), qui était un véritable précurseur dans la conception et la distribution de cosmétiques bio. L’Oréal justifiait ainsi cette alliance avec cette enseigne qui est « celle d’une marque bio, dont nous préserverons l’intégrité de ses formules et de ses valeurs, avec le savoir-faire de la Recherche du groupe L’Oréal ». De surcroît, c’est à quelques mois d’intervalle que Clarins et Kibio (spécialisée dans la vente lors de réunions à domicile de produits de beauté bio) ont scellé un accord pour lancer une gamme de cosmétiques naturelles. Ainsi que nous le mentionnions plus haut, Carrefour et Auchan ont également lancé leur propre marque, tout comme Marionnaud, Nuxe ou Yves Rocher (même si sa ligne directrice historique est le respect de l’environnement – voir par ailleurs).

Preuve de cet engouement grandissant, Cosmébio revendique environ trois cents adhérents à sa charte, soit trois fois plus qu’en 2005. La conversion au bio des professionnels du soin du corps est une réalité, comme l’indique Thierry Recouvrot, président de Cosmébio : « Depuis deux ans, l’essentiel des nouvelles adhésions provient des traditionnels de la cosmétique ». Avec une croissance comprise entre 20 et 40 % ces cinq dernières années, le montant du chiffre d’affaires du secteur s’est élevé à 250 millions d’euros pendant l’année 2008 (NDLR : il devrait doubler dans les cinq prochaines années, toujours selon Thierry Recouvrot).

De la même manière, ce secteur grignote toujours plus de parts de marché (environ 3 à 4 % aujourd’hui de la cosmétique).

Tant au niveau des consommateurs que des industriels, la prise de conscience est par conséquent indéniable. D’une part, nous nous mettons à investir dans ces crèmes ou ces savons pas seulement dans un simple élan de citoyenneté écologique, mais avant tout parce qu’il s’agit de préserver notre capital santé. Nous n’avons tout bonnement plus envie de nous mettre dans la bouche ou de nous étaler sur la peau des choses dont la toxicité est de plus en plus incontestable. Par ailleurs, savoir que les substances utilisées dans un flacon n’ont pas été testées au préalable sur la peau d’un animal a de quoi interpeler notre bonne conscience. D’autre part, les mastodontes du secteur de la cosmétique, en rachetant les petites et moyennes entreprises spécialisées, souhaitent répondre à une vraie demande. En investissant dans un savoir-faire qui a déjà fait ses preuves, ils font l’audacieux pari du développement durable. Les chiffres sont là pour montrer les succès rencontrés par leurs diverses initiatives. Il y a fort à parier que cette croissance engendrera une meilleure exposition de ces articles dans les rayons. Finalement, le prochain défi pour ces marques – et pas des moindres – consiste en la démocratisation de leurs offres. Parce que la santé n’a pas de prix, il n’y effectivement aucune raison pour justifier le surcoût d’un shampoing naturel par rapport à un de type « conventionnel ».

Enfin, pour éviter les sarcasmes et les réticences à l’égard de ces artifices nouveaux, nous allons conclure par les dernières lignes de Baudelaire dans son éloge du maquillage que nous citions en préambule : « Je permets volontiers à ceux-là que leur lourde gravité empêche de chercher le beau jusque dans ses plus minutieuses manifestations, de rire de mes réflexions et d’en accuser la puérile solennité; leur jugement austère n’a rien qui me touche; je me contenterai d’en appeler auprès des véritables artistes, ainsi que des femmes qui ont reçu en naissant une étincelle de ce feu sacré dont elles voudraient s’illuminer tout entières ».

Et ce feu sacré, il faut savoir le préserver et le raviver sans mettre sa santé en péril.

Crédit photo : Yves rocher
Suivez toute l'actualité sur ce sujet et sur le développement durable avec le flux RSS

GD Star Rating
loading...

NEWSLETTER :

Recevez chaque semaine le meilleur de zegreenweb !